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BEADLE, DELOS WHITE, pépiniériste, horticulteur, directeur de revue, auteur et fonctionnaire, né le 17 octobre 1823 à St Catharines, Haut-Canada, fils de Chauncey Beadle et d’Orinda Converse ; le 7 octobre 1852, il épousa Harriet Converse Steele, de Windsor, Vermont, et ils eurent deux fils et trois filles ; décédé le 30 août 1905 à Toronto.

Delos White Beadle naquit à St Catharines en 1823, à la veille de la construction du premier canal Welland. Médecin originaire de l’État de New York, son père s’était installé deux ans auparavant dans cette localité encore petite mais bien située, et y avait ouvert un cabinet. Bientôt, il eut des clients dans tout le district du Niagara. Dans le courant des années 1830, il devint propriétaire de la St Catharines Nursery, où dès 1839, il cultivait « pas moins de 250 000 arbres fruitiers ».

Delos White Beadle ne se consacra pas tout de suite à l’horticulture. Il fréquenta la Grantham Academy de St Catharines et obtint en 1844 une licence ès arts du Yale College. Ensuite, il étudia le droit dans un cabinet de St Catharines, au King’s College de Toronto – qui lui décerna en 1845 une licence ès arts ad eundem  puis à la faculté de droit de la Harvard University, où il obtint une licence deux ans plus tard. Admis au barreau de New York en 1848, il pratiqua le droit dans cette ville durant environ six ans. C’est pendant cette période que, « dégoûté des méthodes déshonorantes dont certains de [ses] adversaires usaient dans les procès », il se tourna vers le droit immobilier. En 1851, il publia à New York, en anglais et en allemand, un ouvrage intitulé American lawyer, and business-man’s form book [...]. En 1854, ce « jeune homme à la formation et aux qualités supérieures » retourna à St Catharines en compagnie de sa femme, Harriet Converse Steele, et entra à la pépinière de son père, qui ne pratiquait plus la médecine depuis 1845.

Dans les années 1850, il y avait à peine 25 pépinières dans tout le Haut-Canada, et la presqu’île du Niagara en, comptait moins d’une demi-douzaine. Comme le notait en 1846 le British American Cultivator de Toronto, on connaissait déjà Chauncey Beadle en raison de « son estimable entreprise du Niagara », qui était « fort utile » à la province. Beadle s’appliquait consciencieusement à produire des plants de qualité supérieure, à les identifier correctement et à les offrir non seulement à des clients des environs, mais aussi à « ceux qui viv[aient] au loin », en les expédiant par la voie du canal Welland, du lac Ontario et du lac Érié. Pour rejoindre ce marché potentiel, il publiait des annonces détaillées dans le St. Catharines Journal et envoyait gratuitement des catalogues sur demande. Delos White Beadle, qui assuma toute la charge de la pépinière après la mort de son père en 1863, sut maintenir la bonne renommée de l’entreprise. En 1870, il s’associa à Thomas Buchanan, et en 1878, à James Dunlop. Lorsqu’il prit sa retraite en 1887, il vendit les St Catharines Nurseries, mais les nouveaux propriétaires en continuèrent l’exploitation sous la raison sociale D. W. Beadle Nursery Company jusque dans les années 1890.

