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HAYWORTH, MARGARET JANET, écolière, née le 21 août 1929 à Hamilton, Ontario, fille aînée de John Smith Ward Hayworth et de Georgina Wright ; décédée en mer le 9 septembre 1939 à bord du cargo City of Flint.

Margaret Janet Hayworth naquit au Mount Hamilton Hospital dans une famille d’immigrants écossais résidant à Burlington, en Ontario, où elle fréquenta la Lakeshore Public School et l’école du dimanche de l’église presbytérienne Knox. En 1939, ses parents se préparaient à déménager. Ils avaient décidé de vendre la maison, de passer l’été chez des membres de la famille en Écosse et de s’installer à Hamilton Beach (Hamilton), du côté est du port de Hamilton, après le voyage. Il fut prévu que Margaret et sa sœur âgée de cinq ans, Jacqueline Anne, iraient à l’A. M. Cunningham School.

Le 23 juin, après que Margaret eut terminé sa cinquième année, la famille partit de Montréal pour se rendre à Glasgow à bord de l’Athenia, navire de passagers de la Donaldson Atlantic Line. Après avoir rendu visite à ses parents et à ceux de sa femme à Falkirk et à Aberdeen, John rentra à la maison pour travailler à la Firestone Tire and Rubber Company. Georgina et ses filles restèrent en Écosse, avec l’intention de revenir au Canada à la mi-septembre à bord du paquebot jumeau de l’Athenia, le Letitia. (Les Hayworth connaissaient ces deux bateaux, car John avait immigré au Canada en 1925 à bord de l’Athenia et Georgina en 1927 à bord du Letitia.) Comme la menace d’une guerre s’intensifia au cours des semaines suivantes, John envoya un télégramme à Georgina, lui conseillant vivement de partir sans tarder. Elle lui répondit qu’elle avait déjà réservé des places pour revenir plus tôt.

Les Hayworth quittèrent Glasgow à bord de l’Athenia le 1er septembre, à midi. Le navire s’arrêta à Belfast le soir même, puis à Liverpool le lendemain, pour prendre d’autres passagers avant d’entreprendre la traversée de l’Atlantique Nord avec plus de 1 400 personnes ; la plupart étaient des Canadiens et des Américains qui fuyaient l’agitation grandissante en Europe. Deux jours après le départ de l’Athenia, la Grande-Bretagne et la France déclarèrent la guerre à l’Allemagne. Ce soir-là, le 3 septembre, pendant que le bateau naviguait à 200 milles à l’ouest des Hébrides, les Hayworth prenaient l’air sur le pont. Georgina pensa ramener ses filles à la cabine, mais décida que la soirée était trop belle pour rentrer si tôt. Soudain, il y eut une énorme explosion. Le navire avait été torpillé par un sous-marin allemand, que certains passagers avaient aperçu quelques instants auparavant. (Le sous-marin fut ultérieurement identifié comme étant le U-30, sous le commandement de Fritz-Julius Lemp. Ce dernier déclarerait ignorer que le bateau était un navire de passagers.) Margaret fut frappée à la tête par des projections de débris et perdit connaissance. Georgina, suivie de Jacqueline qui s’accrochait à sa jupe, porta sa fille ensanglantée jusqu’au poste de canots de sauvetage le plus proche. Elle réussit à faire embarquer Margaret sur un bateau à bord duquel elle monta également. Elle se tourna vers le pont et cria à un homme de lui donner Jacqueline, mais, dans la confusion, celui-ci prit un autre enfant. Elle demanda à un autre homme de l’aider, qui lui tendit lui aussi l’enfant de quelqu’un d’autre. L’équipage commença à mettre le canot de sauvetage à la mer et la famille fut séparée.

Ayant reçu le SOS du navire, des sauveteurs commencèrent à arriver en quelques heures. Georgina et Margaret comptèrent parmi les 200 personnes et plus accueillies à bord du Southern Cross, yacht privé appartenant à un millionnaire suédois. Tous ces passagers furent transbordés par la suite au City of Flint, petit cargo américain. (Les Hayworth apprendraient finalement qu’une autre Canadienne accompagnée de sa petite fille aida Jacqueline et qu’elles se trouvaient parmi les gens secourus par un bateau qui retourna en Écosse. Jacqueline retrouva ses grands-parents et un ami de la famille la ramena au Canada en octobre.)

