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BENSON, MANLY, ministre méthodiste, né le 27 avril 1842 à Newburgh, Haut-Canada, fils de Mathew (Matthew) Benson et de Nancy Ruttan ; le 9 juillet 1867, il épousa à Chatham, Ontario, Julia McCrea, fille du juge Walter McCrea, sénateur de 1867 à 1871, et ils eurent six filles et trois fils ; décédé le 20 juillet 1919 à Toronto.

D’ascendance loyaliste, Manly Benson fit ses études à la Newburgh Academy et se convertit au méthodisme à l’âge de dix ans sous la puissante influence du prédicateur Joseph Reynolds. En 1863, après quelques années d’enseignement, il se porta candidat au ministère auprès de l’Église méthodiste wesleyenne en Canada. En 1867, il fut admis sans réserve et ordonné.

Outre qu’il desservit une série de circonscriptions ecclésiastiques en Ontario, Benson se tailla vite une réputation de conférencier. Il était éloquent et bel homme. En 1871, il fit une tournée de la Colombie-Britannique et de l’ouest des États-Unis en compagnie du président de la Conférence canadienne, William Morley Punshon*. Les allocutions de Punshon sur des thèmes exaltants étaient populaires, et c’était un prédicateur inspirant ; Benson le prit sans doute pour modèle. Ses voyages en Europe, le premier en 1879, et son expérience de ministre donnaient à Benson de la matière pour ses conférences.

À l’instar de son mentor, Benson parlait de questions d’intérêt public, des beautés du paysage et d’affaires touchant son Église. En 1881 par exemple, dans une allocution intitulée « Men wanted », il brossa un tableau exhaustif du « genre d’hommes [qui étaient] les bienvenus et [de ceux qui étaient] indésirables » au Canada, contrée offrant « des avantages inégalés et des chances d’avancement et de distinction à ses jeunes gens ». Dans cette conférence, qui remporta un franc succès, Benson se livra notamment avec une éloquence et une ferveur passionnées » à des « dénonciations cinglantes » du type d’hommes dont le pays ne voulait pas. Le Christian Guardian conseillait à ses lecteurs d’assister à la conférence suivante, sur les merveilles du parc Yosemite, thème qui se prêtait sans nul doute à l’hyperbole romantique.

Benson traitait souvent des devoirs des méthodistes dans ses sermons ou dans ses allocutions à des groupes religieux. En 1885, dans une conférence intitulée « Concerted action », il affirmait : « l’apathie de l’Église dans son ensemble est navrante. [...] La majorité [des fidèles] de nos temples font peu, par eux-mêmes, pour sauver les hommes du péché » ; en fait, « pour masquer [leur] négligence, d’aucuns tentent de promouvoir des assemblées de ferveur par contrat ». Selon Benson, il incombait à tous les méthodistes de « livrer une guerre sans merci aux maux et aux péchés des temps modernes » ; l’action unifiée engendrerait une « renaissance dans la grâce ». En 1896 et à d’autres occasions, Benson prononça des sermons sur l’observance du jour du Seigneur. « La suppression du dimanche chrétien, disait-il, ne saurait apporter la prospérité à un pays [...] Souiller le jour du Seigneur par des revues militaires, des festivités, des excursions, des concerts et des journaux du dimanche [n’était pas] le bon moyen d’élever une nation. » Il faisait valoir qu’« un dimanche chrétien est essentiel à la liberté et à la civilisation, car sans lui, inévitablement, les mœurs se relâchent et les hommes perdent foi en Dieu et les uns dans les autres ».

