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Titre original :  Sieur de Diereville

Provenance : Lien

DIÈREVILLE (Dierville, Dière de Dièreville), chirurgien et écrivain français, auteur d’un récit de voyage en Acadie, né en France, peut-être à Pont l’Évêque (Calvados) ; circa 1699–1711.

Le nom Dièreville n’est pas inconnu en Normandie. On a trouvé dans le tabellionnage de Honfleur un acte du 26 novembre 1625 concernant un Jehan Dièreville, de Saint-Thomas de Touques D’autre part, plusieurs Dière se trouvaient à Honfleur au début du xviie siècle, dont Guyon et Jacques Dière, capitaines de navires. Or Honfleur et Touques ne sont pas loin de Pont-l’Évêque, où serait né Dièreville.

Les deux formes, Dièreville et Dière de Dièreville, se trouvent dans les documents à Pont-l’Évêque. Dierville, sans initiales ni prénom, se rencontre dans un mémoire d’un contemporain, Joseph Pitton de Tournefort, et sur les étiquettes des plantes d’Acadie (environ 25 spécimens), conservées dans l’herbier du Muséum d’Histoire naturelle (Paris). Ces étiquettes sont en partie de la main de Sébastien Vaillant, botaniste contemporain. On ignore le prénom du personnage, et l’initiale N., employée d’abord dans le Dictionnaire du père Le Jeune, n’est attestée par aucun document connu. On ne sait rien non plus des dates de sa naissance et de sa mort. L’année 1670, citée parfois pour sa naissance, n’est qu’une approximation.

En 1698, Michel Bégon, intendant de La Rochelle, avait un secrétaire nommé Pierre Dières. Comme c’est précisément ce Michel Bégon qui avait commandé à Dièreville le récit de son voyage en Acadie, et que l’auteur le lui dédia, il est permis de penser que ce Pierre Dières et Dière de Dièreville pourraient être de la même famille. Suivant une note un peu obscure de Delavaud et Dangibeaud, éditeurs des Lettres de Michel Bégon, un frère de Pierre, Jacques-Christophe, aurait été commissaire général des vivres de la marine à Saint-Jean-d’Angély. Or, comme Michel Bégon est connu pour son népotisme assez marqué, on comprend que sa sollicitude se soit également étendue aux frères de ses secrétaires. De plus, nous savons par le récit de Dièreville qu’il a trois frères et, par les archives du Calvados, qu’il possède une propriété près du village de Reux, dans le voisinage de Pont-l’Évêque ; on peut même se demander si, comme on l’écrit parfois, sans documents précis à l’appui, il n’est pas né là plutôt qu’à Pont-l’Évêque.

Avant 1699, Dièreville semble étudier la chirurgie à l’Hôtel-Dieu de Paris – si l’on en croit un passage de son récit–et il publie, avant 1701, quelques poèmes dans le Mercure galant. Le principal événement de sa vie reste son voyage en Acadie. Il part de La Rochelle le 20 août 1699, sur la Royalle Paix, en qualité de subrécargue, c’est-à-dire de commis nommé par l’armateur et préposé à la surveillance de la cargaison. Il arrive à Port-Royal (Annapolis Royal, N.-É.), le 13 octobre, après 54 jours de voyage. Il passe un an au pays en quête de renseignements sur la région et sur les populations française et amérindienne ; il herborise également. Le 6 octobre 1700, il s’embarque pour l’Europe et arrive à La Rochelle le 9 novembre. L’année suivante, le 21 décembre, il devient chirurgien de l’hospice de Pont-l’Évêque, poste qu’il occupe encore le 10 avril 1711.

À part cela, on ne sait rien de lui. Seuls son récit et les plantes recueillies en Acadie contribuent à sa renommée. Il en rapporte des spécimens de Chelone acadiensis (aujourd’hui Chelone glabra), qui servent de type pour la description de l’espèce par Tournefort en 1706, et le Diervilla acadiensis (aujourd’hui Diervilla Lonicera), espèce d’un genre que Tournefort lui dédie. Dans sa description, ce dernier rend ainsi hommage à Dièreville : « Je ne connois qu’une espèce de ce genre que Mr Dierville, chirurgien du Pont-l’Évêque, fort éclairé dans la connaissance des plantes, a apportée d’Acadie ».

Michel Bégon – auquel Plumier dédia le genre Begonia, et dont un fils, prénommé également Michel*, deviendra intendant de la Nouvelle-France – suggère à Dièreville de rédiger son récit en vers, mais les amis de l’auteur ne l’approuvent pas. Pour plaire à tous, ce dernier sacrifie 5 000 vers et n’en retient que 2 529 ; les strophes rimées alternent avec la prose. Le résultat prouve bien que l’abandon des vers ne s’est pas fait aux dépens du patrimoine poétique !

