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Titre original :  Lyon Cohen - Juifs d'ici - Québec

Provenance : Lien

Cohen, Lyon (à sa naissance, il reçut les prénoms de Yehuda Leib), homme d’affaires, éditeur de journaux et leader communautaire, né le 11 mai 1868 à Suwałki (Pologne), fils de Leizer Cohen et de Fraida Garmaise ; le 17 février 1891, il épousa à Montréal Rachel Friedman, et ils eurent trois fils et une fille ; grand-père de l’auteur-compositeur-interprète et écrivain Leonard Cohen* ; décédé le 15 août 1937 à Old Orchard Beach, Maine.

Né en Pologne russe de parents d’origine lituanienne, Yehuda Leib Cohen immigra au Canada avec sa mère vers 1871 pour y rejoindre son père, établi à Maberly, en Ontario, depuis deux ans. Après avoir travaillé dans un magasin général, ce dernier s’était lancé dans le commerce du bois. Leizer et Fraida se feraient appeler Lazarus et Fanny, et leur fils, Lyon. Le jeune Lyon commença ses études sous la tutelle de son père. En 1883, la famille s’installa à Montréal. Lyon fréquenta la McGill Model School, puis l’académie commerciale catholique de Montréal [V. Urgel-Eugène Archambeault*], où il reçut une médaille et prononça le discours d’adieu de sa promotion.

À Montréal, le père de Lyon s’associa tout de suite avec Wales L. Lee pour former la Lee and Cohen, qui faisait le commerce du charbon, du coke, du bois et des fournitures de fonderie. En 1888, Lyon se joignit à la firme, renommée L. Cohen and Son vers 1890. Cinq ans plus tard, il devint président d’une fonderie de laiton, la W. R. Cuthbert and Company, et, en 1900, fonda une entreprise de dragage, la General Improvement and Contracting Company Limited. En 1906, il acheta la Freedman Company, qui deviendrait une des plus grandes manufactures de vêtements pour hommes au Canada. Entrepreneur et président de la Montreal Clothing Manufacturers’ Association de 1916 à 1920, Cohen se fit connaître pour sa lutte énergique contre la syndicalisation, notamment durant les grèves de 1916 et de 1917. En 1919, il mit sur pied la Canadian Export Clothiers Limited et en assuma la présidence. Dans les années 1930, il siégea au conseil d’administration de la Montreal Life Insurance Company.

Homme d’affaires bien connu et prospère, Cohen déploya d’énormes efforts pour améliorer le bien-être de la communauté juive au Canada. À son arrivée à Montréal, son père s’était joint à la plus éminente congrégation juive de la ville, Shaar Hashomayim, qu’il présida de 1896 à 1901 et de 1907 à 1914. En 1902, Lyon devint le plus jeune trésorier de la congrégation. Comme son père, il en assuma la présidence pour deux mandats : de 1904 à 1907 et de 1914 à 1932. On le nomma ensuite président honoraire, titre qu’il conserverait jusqu’à sa mort. Son fils Horace Rives présiderait la congrégation en 1946–1947. Le 10 novembre 1921, en qualité de président du comité de construction, Cohen posa la première pierre de la nouvelle synagogue de la congrégation. Son père avait œuvré pour l’édification d’un plus grand lieu de culte, mais ne put voir le résultat de son vivant.

En 1897, en réponse à la crainte grandissante inspirée par l’antisémitisme et l’aliénation juive au Canada, attitudes qu’influençait le procès d’Alfred Dreyfus en France, Cohen et l’avocat Samuel William Jacobs, entre autres, fondèrent à Montréal le bimensuel Jewish Times. Publié du 10 décembre 1897 au 1er janvier 1909, celui-ci devint ensuite hebdomadaire et porta le titre Canadian Jewish Times. En 1901, une compagnie par actions avait déjà été créée pour prendre la publication en charge. Quelques années plus tard, Cohen dit de son journal : « La croissance continue de la communauté en taille et en importance rendit urgent le besoin d’un périodique. Il était impératif que soit créé un média au moyen duquel la communauté pourrait se rapprocher du reste des Juifs […] Je pense que le journal a rempli cet objectif. Il a stimulé les efforts collectifs et a imposé notre communauté comme un important centre international juif. »

