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HERRING, FRANCES ELIZABETH (Herring), institutrice, journaliste et écrivaine, née le 23 décembre 1851 à King’s Lynn, Angleterre, fille de Jonathan J. Herring et de Harriet Clarke ; le 27 décembre 1874, elle épousa à New Westminster, Colombie-Britannique, Arthur May Herring, et ils eurent huit enfants, dont trois garçons et une fille qui parvinrent à l’âge adulte ; décédée dans cette ville le 16 novembre 1916.

Frances Elizabeth Herring naquit en Angleterre d’un père marchand et d’une mère issue d’une famille de notables. Elle fit ses études à Reading et y enseigna pendant une courte période. Toutefois, comme beaucoup d’autres provinciaux de la classe moyenne, elle en vint à conclure que son avenir était dans les colonies. En 1874, un conflit familial, dit-on, la poussa à quitter l’Angleterre pour les rives lointaines de la Colombie-Britannique.

Peu après son arrivée, Frances Elizabeth épousa son cousin Arthur May Herring, qui avait immigré tout jeune en Colombie-Britannique. Ils s’établirent à Langley, petite ville qui s’était développée autour du vieux fort de la Hudson’s Bay Company. Frances Elizabeth décida de poursuivre sa carrière et obtint en juillet 1875 un brevet d’enseignement du Bureau d’éducation de la Colombie-Britannique. En mars 1876, on l’affecta à l’école de Langley où, dirait le surintendant provincial de l’Éducation dans son rapport de 1877, elle s’avéra « l’une [des] meilleures institutrices ». Outre les matières scolaires, elle enseignait la musique, la religion et les travaux d’aiguille ; la majeure partie de ses élèves étaient des autochtones ou des sang-mêlé.

En 1878, Frances Elizabeth Herring quitta Langley et son poste d’institutrice pour s’établir à New Westminster, où son mari avait ouvert l’année précédente un commerce de médicaments en gros et au détail. Il semble qu’elle ait passé les années 1880 à s’occuper de l’entreprise familiale et de ses enfants. De mai 1877 à décembre 1884, elle en mit cinq au monde ; trois autres suivraient. Même si, en tant que membres de la classe moyenne, les Herring pouvaient s’offrir bien des luxes – par exemple une servante et une maison d’été à la baie Boundary –, la vie domestique devait être très lourde pour Mme Herring.

Ses obligations familiales ne l’empêchèrent pourtant pas de se consacrer de plus en plus au journalisme dans les dernières décennies du siècle. En 1892, elle tint dans le British Columbia Commonwealth de New Westminster une chronique intitulée « Home circle ». On y trouvait surtout des recettes, des trucs utiles pour la tenue d’un foyer et des conseils de jardinage, mais aussi des histoires inspirantes mettant en scène des femmes de carrière ou des épouses et des mères qui n’hésitaient pas à s’affirmer. Elle fut, semble-t-il, la correspondante du Globe de Toronto en Colombie-Britannique pendant que John Stephen Willison* en était rédacteur en chef.

L’engagement de Frances Elizabeth Herring dans la vie communautaire et les œuvres de bienfaisance s’intensifia au début du xxe siècle. Dans les années 1870, elle avait présenté, devant les enseignants de la Colombie-Britannique réunis en congrès, des communications dont le ton politique avait soulevé la controverse. Quarante ans plus tard, elle était présidente du Royal Columbian Hospital Women’s Auxiliary et appartenait au National Council of Women of Canada. Anglicane depuis longtemps, elle fut en 1909–1910 secrétaire-trésorière du comité des publications de la section du Woman’s Auxiliary à New Westminster auprès de la Société des missions de l’Église anglicane en Canada, qui distribuait des écrits religieux dans toute la province. De plus, elle animait des séances d’études bibliques pour jeunes femmes. À la fois en raison de son engagement social et de ses prises de position publiques en faveur du suffrage féminin, on la considérait comme une fervente adepte de l’égalité des droits.

