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LACROIX, JANVIER-DOMPTAIL (baptisé Jacques-Janvier), avocat, officier de milice, seigneur et homme politique, né le 31 janvier 1778 à Saint-Vincent-de-Paul (Laval, Québec), fils d’Hubert-Joseph Lacroix* et de Françoise-Pélagie Poncy ; décédé le 15 juillet 1856 à Montréal.

Issu d’une famille originaire des Pays-Bas, Janvier-Domptail Lacroix est le petit-fils du docteur Hubert-Joseph de Lacroix*. Il fait des études de droit, probablement à Montréal, et accède au barreau le 13 juillet 1801. Moins d’un an plus tard, le 3 mai 1802, il épouse Marie-Anne Bouate, fille de Jean-Baptiste Bouate, lieutenant d’infanterie, et de Marie-Céleste Foucher. Le mariage est célébré à l’église Notre-Dame de Montréal en présence de plusieurs personnalités de l’époque, dont l’oncle de l’épousée, Louis-Charles Foucher*, juge de la Cour provinciale de Trois-Rivières, et Pierre-Louis Panet*, juge de la Cour du banc du roi de Montréal. Ces témoins et la teneur du contrat de mariage, dans lequel les époux optent pour la séparation de biens, signalent l’appartenance de Lacroix à un groupe social privilégié.

À l’instar de plusieurs de ses compatriotes, Lacroix participe à la guerre de 1812. Fait capitaine dans le 3e bataillon de milice de la ville de Montréal le 7 avril 1812, il est par la suite transféré au 5e bataillon de la milice d’élite incorporée du Bas-Canada. Il démissionne toutefois le 16 mars 1813 afin de s’occuper plus activement de sa carrière d’avocat. Procureur en vue, il avait réussi, le 30 juin 1812, à se faire nommer commissaire chargé de faire prêter le serment d’allégeance. Par ailleurs, le 22 mai 1818 il devient l’un des administrateurs d’un organisme de charité, la Maison d’industrie à Montréal. Il est nommé commissaire des petites causes le 26 juin 1821, puis commissaire chargé de la construction et la réparation des églises et des presbytères en 1830.

Lacroix ne connaît pas cependant que des succès. Ainsi, en février 1817, la chambre d’Assemblée, sur une motion d’Augustin Cuvillier*, le reconnaît coupable de faux témoignage lors de sa comparution devant un comité spécial de l’Assemblée chargé d’enquêter sur la conduite du juge Foucher, l’oncle de sa femme. Elle vote un mandat d’amener contre lui, mais il demeure lettre morte parce que le sergent d’armes adjoint ne réussit pas à retracer le prévenu. Toute l’affaire se résout finalement d’elle-même, après que le gouverneur eut soumis au ministère des Colonies la demande de destitution que l’Assemblée lui avait adressée à l’endroit du juge Foucher. Quand enfin Londres arrête la procédure à suivre en pareil cas, deux ans se sont écoulés, au terme desquels l’animosité envers le magistrat et son trop conciliant procureur s’est apaisée. Le répit de ce dernier est toutefois de courte durée, puisqu’en mars 1819 il se retrouve en butte à de nouvelles difficultés, plus directement reliées celles-là à son attitude à titre de seigneur de Blainville.

Cette année-là, Lacroix reçoit de son père une partie des droits seigneuriaux de Blainville et se rend aussitôt dans la seigneurie réclamer des censitaires les arrérages dus à son père et exiger du curé de l’endroit, Charles-Joseph Ducharme, tous les honneurs réservés à son rang. Il n’en faut pas plus pour susciter l’antipathie. Plusieurs censitaires diffèrent le paiement de leurs rentes, pendant que le curé profite de la première apparition de Lacroix à l’église pour supprimer son prône, évitant ainsi d’avoir à prier publiquement pour le nouveau seigneur et son épouse. C’est un dimanche peu banal : furieux de cet affront, Lacroix riposte en demeurant debout du sanctus à la communion plutôt que de s’agenouiller comme Ducharme l’avait demandé, conformément au rituel de Mgr de Saint-Vallier [La Croix*]. Un marguillier, Martin Gratton, tente en vain de faire respecter l’usage : le seigneur lui répond à haute voix qu’il sait ce qu’il doit faire et, l’office terminé, il sort de l’église, chapeau sur la tête, en menaçant le marguillier et son curé d’un procès retentissant pour crime de lèse-majesté. L’affaire traîne bien deux ou trois ans, au terme desquels le seigneur retire son action, le curé lui ayant finalement consenti les honneurs réclamés. Par la suite, les rapports entre les deux hommes se font plus cordiaux, même si, en 1823, Ducharme s’inquiète du soutien que semble vouloir apporter le seigneur de Blainville à cinq familles écossaises désireuses d’établir une école protestante dans la paroisse. En 1829, toutefois, Lacroix appuiera la demande du curé pour que son école, qui deviendra le petit séminaire de Sainte-Thérèse, puisse recevoir du gouvernement les mêmes avantages pécuniaires que les écoles de syndics.

