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LE SUEUR, PIERRE, (Pierre-Charles) donné des Jésuites, explorateur, trafiquant, né vers 1657 en Artois, France, fils de Victor Le Sueur et d’Anne Honneur, décédé le 17 juillet 1704 à La Havane, Cuba.

Encore tout jeune, Le Sueur vint au Canada sous les auspices des Jésuites, qui l’envoyèrent, à titre de donné, à leur mission du saut Sainte-Marie. Le jeune homme ne put résister à l’attrait qu’il éprouvait pour le commerce des fourrures et, en 1680, il fut dénoncé comme coureur de bois. Il se lança bientôt dans la traite avec les Sioux du haut Mississipi, fut très vite rompu à cette vie d’aventure et s’attira l’amitié des Indiens. À Montréal, le 12 septembre 1682, il s’associa avec d’autres gens en vue d’un voyage à Michillimakinac. En 1689, il se trouvait au fort Saint-Antoine quand Nicolas Perrot Mit la région du haut Mississipi sous l’autorité royale. En 1690, Le Sueur épousa Marguerite, fille de Michel Messier et parente de Pierre Le Moyne d’Iberville ; ils eurent un fils et quatre filles.

En 1693, malgré la résistance de Bochart de Champigny, qui ne le tenait pour rien d’autre qu’un associé de Buade* de Frontenac dans la traite des fourrures, Le Sueur fut chargé par le gouverneur de rouvrir les voies de passage entre le lac Supérieur et le Mississipi, de construire un poste à La Pointe (baie de Chagouamigon), d’assurer la paix entre les Sauteux et les Sioux et de protéger ces derniers contre les attaques de leurs ennemis, les Renards et les Mascoutens. Le Sueur était, sans aucun doute, un trafiquant heureux en affaires, mais sa maîtrise des dialectes sioux et sauteux et sa connaissance du haut Mississipi lui permirent de jouer en outre un rôle diplomatique auprès des Indiens. Il rentra de l’Ouest au cours de l’été de 1695, ramenant avec lui un grand chef sioux qui venait conclure une alliance avec Frontenac, ainsi qu’un chef sauteux qui ratifia la paix entre les deux nations indiennes. Le Sioux mourut à Montréal.

C’est probablement au début de 1697 que Le Sueur fit à Louis XIV un rapport proposant d’établir un poste permanent chez les Sioux. Il y signalait les avantages qu’offraient les mines de plomb et de cuivre de la région, le commerce lucratif des fourrures et le bois debout qui pouvait servir à la construction ; il proposait qu’on le nommât commandant à La Pointe et qu’on lui octroyât les droits exclusifs de traite pendant dix ans, avec la permission de livrer des armes aux Sioux ; il demandait 20 hommes pour garder le fort et autant pour travailler dans les mines. Les propositions de Le Sueur furent rejetées : les Illinois s’opposèrent à la livraison d’armes à leurs ennemis les Sioux, et les autorités de la Nouvelle-France déclarèrent que la demande de Le Sueur pour les droits miniers n’était qu’un prétexte pour se livrer à la traite.

Nullement découragé, Le Sueur se rendit en France en 1697, où il obtint finalement la permission d’emmener 50 hommes en territoire sioux, pour exploiter les mines et se livrer à un commerce restreint ; cependant, il lui fut strictement interdit de faire la traite des peaux de castor. Il prit des associés, mais le malheur s’acharna sur lui. Champigny se répandit en plaintes contre l’autorisation accordée à Le Sueur : « Je croy que les mines qu’il cherche dans ces quartiers ne sont que de castor. » Pendant son séjour à Paris, il est possible que Le Sueur communiquât au cartographe Franquelin le résultat de ses explorations au Mississipi.

Il est difficile de suivre Le Sueur dans ses déplacements au cours des deux années qui suivirent. Il retourna au moins une fois en France. En 1698, il fut capturé par les Anglais, qui le libérèrent par la suite. Ses succès à la cour de France suivirent les fluctuations occasionnées par les changements dans la politique royale : le permis de traite qu’on lui avait octroyé le 21 mai 1698 fut annulé le 27 mai 1699, quand on décida de renoncer au commerce avec les Sioux, en raison de l’opposition manifestée par les Renards. Pendant son séjour en France, Le Sueur donna des renseignements à Guillaume Delisle qui les incorpora dans une de ses cartes.

L’opposition des autorités de la Nouvelle-France paralysa Le Sueur jusqu’en 1699. Cette année-là, appuyé par le parent de sa femme, Iberville, qui sans doute espérait que Le Sueur lui serait d’un grand secours dans l’organisation du commerce en Louisiane, il obtint l’autorisation royale d’entreprendre, en partant de la nouvelle colonie, une expédition vers le territoire des Sioux, en vue d’une exploitation minière. Le Sueur forma alors la Compagnie des Sioux, dont Iberville et le fermier général L’Huillier étaient membres. Il engagea des hommes et des artisans à La Rochelle, puis accompagna Iberville dans sa seconde expédition en Louisiane. Ils arrivèrent à Biloxi en janvier 1700

Plus tard, la même année, à la tête d’une douzaine d’hommes d’équipage, parmi lesquels se trouvait le charpentier Pénigaut, Le Sueur remonta le Mississipi. Il atteignit l’embouchure de la rivière Saint-Pierre (Minnesota) le 19 septembre, et continua vers l’amont jusqu’à la rivière Verte (appelée aussi rivière Bleue et de nos jours Blue Earth River). C’est là qu’il construisit le fort L’Huillier. Au printemps suivant, Le Sueur laissa un détachement au fort, sous le commandement d’Éraque, et retourna à Mobile avec une cargaison de fourrures et de différents minerais. Son activité pendant cette période et plus encore son apparente indifférence à l’égard de l’interdiction de faire la traite des peaux de castors ne firent qu’irriter davantage les autorités de la Nouvelle-France et donnèrent lieu à une nouvelle série d’accusations de la part de Callière. En avril 1702, Le Sueur retourna en France avec Iberville.