Toutefois, écrire de la fiction était probablement ce qui intéressait le plus Frances Elizabeth Herring. Son style sentimental visait le grand public ; ses sujets étaient limités et reflétaient, pour la plupart, son expérience de l’immigration en Colombie-Britannique, ses convictions féministes et l’influence du discours raciste, très forte à la fin du xixe siècle et au début du xxe Elle plaça d’abord de ses nouvelles dans ses chroniques du British Columbia Commonwealth, puis en publia dans des grands magazines nationaux. De 1900 à 1914, elle fit paraître six romans, dont cinq se passent en Colombie-Britannique. Leur thème le plus constant est la rencontre de femmes de race blanche avec d’autres cultures. Ils traitent de l’immigration, de la colonisation, des rapports avec des autochtones et des Asiatiques. Paru à Londres en 1903, Among the people of British Columbia : red, white, yellow, and brown relate l’histoire d’une jeune Anglaise nommée Agnes qui parcourt la province et observe l’« exotique » population de couleur. Nan and other pioneer women of the west (Londres, 1913) offre une série de nouvelles sur des Blanches aux prises avec les difficultés de la migration et la nécessité de subvenir à leurs besoins – nouvelles qui, pensait l’auteure, permettrait à ses « jeunes sœurs » de « constater par elles-mêmes dans quels pièges tombent les hommes lorsque la puissance contraignante de la « Maternité des Femmes » leur manque ». Bien qu’il soit rarement question de Frances Elizabeth Herring dans les discussions sur l’histoire littéraire du Canada, son œuvre était assez populaire à son époque. Ainsi, Among the people of British Columbia et In the pathless west with soldiers, pioneers, miners, and savages (Londres, 1904) connurent tous deux une seconde édition. Mme Herring continua d’écrire et de publier jusqu’à la veille de sa mort, causée en 1916 par le diabète.

La vie de Frances Elizabeth Herring suggère que les femmes blanches de classe moyenne de l’Ouest canadien n’étaient pas nécessairement confinées aux seuls rôles prescrits par les conceptions traditionnelles de la « sphère féminine ». Bien que les thèmes domestiques, moraux et religieux dominent ses écrits, le mariage et la maternité ne l’empêchèrent pas de travailler contre rémunération, de connaître une belle carrière littéraire ni de s’engager dans le féminisme et la réforme. Son statut d’Anglaise de la classe moyenne détermina son expérience d’immigrante, lui donna les ressources nécessaires pour écrire et influa profondément sur ses rapports avec la communauté multiculturelle de la Colombie-Britannique. L’existence de ce personnage à la fois exceptionnel et typique en révèle beaucoup sur les possibilités et les limites qui caractérisaient la vie des femmes de race blanche en Colombie-Britannique à son époque.

Adele Perry

Les détails concernant Frances Elizabeth Herring nous ont été gracieusement communiqués par Philip et Marion Grace Herring, de Burnaby, Colombie-Britannique, à l’occasion d’une entrevue réalisée le 21 décembre 1994.  [a. p.]

Frances Elizabeth Herring a rédigé trois autres romans, tous publiés à Londres ; ce sont Canadian camp life (1900), Ena (1913), et The gold miners ; a sequel to « The pathless west » (1914). Parmi ses courts ouvrages de fiction, on peut citer « A pioneer marriage in Alabama », Canadian Magazine, 5 (mai–oct. 1895) : 375–377. Un certain nombre d’ouvrages de référence, dont A bibliography of British Columbia : laying the foundations, 1849–1899, B. J. Lowther, compil. (Victoria, 1968) et R. E. Watters, A checklist of Canadian literature and background materials, 1628–1960 (2e éd., Toronto et Buffalo, N.Y., 1972), la désignent incorrectement sous le nom de Clarke, le nom de sa mère.

AN, RG 31, C1, 1881, 1891, New Westminster, C.-B.— BCARS, Vert. file, F. E. Herring.— City of Vancouver Arch., St Mary’s Church (Sapperton), reg. of marnages, 1874 (mfm).— EAC, Diocese of New Westminster Arch. (Vancouver), New Westminster Diocesan Board of Anglican Church Women fonds, box D549, file 3, Woman’s Auxiliary, board minutes, 1909–1910.— New Westminster Public Library, S. Bowell and Sons Funeral Home, book 2 (mai–déc. 1917) ; book 24 (mai 1941).— British Columbia Commonwealth (New Westminster), 1892.— British Columbian (New Westminster), 18 nov. 1916.— Mainland Guardian (New Westminster), 1872–1888.— C.-B., Legislative Assembly, Sessional papers, 1876–1878 (rapports sur les écoles publiques, 1874–1877).— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— National Council of Women of Canada, Year book (Toronto), 1912.— Scholefield et Howay, British Columbia.— Woman’s who’s who of America ; a biographical dictionary of contemporary women of the United States and Canada, J. W. Leonard, édit. (New York, 1914 ; réimpr., Detroit, 1976).

Bibliographie générale

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Adele Perry, « HERRING, FRANCES ELIZABETH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/herring_frances_elizabeth_14F.html.

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Auteur de l'article:   Adele Perry
Titre de l'article:   HERRING, FRANCES ELIZABETH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   19 décembre 2014