L’une des principales préoccupations de Lacroix en tant que seigneur de Blainville est d’abord de remembrer son domaine en rachetant, dès 1822, tous les droits de ses frères et sœurs dans la seigneurie. Ainsi, lorsqu’il rend foi et hommage le 16 novembre 1829, il est devenu de plein droit le seul titulaire de la seigneurie de Blainville. Sa gestion dès lors se durcit, car il cherche par tous les moyens à accroître la rentabilité de son fief. Ses pratiques, d’ailleurs, sont celles de la plupart des seigneurs de l’époque : refus de concéder les terres pour en tirer de meilleurs bénéfices, achat de terres pour les revendre à profit et émission de titres nouveaux.

Aussi ne faut-il pas trop s’étonner du peu de respect que les censitaires de Lacroix lui témoignent dans ses luttes politiques, en particulier à l’occasion de l’assemblée publique du 10 avril 1834, à Sainte-Thérèse-de-Blainville. Le Canadien rapporte à ce propos que « le seigneur du lieu M. J.-D. Lacroix [...] a été obligé de se retirer dans la confusion ». Partisan de l’exécutif, il y avait dénoncé, comme à Montréal quelques jours auparavant, les Quatre-vingt-douze Résolutions, allant même jusqu’à prêcher un loyalisme outrancier. Il maintiendra cette position pendant tout le temps que durera la crise, ce qui fera dire au rédacteur du Canadien, le 17 novembre 1837, que la nomination de Lacroix au Conseil législatif ne peut être regardée comme une nomination canadienne. Lacroix exerce les fonctions de conseiller du 22 août 1837 jusqu’à la suspension de la constitution, le 27 mars 1838.

Janvier-Domptait Lacroix vend sa seigneurie à George Henry Monk le 26 juillet 1846, pour la somme de £4 500. Vivant alors à Montréal, il s’occupe activement de politique municipale et condamne tous ceux qui, à l’exemple des grévistes de Lachine, menacent la paix sociale. Il meurt à Montréal le 15 juillet 1856, chez sa fille Marie-Henriette, épouse de John Pangman, seigneur de La Chesnaye et conseiller législatif. Représentant d’une élite détestée par le peuple pour ses opinions politiques, Lacroix laissera le souvenir d’un homme qui aura tout sacrifié à son ascension sociale.

Serge Courville

ANQ-M, CE1-51, 3 mai 1802, 15 juill. 1856 ; CE1-59, 1er févr. 1778.— ANQ-Q, P-240, boîte 23.— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, 1817 : 557–559.— Doc. relatifs à l’hist. constitutionnelle, 1791–1818 (Doughty et McArthur), 507–540.— L’Ami du peuple, de l’ordre et des lois (Montréal), 12, 19 avril 1834.— Le Canadien, 16 avril 1834, 17 nov. 1837.— La Gazette de Québec, 20, 27 févr., 6, 20 mars 1817.— La Minerve, 7, 14 avril 1834.— P.-G. Roy, Inv. concessions, 3 : 276–278.— Turcotte, le Conseil législatif.— Cahiers historiques : histoire de Sainte-Thérèse (Joliette, Québec, 1940).— Chapais, Cours d’hist. du Canada, 3 : 56–60.— Émile Dubois, le Petit Séminaire de Sainte-Thérèse, 1825–1925 (Montréal, 1925).— É.-J.[-A.] Auclair, « les Origines de Sainte-Thérèse de Blainville et de son séminaire », SRC Mémoires, 3e sér., 34 (1940), sect. i : 1–19.— H. C. Pentland, « The Lachine strike of 1843 », CNR, 29 (1948) : 255–277.

Bibliographie générale

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Serge Courville, « LACROIX, JANVIER-DOMPTAIL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lacroix_janvier_domptail_8F.html.

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Auteur de l'article:   Serge Courville
Titre de l'article:   LACROIX, JANVIER-DOMPTAIL
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   26 octobre 2014