Le Sueur fit un récit de son expédition au ministre et lui montra ses caisses de minerai. Il présenta un mémoire qui résumait ses entreprises pendant ses 15 années d’exploration du haut Mississipi. Il demandait maintenant à être nommé juge dans la nouvelle ville de Mobile et, de plus, l’autorisation d’employer des hommes dans d’autres explorations, un salaire important et le transport de sa famille en Louisiane. Iberville appuya ces requêtes, car il voulait encore employer Le Sueur pour tenter de gagner, en faveur de la Louisiane, une part du commerce de la vallée du Mississipi, même, s’il le fallait, aux dépens du Canada et des colonies anglaises. Bien que Pont-chartrain se fût élevé contre les projets d’Iberville et de Le Sueur, le roi nomma ce dernier juge à Mobile. Il l’autorisa à recruter des hommes en vue de ses explorations et s’engagea à le rémunérer pour le travail qu’il accomplirait chez les Sioux et les Illinois. Le Sueur devait quitter la France sur le Loire, en 1703, mais il ne prit la mer qu’au printemps de 1704, à bord du Pélican. Le navire qui transportait en Louisiane des femmes, parmi lesquelles se trouvaient des infirmières, fit escale à La Havane, où Le Sueur attrapa la fièvre jaune. On dut le laisser là et, après avoir rédigé son testament, Le Sueur mourut le 17 juillet ; il fut inhumé dans l’église de San Cristóbal.

Sa femme avait demandé qu’on lui permît de se rendre en Louisiane avec ses enfants, ce qui lui fut accordé par un mémoire royal adressé à Vaudreuil [Rigaud] et daté du 14 juillet 1704. Mme Le Sueur parvint à Mobile en avril ou mai 1705 et ignora la mort de son mari jusqu’à son arrivée en Louisiane. Il est possible que leur fils, Jean-Paul, soit le Le Sueur, surnommé « le Canadien », qui plus tard seconda Le Moyne* de Bienville dans sa lutte contre les Natchez.

Pierre Le Sueur contribua à éveiller l’intérêt des Français pour l’exploration minière et collabora très activement à l’établissement de la cartographie de la région du haut Mississipi. Il se trouva mêlé aux rivalités politiques et commerciales de son temps, et ses rapports avec Frontenac, comme plus tard en Louisiane avec Iberville, en firent un personnage controversé.

A. P. Nasatir

Les « Mémoires » de Le Sueur (extraits de lettres et de notes au sujet des entretiens que Guillaume Delisle eut avec lui) se trouvent aux AN, Marine 2JJ, 56 (anciennement Archives du Service hydrographique de la Marine, 115x, n° 9). Les extraits de Margry provenant de ces « Mémoires » se trouvent à la BN, NAF 9 296 (Margry), 47, et sont publiés dans Découvertes et établissements des Français (Margry), VI : 69ss ; certaines parties sont traduites dans Wis. State Hist. Soc, Coll., XVI : 177ss. Le document le plus important des « Mémoires » est une lettre, datée du 4 avril 1700 ; elle est rédigée comme un journal de bord, commençant à La Rochelle, le 16 octobre 1699, et décrit la traversée vers la Louisiane et la remontée du Mississipi (voir BN, NAF 21 395 (Arnoul), 5–13). Pénigaut a inclus le récit de Le Sueur dans son « Journal » personnel, qui se trouve dans Découvertes et établissements des Français (Margry), V : 375–586. Plusieurs traductions partielles du journal de Pénigaut ont été faites, mais la plus acceptable est la traduction complète : Fleur de Lys et calumet : being the Pénicaut narrative of French adventure in Louisiana, trad. par R. G. McWilliams, édit. (Bâton Rouge, La, 1953). La « Carte de la rivière de Mississippi, 1702 » , de Delisle, basée sur les « Mémoires de Le Sueur, se trouve à la BN, cartes et plans, 1382 div 3, n° 2. Une carte d’un auteur inconnu, illustrant apparemment le voyage de Le Sueur de 1700–1701, se trouve au Service historique de la Marine (Paris), LXIX, n° 27.

AN, Col., C11A, 15, f.127v.— N. M. M. Surrey, Calendar of manuscripts in Paris archives and libraries relating to the history of the Mississippi valley to 1803 (2 vol., Washington, 1926, 1928).— Marc de Villiers Du Terrage, Noms de lieux Sioux tirés d’un dictionnaire inédit et probablement perdu de Le Sueur, Journal de la Société des Américanistes de Paris, nouv. série, XIV (1922) : 220s.— Giraud, Hist. de la Louisiane française, I.— P. J. Hamilton, Colonial Mobile (Boston, 1897 ; éd. rev., 1910).— Kellogg, French régime.— N. M. M. Surrey, Commerce of Louisiana during the French régime, 1699–1763 (New York, 1916).— Thomas Hughes, Site of Le Sueur’s Fort L’Huillier, Minn. Hist. Soc. Coll., XII (1905–08), 283–295.— Doane Robinson, The Le Sueur tradition, S.DHist. Soc. Coll., IX (1918) : 336–346.— [E.-L. Monty, « Pierre Lesueur et sa famille », SGCF, Mémoires, XXV (1974).— J. Higginbotham, Old Mobile [...] (Mobile, 1977).]

Bibliographie générale

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A. P. Nasatir, « LE SUEUR, PIERRE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/le_sueur_pierre_2F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   18 septembre 2014