Beadle s’était vite perfectionné en horticulture, et sa réputation n’avait pas tardé à s’étendre. À la faveur des réunions de la Western New York Fruit Growers Society, il échangeait, avec d’éminents collègues, des renseignements sur les variétés de fruits et sur les méthodes de culture et de mise en marché. En 1859, avec quelques horticulteurs, dont le docteur William Craigie*, il prit une part active à la fondation de la Fruit Growers’ Association of Upper Canada, qui devint en 1868 la Fruit Growers’ Association of Ontario et dont il fut secrétaire de 1861 à 1886. Au début, l’organisme entendait principalement uniformiser la culture fruitière au Canada (notamment en standardisant les appellations), concentrer ses efforts sur les fruits auxquels le climat du pays convenait et faire davantage connaître les possibilités de la province en matière de culture fruitière. Beadle participait aux expositions provinciales en parrainant, au nom de son père, des prix pour les arboriculteurs, et remporta lui-même bon nombre de récompenses en ces occasions. Élu membre correspondant de la Royal Horticultural Society en 1865, il écrivait et recevait un grand nombre de lettres, tant à ce titre que dans le cadre d’autres fonctions. Comme on pouvait le lire en 1867 dans le Canada Farmer, c’était un « horticulteur très intelligent et qualifié, ni ancré dans les vieilles théories ni empressé d’adopter les nouvelles ». Par exemple, ce n’est qu’après avoir procédé à des consultations sérieuses qu’il prit parti pour les arbres fruitiers de taille normale plutôt que pour les arbres nains, « joujoux horticoles » qui, selon lui, n’avaient aucune « utilité pratique [à des] fins agricoles ou commerciales ».

Beadle fit du journalisme horticole des années 1860 au début du xxe siècle. En 1864, il s’occupa de la direction de la section horticole du nouveau Canada Farmer de George Brown*, que dirigeait William Fletcher Clarke ; il exerça cette fonction une dizaine d’années. À compter du lancement en 1878 jusqu’à la fin de 1886, il fut aussi directeur du Canadian Horticulturist, mensuel longtemps publié par la Fruit Growers’ Association. Les nombreux articles qu’il écrivit pour ces périodiques sont très divers : exposés sur la culture de la pomme et l’hybridation du raisin, analyses de dizaines de variétés de fruits cultivés, conseils sur la floriculture dans les serres urbaines et les arrière-cours de ferme. En 1885 par exemple, il rédigea un rapport favorable sur les désormais célèbres « pommes rouges McIntosh » que lui avait envoyées Allan McIntosh, de Dundela, en Ontario, le fils de John McIntosh*. Toutefois, son œuvre principale est Canadian fruit, flower, and kitchen gardener [...], qu’il écrivit afin de « donner au cultivateur canadien un guide digne de confiance » et qui rassemble, en quelque 400 pages, une foule de conseils solidement enracinés dans sa propre expérience et celle de ses correspondants. Publié à Toronto en 1872 et illustré de planches chromolithographiques, ce livre est le premier ouvrage véritablement canadien sur les branches utilitaire et ornementale de l’horticulture. C’est ce qui en fait encore aujourd’hui une source précieuse pour qui veut étudier l’histoire du jardinage au Canada.

Comme bon nombre des Canadiens de l’époque victorienne, Beadle était naturaliste. Non seulement appliquait-il ses connaissances à l’exploitation de sa pépinière, à la culture des arbres fruitiers et à d’autres activités horticoles, mais, observateur attentif, il prenait des notes sur son milieu naturel. En 1856 et en 1861 respectivement, il publia des articles importants sur les poissons et les insectes dans le Canadian Naturalist and Geologist. En 1856–1857, il tint un carnet où l’on trouve des dessins de papillons diurnes et nocturnes, coloriés à la main, ainsi que des observations sur leur habitat. En 1862, il fut élu membre correspondant de l’Entomological Society of Philadelphia. À compter de 1892, il écrivit une série d’articles sur les fleurs sauvages du Canada pour le Canadian Horticulturist ; le dernier, sur les plantes carnivores, parut en 1903.

À titre de citoyen de St Catharines, Delos White Beadle participa aux affaires de la congrégation First Presbyterian et de l’administration locale. Il fut commissaire du service des eaux, membre du conseil scolaire, et conseiller municipal en 1886–1887. Une fois à la retraite, il vécut surtout à Toronto ; les annuaires de la ville montrent que, dans les années 1890, il exerçait le métier de jardinier paysagiste, jardinier, fleuriste et grainetier. Cependant, son apport à la Fruit Growers’ Association demeure l’élément marquant de sa carrière. Dans son rapport de 1906, l’association, en déplorant sa mort survenue l’année précédente, lui rendait cet hommage : « C’est à ce gentleman accompli que les arboriculteurs de la province doivent d’avoir pu s’engager sur la voie du progrès. »