Le City of Flint était mal équipé pour accueillir des passagers, mais le pont fut dégagé pour y installer des abris de fortune. Margaret et les autres blessés furent confiés aux soins de Richard L. Jenkins, médecin venu d’un paquebot américain qui fournit également des provisions. La santé de Margaret sembla d’abord s’améliorer, puis, au cinquième jour, la fillette commença à faire de la fièvre et à sombrer dans l’inconscience, se réveillant parfois en pleurant ou en chantant des passages d’hymnes. Le 8 septembre, elle demanda à voir Jacqueline, perdit connaissance pour la dernière fois et mourut aux premières heures du jour suivant.

John Hayworth fut d’abord informé que sa femme et ses deux filles avaient survécu. En route vers Halifax pour l’arrivée du City of Flint, il apprit toutefois la mort de Margaret. Tandis que de nombreuses personnes se réjouissaient de se retrouver sur le quai, il accueillit sa femme éperdue. Ils achetèrent un petit cercueil à Halifax, et entamèrent les préparatifs pour le retour à la maison et un enterrement dans l’intimité. Un ami de la famille choisit un lot au cimetière Woodland de Hamilton. Pendant ce temps, des dispositions étaient prises sans leur consentement. Le premier ministre de l’Ontario, Mitchell Frederick Hepburn*, qui saisissait toutes les occasions de renforcer le soutien à la guerre, décida que la fillette devait avoir des funérailles publiques. Les Hayworth étaient des gens simples qui tenaient à préserver leur vie privée et n’aimaient pas l’ostentation. Des amis se montrèrent diplomates et dirent à la presse que le couple n’avait jamais souhaité la tenue d’une cérémonie publique, mais qu’il « comprendr[ait] ce qui l’a[vait] motivée ».

Une foule de dignitaires, dont Hepburn et le chef des conservateurs provinciaux, George Alexander Drew*, assistèrent à une séance spéciale du conseil municipal de Hamilton, où ils profitèrent de l’occasion pour transformer la jeune victime en martyre de la cause des Alliés. Quand sa dépouille arriva à Hamilton, le 15 septembre, à six heures quarante du soir, cinq jours après que le Canada fut entré en guerre, Margaret était connue à l’échelle internationale. On lui rendit un grand hommage dans le Times de Londres et le New York Times (après les funérailles, un poème commémoratif du docteur Jenkins serait publié dans la revue Time). Une foule se massa le long des rues menant au salon funéraire, où le simple cercueil en pin fut remplacé par un autre doublé de soie pour exposer la dépouille selon les directives des hommes politiques (la presse décrivit l’événement comme une « exposition en chapelle ardente »). Un petit bouquet de fleurs offert par l’une des camarades de classe de Margaret et deux boutons de rose furent placés dans les mains de la fillette.

Des centaines de personnes défilèrent dans le salon funéraire le soir du 15, de même que le lendemain matin. Un service fut ensuite célébré chez des amis proches, l’un des rares moments où les Hayworth purent vivre leur deuil dans l’intimité, avant les funérailles publiques qui se tinrent cet après-midi-là, à l’église presbytérienne St Andrew, remplie à craquer ; des milliers d’autres personnes se rassemblèrent à l’extérieur pour écouter la cérémonie grâce à des haut-parleurs. Les parents, des camarades de classe et des amis de la famille de Margaret prirent place à l’avant, tandis que les rangées suivantes accueillaient des hommes politiques et d’autres dignitaires, dont le lieutenant-gouverneur Albert Edward Matthews*, le premier ministre Hepburn, ainsi que la plupart des membres du conseil municipal. Georgina choisit des hymnes que Margaret avait chantés avant de glisser dans l’inconscience pour la dernière fois et des amis portèrent le cercueil, mais presque tous les autres aspects des funérailles – de la garde d’honneur militaire à l’escorte de motocyclistes de l’Ontario Provincial Police, en passant par le caméraman du gouvernement qui filma l’événement – relevèrent d’autres personnes sous la direction de Hepburn. Ce dernier avait même contacté tous les gouvernements provinciaux pour leur suggérer de suivre l’exemple de l’Ontario en mettant en berne les drapeaux des édifices publics le jour des funérailles. Le premier ministre du Canada, William Lyon Mackenzie King*, qui entendit parler des initiatives de Hepburn dans un reportage journalistique, manifesta son aigreur dans son journal le 15 septembre : le premier ministre de l’Ontario « a essayé de me placer devant le dilemme de le suivre comme un chauvin ou de ne pas emboîter le pas et de me montrer antipatriotique. Je ne veux pas que cette guerre soit gérée sur la base de coups de publicité et sur la base de la haine et d’autres éléments de ce genre ». Il décida que la participation du gouvernement fédéral serait plus modeste : un représentant officiel et une couronne funéraire de bon goût seraient envoyés au nom du peuple canadien.