Cohen s’impliqua dans plusieurs autres domaines de la vie juive. Il fut secrétaire, administrateur et membre du conseil des gouverneurs du Baron de Hirsch Institute and Hebrew Benevolent Society of Montreal en 1903, organisme philanthropique majeur qu’il présida de 1908 à 1912. Pendant ces années, il participa à l’accroissement des effectifs, ainsi qu’à la création de la Hebrew Free Loan Association of Montreal, dont la mission consistait à venir en aide aux Juifs dans le besoin ; il prit aussi part à la fondation, en 1912, du Mount Sinai Sanatorium à Sainte-Agathe-des-Monts. Au sein de l’organisme, il travailla également à la mise en place d’un comité informel qui lutta avec succès pour l’autorisation des Juifs à faire des affaires le dimanche, en dépit de l’Acte concernant l’observance du dimanche de 1906. En 1913, le comité envoya à Québec les avocats montréalais Jacobs, Louis Fitch et Gui-Casimir Papineau-Couture pour seconder Louis Lazarovitz, qui, avec Benjamin Ortenberg, avait intenté un important recours pour libelle diffamatoire contre le notaire Jacques-Édouard Plamondon*.

L’intérêt de Cohen pour l’avenir de la communauté juive se manifestait dans ses efforts pour améliorer l’éducation. Il aida à diriger des écoles au Baron de Hirsch Institute et à la congrégation Shaar Hashomayim. En 1903, à titre de secrétaire du comité des droits à l’éducation des Juifs, que son collègue Maxwell Goldstein présidait, il s’engagea dans la lutte autour du traitement des enfants juifs au sein du système scolaire confessionnel au Québec [V. Samuel William Jacobs]. En 1917, avec l’éditeur de journaux Hirsch Wolofsky* et le philanthrope sir Mortimer Barnett Davis*, il participa à la fusion de six afternoon schools juives pour former les écoles United Talmud Torahs of Montreal, dont un de ses oncles, le rabbin Hirsch Cohen, devint directeur. En juin 1931, il posa la première pierre du Hebrew Educational Institute, construit pour accueillir ces écoles.

La Première Guerre mondiale avait entraîné le besoin d’établir un leadership national organisé au sein de la communauté juive canadienne, afin de fournir de l’aide aux Juifs touchés par le conflit et de faciliter leur immigration. Même si la Federation of Zionist Societies of Canada [V. Clarence Isaac De Sola*] douta, au départ, de la nécessité d’une autre organisation pancanadienne, elle accepta en 1919 de contribuer à sa création. On choisit Cohen pour diriger 209 délégués, rassemblés à Montréal en mars de cette année-là ; à la suite de leurs délibérations, ces derniers l’élurent, à l’unanimité, premier président de l’organisme permanent qu’ils venaient de fonder : le Congrès juif canadien. L’organisme s’efforcerait de donner une voix commune aux Juifs du Canada et d’accroître leurs droits au pays et à l’étranger. Toutefois, il resterait relativement peu actif jusqu’à la fin de la présidence de Cohen en 1934.

Cohen dirigea l’intégration des nouveaux immigrants dont s’occupait le Baron de Hirsch Institute. Il avait de plus été trésorier, en 1906, et président, au début des années 1920, du comité canadien de la Jewish Colonization Association basée à Paris. Dans le cadre de ces fonctions, il joua un rôle important dans l’insertion d’immigrants juifs dans des communautés agricoles des Prairies canadiennes, telle celle fondée par Abraham Klenman* à la fin des années 1880. En 1915, en réponse à la dévastation outre-mer engendrée par la Première Guerre mondiale, on mit sur pied le Canadian Jewish Committee for the Relief of War Sufferers. Cohen en fut élu président et son jeune frère, Abraham Zebulun, le secrétaire. Il se joignit également à d’autres agences de secours de guerre et devint président honoraire de la Jewish Immigrant Aid Society of Canada, établie pendant sa présidence du Congrès juif canadien. Le conflit en Europe le concernait aussi personnellement : deux de ses trois fils servirent outre-mer comme officiers dans le Corps expéditionnaire canadien.

En 1921, environ 650 Juifs européens qui tentaient de se rendre aux États-Unis, arrivés juste après l’entrée en vigueur de quotas d’immigration stricts, durent rebrousser chemin. Cohen dirigea un comité qui convainquit le premier ministre William Lyon Mackenzie King* d’accorder aux réfugiés un séjour d’un an au Canada. Les Juifs américains, citant l’exemple canadien, plaidèrent alors en faveur d’une exemption qui permit au groupe de débarquer à sa destination initiale. Deux ans plus tard, la Jewish Colonization Association contacta Cohen au sujet d’un problème encore plus grave : 5 000 réfugiés juifs russes temporairement accueillis en Roumanie étaient menacés de renvoi en Union soviétique. Avec Jacobs et Wolofsky, Cohen fit pression avec succès sur le ministre de l’Immigration et de la Colonisation, James Alexander Robb*, pour les autoriser à entrer au Canada, et il travailla avec les communautés juives partout au pays pour les recevoir. Lillian Freiman [Bilsky], qui résidait à Ottawa, obtint des résultats similaires pour d’autres groupes de réfugiés juifs.