Pleasance Crawford

Une liste longue, mais incomplète des écrits de Delos White Beadle sur l’horticulture figure dans Science and technology biblio. (Richardson et MacDonald) ; cette liste contient plus de 180 entrées, des éditoriaux et des articles du Canadian Horticulturist (St Catharines, Ontario ; Toronto) pour la plupart. Dix articles publiés par Beadle dans Canada Farmer (Toronto) entre 1865 et 1875 se retrouvent sous la rubrique des auteurs dans Ontario rural society, 1867–1930 : a thematic index of selected Ontario agricultural periodicals, Edwinna von Baeyer compil. (brochure renfermant une microfiche, Ottawa, 1985 ; exemplaire aux AO). Ses textes sur l’horticulture comprennent aussi « Dwarf apple trees », Canadian Agriculturist (Toronto), 13 (1861) : 174–176, et « Prize essay : the apple, and its cultivation, as applicable to the province of Ontario », Ontario, Commissioner of Agriculture and Arts, Report (Toronto), 1868 : 171–176.

Les deux articles de Beadle sur les poissons, « On the natural history of the salmon (Salmo salar), with remarks upon its economical importance and preservation » et « On the classification of fishes, with particular reference to the fishes of Canada », ont paru sous le pseudonyme de Frank Forelle dans Canadian Naturalist and Geologist (Montréal), 1 (1856–1857) : 161–168, 275–283. Il a publié « List of coleopterous insects collected in the county of Lincoln, C.W. », sous son vrai nom dans le même périodique, 6 (1861) : 383–387.

Un exemplaire de l’ouvrage de Chauncey Beadle intitulé Catalogue of fruit trees cultivated and for sale at the St. Catharines Nursery (St Catharines, 1841) est conservé dans la Lawrence Lande Coll. of Canadiana, McGill Univ. Libraries (Montréal), Depart. of Rare Books and Special Coll. ; on peut également le consulter sur microfiche grâce à l’ICMH (no 51022). Un exemple de la publicité faite par Beadle père pour sa pépinière figure dans le St. Catharines Journal, 9 oct. 1845.

AO, F 51, Beadle à Alexander Morris, 24 mars 1886, comprenant un numéro de Canadian Horticulturist, 8 (1885), et demandant un échantillon de gadellier du Manitoba.— MTRL, D. W. Beadle, notebook recording unusual butterflies seen, with descriptions, nov. 1856–déc. 1857.— St. Catharines Journal, 17 juill. 1856.— Pleasance Crawford, « Some early Niagara peninsula nurserymen », Agriculture and farm life in the Niagara peninsula : proceedings, fifth annual Niagara peninsula history conference, Brock University, 16–17 avril 1983, John Burtniak et W. B. Turner, édit. (St Catharines, 1985), 63–90.— Morgan, Bibliotheca canadensis.— Ontario, Fruit Growers’ Assoc., Annual report (Toronto), 1906 : 81–83 (hommage funèbre par Linus Woolverton*, comprenant une photographie).« The St. Catharines nurseries », Canada Farmer, 4 (1867) : 366.— Samuel Beadle family ; history and genealogy of descendants of Samuel Beadle, planter, who lived in Charlestown, Massachusetts, in 1656, and died in Salem, Massachusetts, in 1664, W. J. Beadle, compil. ([Wilmington, Del.], 1970 ; exemplaire à la Brock Univ. Library, Special Coll., St Catharines).— Standard cyclopedia of horticulture [...], L. H. Bailey, édit. (6 vol., New York, 1914–1917), 3 : 1565 (notice sur Beadle par Linus Woolverton).

Bibliographie générale

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Pleasance Crawford, « BEADLE, DELOS WHITE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/beadle_delos_white_13F.html.

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Auteur de l'article:   Pleasance Crawford
Titre de l'article:   BEADLE, DELOS WHITE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   26 octobre 2014