Les espoirs de King, qui voulait que la mort de Margaret reste au-dessus de la rhétorique de temps de guerre, furent anéantis : étant donné le caractère public des funérailles, ce fut aussi une mine d’or en matière de propagande. Les journalistes comparèrent la destruction de l’Athenia à celle du Lusitania, en 1915, et firent un rapprochement entre Margaret et Edith Louisa Cavell, infirmière britannique exécutée durant la Première Guerre mondiale. La mort de l’enfant était une preuve irréfutable du mal du nazisme, fit observer le révérend Charles Lynch Cowan, l’un des célébrants du service ; la torpille qui avait coulé l’Athenia, déclara-t-il, « a[vait] brisé [le] pacifisme tranquille, plein d’assurance [du pays] et nous avait rappelé sournoisement [qu’il] fallait toujours affronter des forces cruelles ». Il continua en disant que la perte de la fillette prouvait que la nécessité absolue de poursuivre la guerre devait être évidente partout, et non pas seulement au Canada et dans l’Empire britannique. Pour le chef des conservateurs, George Alexander Drew, ce décès était un argument contre l’isolationnisme américain : « Le symbole de la mort de cette enfant traversera les frontières du dominion comme un défi à toutes les démocraties […] Le peuple des États-Unis est concerné aussi directement que nous quant au cours de ce conflit. »

Margaret Janet Hayworth ne fut pas la première victime canadienne de la guerre – ce triste honneur revient à plus de 50 autres personnes qui périrent quand l’Athenia fut touché ou pendant les heures de chaos qui suivirent –, mais elle fut la première personne dont le corps fut rapatrié au Canada pour y être enterré. Avant son départ précipité de l’Écosse avec ses filles, Georgina avait décidé de ne pas leur parler de la guerre imminente, croyant qu’elles étaient trop jeunes pour comprendre. Il est ironique de penser que Margaret devint l’une des premières victimes d’un conflit dont elle n’aurait guère pu saisir le sens.

Jonathan F. Vance

Nous aimerions remercier Jacqueline Anne Hayworth Bullock de Burlington, Ontario, qui a bien voulu partager avec nous les quelques dossiers de famille en sa possession et les souvenirs qu’elle garde de sa sœur.

BAC, « Journal personnel de William Lyon Mackenzie King », 15 sept. 1939 : www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/politique-gouvernement/premier-ministres/william-lyon-mackenzie-king/Pages/journal-mackenzie-king.aspx (consulté le 9 avril 2014) ; « Listes de passagers et entrées par la frontière, 1925–1935 – Répertoires nominatifs » : www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/immigration/documents-immigration/listes-passagers-entrees-frontiere-1925-1935/Pages/introduction.aspx (consulté le 9 avril 2014).— City of Toronto Arch., Fonds 1266, images 60728 ; 60735 ; 60737.— Hamilton Public Library, Special Coll. Dept., Ontario, Clipping files, Hamilton biog.— Evening Telegram (Toronto), 16 sept. 1939.— Globe and Mail, 14, 16, 18 sept. 1939.— Hamilton Spectator, 4, 8, 11, 14–16, 18 sept. 1939.— New York Times, 10, 14, 17 sept. 1939.— Times (Londres), 11 sept. 1939.— Toronto Daily Star, 13, 16 sept., 23 oct. 1939.— « Canada : peace », Time (New York), 25 sept. 1939.— F. M. Carroll, « The first shot was the last straw : the sinking of the T.S.S. Athenia in September 1939 and British naval policy in the Second World War », Diplomacy & Statecraft (Londres), 20 (2009) : 403–413.— Max Caulfield, A night of terror : the story of the Athenia affair (Londres, 1958) ; publié sous le titre Tomorrow never came : the story of the S.S. Athenia (New York, 1959).— La Fin d’une époque (1934–1939), production, réalisation et scénario de William Weintraub (court métrage, [Ottawa], 1960 ; accessible en ligne à www.onf.ca/film/fin_dune_epoque_1934_1939).

Bibliographie générale

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Jonathan F. Vance, « HAYWORTH, MARGARET JANET », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 févr. 2017, http://www.biographi.ca/fr/bio/hayworth_margaret_janet_16F.html.

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Auteur de l'article:   Jonathan F. Vance
Titre de l'article:   HAYWORTH, MARGARET JANET
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2016
Année de la révision:   2016
Date de consultation:   21 février 2017