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KÁA GOOX (Charlie, Dawson Charlie), Indien tagish, né près de Caribou Crossing (Carcross, Yukon) ; décédé le 26 décembre 1908 aux environs de Carcross.

Káa Goox naquit d’une mère tagish, Kooyáy, et d’un père tlingit, Tlawch’, probablement dans les années 1860, soit durant la période où le commerce entre les Tlingits de la côte et les Athapascans de l’intérieur était le plus florissant. Son oncle maternel Skookum Jim [Keish*] exerça beaucoup d’influence sur lui. Comme la société tagish est matrilinéaire, les membres d’une famille qui sont liés du côté maternel revendiquent l’appartenance au même clan. À l’époque où Káa Goox était enfant, la personne qui comptait probablement le plus pour un garçon était un oncle maternel, en raison de leur lien clanique. De même, tout Tagish de sexe masculin devait veiller sur ses sœurs parce qu’elles étaient membres de son clan et non de celui de leur père ou de leur mari. Vers 1895, deux des sœurs de Skookum Jim étaient mariées à des prospecteurs blancs qui cherchaient de l’or sur le cours du Yukon, et toutes deux avaient quitté leur famille pour accompagner leur mari en un endroit en aval qui semblait prometteur. Selon les habitants de la région, lorsque Charlie (nom sous lequel Káa Goox devint connu) et son oncle se mirent en route pour la rivière Klondike, en 1896, ce n’était pas pour chercher de l’or. Inquiets du sort des deux femmes, ils s’acquittaient de leur devoir en allant voir ce qui leur était arrivé. Le fait que, en août 1896, ils trouvèrent de l’or au ruisseau Rabbit (Bonanza), en compagnie de leur beau-frère George Washington Carmack*, et que cette découverte déclencha la plus spectaculaire ruée vers l’or de l’histoire de l’Amérique du Nord est presque secondaire dans le récit que racontent leurs descendants tagishs. On est bien loin de ces livres sur la ruée vers l’or qui dépeignent Jim (et vraisemblablement son neveu) comme quelqu’un qui, selon les mots de Pierre Berton, « aspirait à être un Blanc – en d’autres termes un prospecteur » et « manifestait le type d’ambition de l’homme blanc ».

Quoi qu’il en soit, cette découverte ne pouvait que bouleverser l’existence de Charlie et de son oncle. Charlie devint riche, se rendit à Seattle, dans l’État de Washington, et à San Francisco, en Californie, puis revint et acheta le Caribou Hotel à Carcross. Il épousa une femme nommée Sadusge, avec qui il eut deux enfants, un garçon et une fille, mais le genre de vie qui accompagnait sa nouvelle fortune finit par leur causer des difficultés, et le couple se sépara. Charlie mourut en 1908 : il se noya en tombant d’un pont de chemin de fer.

Comme Charlie avait participé à la découverte à l’endroit appelé par la suite Dawson City, on le surnomma Dawson Charlie quand il rentra au pays. Cependant, dans les documents écrits, on l’appelle toujours Tagish Charlie, sans doute parce que les Blancs savaient qu’il venait des environs du lac Tagish. Ce nom engendre de la confusion parce qu’un certain Yéil S’aa, qui guida des équipes d’arpenteurs mais ne participa jamais à la découverte d’aucun gisement aurifère, était connu dans les environs de Carcross sous le nom de Tagish Charlie. Pour souligner ce qui distingue ces deux hommes, les vieillards de la communauté montrent leurs tombes respectives dans le cimetière local. Les pierres tombales portent chacune l’emblème du clan auquel appartenait le défunt : dans le cas de Tagish Charlie, il s’agit d’un castor, et dans le cas de Dawson Charlie, d’un loup. Évidente pour n’importe quel Tagish ou Tlingit, la signification de ces emblèmes a souvent échappé aux gens de l’extérieur, ce qui illustre combien il est difficile de rendre compte des événements historiques lorsqu’il faut franchir une frontière culturelle.

Julie Cruikshank

La plus grande partie de l’article qui précède est basée sur la tradition tagish, et particulièrement sur les contributions de Mme Angela Sidney*, nièce de Káa Goox selon le système de filiation tagish. Les données généalogiques sont tirées de Haa shagóon (our family history) (Whitehorse, 1983), qu’elle a préparé en collaboration avec Julie Cruikshank. D’autres commentaires sur la découverte du Klondike figurent dans J. M. Cruikshank, « Life lived like a story : cultural constructions of life history by Tagish and Tutchone women » (thèse de ph.d., Univ. of B.C., Vancouver, 1987), ouvrage publié sous le titre de Life lived like a story : life stories of three Yukon (Lincoln, Bebr., 1990).  [j. c.]

Pierre Berton, Klondike : the life and death of the last great gold rush (Toronto, 1958).— Julie Cruikshank, « Images of society in Klondike goldrush narratives : Skookum Jim and the discovery of gold », Ethnohistory (Durham, N.C.), 39 (1992) : 20–41.— William Ogilvie, Early days on the Yukon & the story of its gold finds (Ottawa, 1913).— A. A. Wright, Prelude to bonanza : the discovery and exploration of the Yukon (Sidney, C.-B., 1976).

Bibliographie générale

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Julie Cruikshank, « KÁA GOOX », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/kaa_goox_13F.html.

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Auteur de l'article:   Julie Cruikshank
Titre de l'article:   KÁA GOOX
Titre de la publication:   FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   21 décembre 2014