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CANNON, MARY (Polly), agente foncière, née après 1751 ; décédée le 7 octobre 1827 à sa résidence de Castle Frederick, à Falmouth, Nouvelle-Écosse.

La documentation que l’on possède sur Mary Cannon révèle qu’elle appartenait à l’une des obscures familles Cannon qui habitait Halifax durant les années 1750. En 1764, elle rencontra l’officier Joseph Frederick Wallet DesBarres, qui venait alors d’entreprendre l’ambitieux levé topographique de la côte de la Nouvelle-Écosse. Grâce à « une grande attention et [...] beaucoup de persuasion », DesBarres convainquit la jeune femme de devenir sa gouvernante à Castle Frederick. De 1764 à 1774, il « la traita [...] avec beaucoup d’affection et de tendresse et eut toujours la confiance la plus illimitée » dans son jugement. Il montra aussi à Mary, comment gérer ses vastes propriétés de la Nouvelle-Écosse et lui promit qu’elles finiraient par lui appartenir. En 1774, Des-Barres retourna en Angleterre, où il resta jusqu’à sa nomination comme lieutenant-gouverneur du Cap-Breton en 1784. Mary continua de vivre à Falmouth ; elle revit DesBarres deux fois peut-être avant la mort de celui-ci en 1824. Cinq filles et un garçon naquirent de leur liaison.

En 1776, DesBarres nomma Mary sa représentante et sa procuratrice avec « plein pouvoir et autorité » sur toutes les propriétés qu’il possédait dans la colonie ; celles-ci comprenaient 80 000 acres environ dans Falmouth, Tatamagouche, Minudie et Maccan-Nappan, en Nouvelle-Écosse, et dans la région de Memramcook-Petitcodiac, aujourd’hui au Nouveau-Brunswick. Le document juridique restait vague, mais les instructions personnelles qu’il donna à Mary étaient explicites et bienveillantes. Mary devait inspecter régulièrement chaque propriété, noter les progrès de la colonisation, le nombre de têtes de bétail et l’importance des améliorations agricoles ; elle devait aussi convenir des baux des locataires, encaisser les loyers et tenir DesBarres au courant de tous les détails.

Au début, cette entente fonctionna bien. En plus de ses autres fonctions, Mary régla bon nombre des factures de DesBarres et lui envoya des denrées pendant les années où il fut lieutenant-gouverneur de l’île du Cap-Breton, soit de 1784 à 1787 ; avec l’aide de Richard John Uniacke père, elle combattit également devant les tribunaux certains créanciers qui convoitaient les terres de DesBarres. Ses demandes de remboursement étaient justes et peu nombreuses.

Après avoir quitté le Cap-Breton pour l’Angleterre en 1787, DesBarres devint de plus en plus excentrique au sujet de ses propriétés. Il répondait rarement aux lettres, négligeait d’envoyer les documents juridiques nécessaires et donnait peu d’instructions ou de conseils. Entre-temps, les pressions exercées par ses créanciers forçèrent la saisie de certaines propriétés dont la valeur déclinait à mesure que les récoltes baissaient et que les locataires ne tenaient plus compte des baux ni des loyers. En 1795, DesBarres désigna John MacDonald* of Glenaladale pour enquêter sur l’état des propriétés. MacDonald rapporta qu’en dépit du respect que les locataires avaient pour « Mme Cannon » son administration était négligente ; il cita en particulier ses ententes de location à bail et la perte de bétail en faveur des créanciers. Il nota aussi que Mary, tout en affirmant avoir été abandonnée par DesBarres, était ouvertement liée à un ouvrier agricole irlandais. Craignant que celle-ci ne poursuive DesBarres par rancune, MacDonald recommanda vivement de conclure un règlement juridique avec elle dans le plus bref délai.