À cause de sa réputation, Benson fut nommé directeur des services religieux au parc Grimsby, sur le lac Ontario. Ce parc avait d’abord été le lieu d’assemblées en plein air très fréquentées. En 1875, les méthodistes en firent une station estivale permanente, sur le modèle de celle du lac Chautauqua, dans l’État de New York, et d’autres établissements parrainés par leurs coreligionnaires aux États-Unis. En ces temps où la tradition des assemblées en plein air était en train de se perdre, le parc Grimsby et Chautauqua offraient aux fervents méthodistes un cadre religieux où se récréer et s’instruire. Benson, dont la popularité de conférencier était telle qu’il attira une fois à Montréal 1 000 personnes qui avaient versé un droit d’entrée de un dollar, œuvra plusieurs années au parc Grimsby. Ce parc conserva sa vocation durant les premières décennies du xxe siècle.

Reconnaissant les talents oratoires de Benson, le gouvernement du Canada l’envoya en 1894 faire une tournée en Angleterre pour promouvoir l’immigration. En 1892, la University of the Pacific à Stockton, en Californie, lui avait décerné un doctorat en théologie. Élu président de la conférence de Montréal en 1902, il fut délégué à la Conférence générale la même année et en 1906. Il continua d’avoir charge d’âmes jusqu’en 1918 ; sa dernière affectation fut l’église St Paul à Tillsonburg, en Ontario. Après son décès en 1919, ses coreligionnaires déclarèrent : « [il avait été] généreusement doté d’un magnétisme personnel, d’une puissance d’esprit et d’une dévotion qui subsistent dans nos mémoires ». C’était « un homme [...] qui abordait avec maîtrise toutes les questions associées à la souffrance humaine et à la morale », un pasteur qui « se dévoua fidèlement jusqu’à la fin pour nourrir son peuple ». Le Canadian Methodist Magazine avait écrit en 1880 que, dans les circonscriptions ecclésiastiques desservies par Benson, « les affaires temporelles de l’Église, aussi bien que les affaires spirituelles [...] prospéraient ».

Bien que Manly Benson ait été un conférencier et un prédicateur recherché et estimé, sa personnalité est difficile à cerner. Faute de lettres et de journaux intimes, et sans le texte exhaustif de ses sermons et conférences, on a du mal à étayer ou à expliquer le commentaire qui figure dans le procès-verbal de la conférence de Hamilton tenue après sa mort et selon lequel ses sermons étaient « empreints d’une pensée virile et moderne ». À l’instar de la plupart des méthodistes, probablement avait-il mis son éloquence et son énergie au service d’un même but : faire des Canadiens une communauté de chrétiens évangéliques ayant une vision providentielle de l’histoire, acceptant tacitement le progrès séculier et adhérant à des valeurs tels la sobriété, le respect des convenances et le simple souci des nécessiteux. Néanmoins, dans son cas comme dans celui de bon nombre de ses coreligionnaires, la rhétorique masquait une incapacité de jeter un regard critique sur la pertinence de la doctrine et de la discipline méthodistes dans le Canada du xxe siècle.

Goldwin S. French

AO, RG 80-27-2, 23:82.— EUC-C, Biog. file.— Christian Guardian, 7 déc. 1881, 9 déc. 1885, 15 juill. 1896, 30 juill. 1902, 30 juill. 1919.— Canadian album (Cochrane et Hopkins), 1.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— Église méthodiste (Canada, Terre-Neuve, Bermudes), Minutes of the annual conferences (Toronto et Halifax), 1902 ; General Conference, Journal of proc. (Toronto), 1902, 1906 ; Toronto Conference, Minutes, 1892.— Église méthodiste wesleyenne en Canada, Minutes of the annual conference (Toronto), 1863, 1867.— Harriet Phelps Youmans, Grimsby Park, historical and descriptive, with biographical sketches [...] (Toronto, 1900).— « The Rev. Manly Benson », Canadian Methodist Magazine (Toronto et Halifax), 12 (juill.–déc. 1880) : 194.— Dorothy Turcotte, Greetings from Grimsby Park, the Chautauqua of Canada (Grimsby, Ontario, 1985).

Bibliographie générale

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Goldwin S. French, « BENSON, MANLY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/benson_manly_14F.html.

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Auteur de l'article:   Goldwin S. French
Titre de l'article:   BENSON, MANLY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   24 octobre 2014