Le récit porte le titre de Relation du voyage du Port Royal de lAcadie, ou de la Nouvelle France, et parut à Rouen en 1708. L’auteur décrit par le menu la vie à bord, sans oublier le mousse que l’on fouette pour calmer le vent et le naufrage d’une partie de la cargaison. Il s’intéresse particulièrement à la faune et raconte ses chasses et pêches, la poudrerie de l’hiver canadien (qu’il nomme foudrille), les procédés de fabrication de la bière d’épinette et du sucre d’érable ; il décrit le pays des aboiteaux, les mœurs des Indiens (et notamment la façon de ranimer les noyés au moyen de lavements de fumée de tabac), la cuisine des Amérindiens, des Acadiens et des navigateurs. Les souvenirs culinaires émeuvent ce fin gourmet et l’espace qu’il leur consacre fait de son récit la première/œuvre importante de la littérature gastronomique au Canada.

La relation, très bien accueillie à l’époque, fait l’objet d’une longue analyse bibliographique dans le Journal des Sçavans en 1708. Son succès de librairie repose sur l’engouement d’un public avide d’exotisme. Boisard, à tort, juge la publication sévèrement. D’autres en exagèrent la portée. La vérité se place entre les deux extrêmes. L’auteur n’a pas la précision, ni l’acuité d’observation ni la connaissance des faits d’un Pierre Boucher. Le travail, sans doute, est assez superficiel mais, à une époque où il reste tant à découvrir au Canada, Dièreville apporte quelques éléments nouveaux. On cherche vainement ailleurs certains traits d’ordre ethnologique. Atteignant en outre la masse innombrable des dilettantes, il contribue alors à créer dans la métropole un climat favorable à l’Acadie et à la Nouvelle-France.

Jacques Rousseau

Il y eut trois tirages de la Relation de Dièreville en 1708. Au troisième, l’éditeur a ajouté le récit d’une attaque de Port-Royal par la Nouvelle-Angleterre, tiré de la Gazette du 25 février 1708. En 1710, paraît à Amsterdam une autre édition, apparemment non autorisée, puis une traduction anglaise en 1714 et une traduction allemande, mais résumée, en 1751. En 1885, L.-U. Fontaine réédite l’ouvrage à Québec, omettant les passages lestes et le récit du retour. Enfin, en 1933, la « Champlain Society », de Toronto, en publie une édition critique accompagnée d’une traduction anglaise, grâce à M. et Mme Clarence Webster, sous le titre Relation of the voyage to Port Royal in Acadia or New France.  [j. r.]

Archives du Calvados (Caen), Tabellionnage de Honfleur, 26 nov. 1625.— Documents relatifs à la marine normande et à ses armements aux XVIe et XVIIe siècles [...], Charles et Paul Bréard, édit. (Rouen, 1889).— Journal des sçavans (Paris), 1er Série, 1708, 513–521.— Lettres de Michel Bégon, L. Delavaud et Charles Dangibeaud, édit. (3 vol., « Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis », XLVII-XLIX, Paris, 1925–1935), I : 35.— [Joseph] Pitton de Tournefort, Suite de l’établissement, de quelques nouveaux genres de plantes, Histoire de lAcadémie royale des Sciences, 1706 (Paris, 1707), 83–87.—Ferdinand Hoefer, Nouvelle biographie universelle [-générale]... (46 vol., Paris, 1852–1866), XIV (1855) – Frédéric Lachèvre, Bibliographie des recueils collectifs de poésies publiés de 1597 à 1700 (4 vol., Paris, 1901–1905), III : 314.— Le Jeune, Dictionnaire.— L.-G. Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne... (nouv. éd., 45 vol.1 Paris, 1854–1865), XI.— François Boisard, Notices biographiques, littéraires et critiques sur les hommes du Calvados qui se sont fait remarquer par leurs actions ou leurs ouvrages (Caen, 1848).— Marie-Victorin, Flore laurentienne (Montréal, 1935).— Robert Le Blant, Les études historiques sur la colonie française d’Acadie, 1603–1713, Revue dhistoire des colonies (Paris), XXXV (1948) : 104.— Gérard Malchelosse, La bibliothèque acadienne, Cahiers des dix XIX (1954) : 281.

Bibliographie générale

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Jacques Rousseau, « DIÈREVILLE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/diereville_2F.html.

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Auteur de l'article:   Jacques Rousseau
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   20 décembre 2014