La gestion des propriétés de DesBarres fut par la suite confiée en grande partie à des sous-représentants. Amelia DesBarres, une des filles qu’il avait eues de sa liaison avec Mary, compta au nombre de ceux-ci. En 1809, quatre ans après son retour en Amérique du Nord britannique comme lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Édouard, DesBarres intenta un procès à Mary et à son sous-représentant Wellwood Waugh devant la Cour de la chancellerie de Nouvelle-Écosse ; il les accusait de mauvaise administration et de collusion concernant un bail à Tatamagouche. DesBarres affirma que ses meilleures terres avaient perdu leur valeur parce que Mary avait très souvent omis de l’aviser des baux qu’elle accordait à des prix ridiculement bas. D’un point de vue légal, il s’agissait de savoir si Mary, en tant que procuratrice, avait même le pouvoir de rédiger des baux. Le tribunal ne se prononça jamais.

DesBarres fit preuve d’une logique étrange et d’une certaine imprévoyance en confiant à Mary la gestion de ses propriétés, à une époque où les femmes étaient mal préparées à exercer de telles fonctions. Son entêtement à ne pas vouloir l’aider et la rancune qu’il garda contre elle par la suite ajoutent tout simplement à l’énigme d’une personnalité déplaisante. De son côté, Mary se trouvait devant une tâche exigeante pour une femme des colonies et, comme Helen MacDonald* of Glenaladale l’avait fait dans des circonstances semblables, quoique moins difficiles, elle l’accomplit avec compétence, détermination et loyauté. Au début, elle remit à DesBarres des comptes rendus minutieux, mais elle fit de plus en plus preuve d’indépendance dans ses actes quand il persista à montrer une totale indifférence au sort de ses propriétés. Ses lourdes responsabilités, les caprices de l’agriculture coloniale et sa tendance à se laisser facilement tromper furent les causes de son échec partiel. Malgré une paralysie financière, les propriétés foncières de DesBarres demeurèrent à la fin pratiquement intactes. C’est là que réside la grande réussite de Mary.

Les efforts de Mary ne lui apportèrent presque rien, puisque DesBarres refusa de l’aider financièrement, elle et leurs enfants. Dans la dernière lettre à DesBarres qu’on possède d’elle et qui date de 1806, elle l’implore en ces termes : « Le fil de la vie est pour le moins fragile, et ni vous ni moi n’aurons longtemps la possibilité de régler nos vieilles affaires. J’ai eu une vie dure et je souhaiterais la paix à de justes conditions pour le temps qui [me] reste. » En 1819, DesBarres transféra finalement par un acte la propriété de Castle Frederick à leurs quatre enfants survivants, mais ce domaine n’était plus qu’une simple ferme de subsistance où la famille vivait dans une décente misère. En 1820, Mary fit un dernier commentaire sur DesBarres, alors presque centenaire, en disant qu’il était toujours « comme le pharaon d’autrefois, sourd à toute requête ».

On a retenu de Mary Cannon le seul fait qu’elle fut la maîtresse de DesBarres ; on a complètement oublié ses responsabilités extraordinaires, ses dons exceptionnels et sa position de force, tout ce qui fit d’elle une femme nettement différente pour son époque. Elle-même déclara un jour : « Je pense qu’on n’a à mon égard qu’indifférence. »

Lois Kathleen Kernaghan

Pour la préparation de cette biographie, on a consulté les sources manuscrites suivantes : les papiers J. F. W. DesBarres (APC, MG 23, F1) ; les papiers de la Cour de la Chancellerie (PANS, RG 36) ; les archives de la Cour d’enregistrement et d’examen des testaments et les documents du registrateur pour les comtés néo-écossais suivants : Cumberland (Amherst), Halifax (Halifax), et Hants (Windsor) ; tous sont disponibles sur microfilm aux PANS.

Acadian Recorder, 13 oct. 1827.— G. N. D. Evans, Uncommon obdurate : the several public careers of J. F. W. DesBarres (Toronto et Salem, Mass., 1969). J. C. Webster, The life of Joseph Frederick Wallet Des Barres (Shediac, N.-B., 1933). Lois Kernaghan, « A man and his mistress : J. F. W. DesBarres and Mary Cannon », Acadiensis (Fredericton), 11 (19811982), no 1 : 2342.

Bibliographie générale

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Lois Kathleen Kernaghan, « CANNON, MARY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/cannon_mary_6F.html.

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Auteur de l'article:   Lois Kathleen Kernaghan
Titre de l'article:   CANNON, MARY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   28 juillet 2014