Du fait de sa notoriété, Cohen se vit confier diverses responsabilités, dont la présidence du dix-septième congrès de la Federation of Zionist Societies of Canada, en 1921, la vice-présidence honoraire de l’association qui y succéda, la Zionist Organization of Canada, et la vice-présidence honoraire du Zion Athletic Club. Il présida aussi le comité de direction du Conseil de la communauté juive de Montréal (Vaad Ha’ir) à sa création en 1922. À différentes époques, il fut président du Montefiore Club, du Club canadien et du Club de réforme de Montréal. Il appartint au conseil d’administration du Montreal General Hospital, du Jewish General Hospital, de l’hôpital homéopathique de Montréal et de l’hôpital Notre-Dame, ainsi que de la Young Men’s Hebrew Association. Il fut de plus directeur de la Civic Improvement League et de la Boys’ Farm and Training School à Shawbridge (Prévost), au Québec. Président, en 1915, du comité visant à unir les organismes de bienfaisance de la ville, il devint plus tard président, puis président honoraire de la Federation of Jewish Philanthropies of Montreal. Bien que libéral et admirateur du premier ministre sir Wilfrid Laurier*, dont il appréciait particulièrement « l’ouverture d’esprit et l’attitude tolérante face à toutes les questions de race et de nationalité », il déclina des offres d’investiture et ne montra aucun intérêt pour les activités politiques.

À l’âge de 69 ans, après plusieurs années de maladie, Lyon Cohen mourut à Old Orchard Beach, où il s’était rendu dans l’espoir de recouvrer la santé. Le Montreal Daily Star lui rendit hommage et qualifia son décès de « perte irréparable pour la communauté juive de Montréal ». Son collègue Hannaniah Meir Caiserman* se souvint « indubitablement » de lui comme d’« un grand Canadien, [d’]un grand leader et [d’]un grand Juif ».

Steven Lapidus

Lyon Cohen a écrit « The birth of the Jewish Times », Canadian Jewish Times (Montréal), 13 déc. 1912.

Arch. juives canadiennes Alex Dworkin (Montréal), P0037.— BAnQ-CAM, CE601-S96, 17 févr. 1891.— Canadian Jewish Chronicle (Montréal), 15 mars 1935.— Gazette (Montréal), 16 août 1937.— Montreal Daily Star, 16 août 1937.— W. H. Atherton, Montreal, 1534–1914 (3 vol., Montréal, 1914).— H. M. Caiserman, Two Canadian personalities : Lyon Cohen, A. J. Freiman (Montréal, 1948).— Canadian Jewish yearbook (Montréal), 1939–1940.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— Bernard Figler, Rabbi Dr. Herman Abramowitz, Lazarus Cohen, Lyon Cohen (Gardenvale [Sainte-Anne-de-Bellevue, Québec], 1968).— The Jew in Canada : a complete record of Canadian Jewry from the days of the French régime to the present time, A. D. Hart, compil. (Toronto et Montréal, 1926).— Lewis Levendel, A century of the Canadian Jewish press : 1880s–1980s (Ottawa, 1989).— Prominent people of the province of Quebec, 1923–24 (Montréal, s.d.).— Wilfred Shuchat, The gate of heaven : the story of Congregation Shaar Hashomayim in Montreal, 1846–1996 (Montréal, [2000]).— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell).— The storied province of Quebec : past and present, W. [C. H.] Wood et al., édit. (5 vol., Toronto, 1931–1932).— G. [J. J.] Tulchinsky, Branching out : the transformation of the Canadian Jewish community (Toronto, 1998) ; Taking root : the origins of the Canadian Jewish community (Toronto, 1992).

Bibliographie générale

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Steven Lapidus, « COHEN, LYON (Yehuda Leib) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 oct. 2021, http://www.biographi.ca/fr/bio/cohen_lyon_16F.html.

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Auteur de l'article:    Steven Lapidus
Titre de l'article:    COHEN, LYON (Yehuda Leib)
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2021
Année de la révision:    2021
Date de consultation:    18 octobre 2021