DCB/DBC Mobile beta
+

BUCHAN, JANE, institutrice, éditrice et administratrice de société missionnaire, née en 1837 à Paris, Haut-Canada, deuxième fille de David Buchan et de Jane Griffith ; décédée célibataire le 21 novembre 1904 à Toronto.

Jane Buchan appartenait à une famille de 14 enfants. Ses parents avaient quitté l’Écosse en 1834 pour s’installer à Braeside, dans le Haut-Canada. Devenus fermiers, ils contribuèrent à la fondation de l’église First Baptist à Paris, localité voisine. En 1849–1850 puis de nouveau en 1876–1877, David Buchan fut président de la Regular Baptist Missionary Convention. Dans les années 1849 et 1850, il fut rédacteur propriétaire de l’Evangelical Pioneer de Toronto. Nommé président du conseil de dotation de la University of Toronto en 1851, il en devint deux ans plus tard l’économe ; il occupait le même poste à l’Upper Canada College. En 1850–1851, puis en permanence à compter de 1866, les Buchan vécurent à Toronto.

Pendant sa première période de résidence dans cette ville, Jane Buchan, qui n’était alors qu’une jeune fille, se voua au service du Christ et fut admise, par le baptême, à l’église baptiste Bond Street. Elle enseigna à l’école du dimanche et continua de le faire une fois de retour dans son village. Quand elle revint à Toronto, elle réintégra l’église Bond Street. Le 22 septembre 1871, elle participa à la fondation de l’église baptiste Yorkville où, avec d’autres membres de sa famille, elle ouvrit une école du dimanche. La congrégation prit de l’expansion et Jane Buchan devint un pilier de ses programmes. La classe qu’elle tenait pour les jeunes femmes, par exemple, attirait régulièrement de 30 à 40 élèves.

Encouragées par leur père, Jane Buchan et ses sœurs Margaret et Erskine prirent la tête du mouvement qui créa, en 1876, la Women’s Baptist Foreign Missionary Society of Ontario West. Elles répondaient ainsi à l’appel lancé par le révérend Americus Vespucius Timpany, missionnaire en Inde, au cours d’un congé. Deux ans plus tard, Jane et Margaret lancèrent à leur compte un périodique, le Canadian Missionary Link. Jane, qui en fut la première directrice commerciale, fit bientôt grimper à 5 000 le nombre des abonnés. En 1886, la société missionnaire la nomma secrétaire d’administration (à compter de 1901, son poste porta le titre de secrétaire pour l’étranger). Elle exerça cette fonction jusqu’à sa mort, sans salaire. On suppose que sa famille assurait sa subsistance.

Au xixe siècle, des centaines de milliers de Canadiens soutinrent avec enthousiasme la cause des missions étrangères. Toutefois, dans l’Église baptiste comme ailleurs, bon nombre de fidèles s’opposèrent d’abord à ce que l’on envoie des femmes célibataires dans les missions et à ce que des femmes organisent des sociétés missionnaires. En 1878, le Canadian Baptist cita une dame Willing de Chicago qui contestait que pareilles sociétés aient été convenables. Les femmes qui en étaient membres, disait-elle, avaient moins de temps « pour mêler et démêler le peigné et ourler des volants ». Évoquant cette controverse, Joseph William Alexander Stewart, secrétaire général du Canadian Baptist Missionary Board, écrivait en 1884 dans le Canadian Missionary Link que lorsqu’on avait proposé de former une société auxiliaire de femmes, il avait été parmi « les frères sages et prudents » qui avaient « désaprouvé cette innovation. Ce nouveau mouvement, poursuivait-il, n’était-il pas une division de nos forces ? [...] Quel droit avaient les femmes, en tant que femmes, de prendre des initiatives sur ces questions ? » Puis il confessait : « Je suis plus sage à présent [...] Commencer aujourd’hui à s’opposer aux cercles missionnaires féminins serait à peu près aussi sensé que si un rail de chemin de fer devait se mettre à critiquer l’autre et à lui dire de s’ôter de là. » Malgré l’opposition des premiers temps, les sociétés féminines devinrent l’épine dorsale du mouvement missionnaire, qui ne cessait de prendre de l’expansion. Ce furent elles qui lui fournirent bon nombre de ses administratrices les plus compétentes et de ses travailleuses les plus dévouées.

Le travail missionnaire féminin avait pour but d’« évangéliser les femmes des nations païennes » et consistait à former des auxiliaires indigènes, à soutenir les femmes missionnaires et à fournir diverses ressources. Surtout en Inde, il ressemblait fort à de l’assistance sociale, mais en même temps, il favorisait la réalisation d’objectifs plus vastes. En 1882, les femmes baptistes de l’Ontario envoyèrent en Inde une célibataire, Mary Jane Frith, qui assuma la supervision d’écoles et la visite des musulmanes et des hindoues de haute caste chez elles, dans les appartements où elles étaient confinées, les zenanas. Son travail s’avéra fructueux, dans une large mesure grâce à l’appui qu’elle recevait de ses coreligionnaires du Canada.

En lisant les rapports annuels que Jane Buchan rédigeait à titre de secrétaire d’administration pour le Canadian Missionary Link, le Baptist year book for Ontario, Quebec, [etc.] [...] et d’autres publications baptistes, on sent à quel point elle voulait participer pleinement au ministère et à la mission de son Église, soutenir les missions étrangères, contribuer au progrès de la civilisation occidentale et mettre fin à des coutumes hindoues comme le satî, immolation des veuves sur le bûcher funéraire de leur mari, ou le système des castes, qui selon elle infériorisait les femmes. Sachant combien il importait que les missions d’outre-mer reçoivent de l’appui du Canada, elle pressait les femmes baptistes de former des groupes missionnaires, sollicitant 0,02 $ par semaine, 0,10 $ par mois ou 1 $ par année pour la cause. Moins d’un an après sa fondation, la Women’s Baptist Missionary Society of Ontario West comptait plus de 30 cercles et sous-groupes et avait amassé 654 $. Dès 1904, elle comprenait plusieurs centaines de groupes et possédait plus de 10 000 $. Au fil des ans, les sociétés locales de ce genre amassèrent des fonds supplémentaires à des fins spéciales : dispensaires, écoles, bungalows pour les femmes missionnaires. Même pendant les périodes de crise économique, le début des années 1890 par exemple, l’aile féminine de l’entreprise missionnaire à l’étranger ne souffrit pas.

Au moment de la mort de Jane Buchan, les baptistes ontariennes subvenaient aux besoins de 14 femmes missionnaires en Inde, dont Sarah Isabel Hatch, la docteure Gertrude Hulet et Katherine Sarah McLaurin, et finançaient de nouvelles missions en Bolivie. Par la compilation des rapports annuels, la correspondance qu’elle entretenait avec les missionnaires à l’étranger, l’hospitalité qu’elle leur offrait lors de leurs séjours au Canada et sa participation aux réunions de conseils, cercles et autres organismes confessionnels, Jane Buchan, administratrice de la première heure, apporta une contribution essentielle à l’effort missionnaire. Les Canadiennes affectées en Inde le reconnaissaient ; elles donnèrent son nom à un bungalow de l’hôpital de Vuyyuru, dans l’Ândhra Pradesh.

Dès son baptême, Jane Buchan lia prière et action, foi et œuvres. Non seulement se dévoua-t-elle dans des écoles du dimanche et à la société missionnaire, mais elle prit part durant de nombreuses années à une foule d’activités de bienfaisance. Par exemple, en 1873, elle contribua à la fondation de la Young Women’s Christian Association de Toronto, dont elle fut secrétaire durant 20 ans. Elle mourut en 1904.

Paul R. Dekar

Les rapports rédigés par Jane Buchan à titre de secrétaire d’administration de la Women’s Baptist Foreign Missionary Soc., division de l’Ouest, figurent dans Canadian Missionary Link (Toronto), 9 (1886–1887)–27 (1904–1905).

Canadian Baptist Arch., McMaster Divinity College (Hamilton, Ontario), Mrs I. C. [Ruth] Morgan, « Women’s Baptist Foreign Missionary Society of Ontario (West), 1876–1952 » dans « The B.W.M.S. story : a history of the Baptist Women’s Missionary Society of Ontario and Quebec » (texte dactylographié, 1976).— Canadian Baptist (Toronto), 7, 14 mai 1873 ; 1er déc. 1904 : 8.— The Baptist year book for Ontario, Quebec, [etc.] [...] (Toronto), 1905 : 22s.— R. P. Beaver, All loves excelling ; American Protestant women in world mission (Grand Rapids, Mich., 1968).— J. A. Boyd, « David Buchan », McMaster Univ. Monthly (Toronto), 6 (1896–1897) : 194–203.— Canadian Missionary Link, 27 (1904–1905) : 80, 115 (renferme une photographie).— Alfreda Hall, Wheels begin to turn : the Baptist Women’s Missionary Society of Ontario and Quebec (Toronto, 1976).— Mary Quayle Innis, Unfold the years : a history of the Young Women’s Christian Association in Canada (Toronto, 1949).— H. M. Ross, « Shaping a vision of mission : early influences on the United Baptist Women’s Missionary Union », An abiding conviction : Maritime Baptists and their world, R. S. Wilson, édit. (Saint-Jean, N.-B., 1988), 83–107.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Paul R. Dekar, « BUCHAN, JANE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/buchan_jane_13F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/buchan_jane_13F.html
Auteur de l'article:   Paul R. Dekar
Titre de l'article:   BUCHAN, JANE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   17 avril 2014