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BAKER, LUCY MARGARET, institutrice, missionnaire laïque, née en 1836 à Summerstown, Haut-Canada ; décédée célibataire le 30 mai 1909 à Montréal.

C’est surtout en raison de son apport à l’éducation dans la région de Prince Albert, aujourd’hui en Saskatchewan, que Lucy Baker est connue. Née dans le comté haut-canadien de Glengarry, elle perdit sa mère jeune et fut élevée par sa tante, Mme Buchanan, de Dundee, dans le Bas-Canada. Après des études à cet endroit et dans un village voisin, Fort Covington dans l’État de New York, elle devint institutrice. Elle travailla à Dundee, puis dans une école de jeunes filles du New Jersey, et fut copropriétaire d’une école semblable à La Nouvelle Orléans avant la guerre de Sécession. En 1878, elle enseignait dans une école privée à Lancaster, dans le comté de Glengarry.

Lucy Baker eut pour mentor le ministre presbytérien de Lancaster, Donald Ross. Quand le comité des missions étrangères de l’Église presbytérienne affecta ce dernier à Prince Albert en qualité de missionnaire en 1878, il demanda qu’elle enseigne à l’école de la mission. Nommée la même année, elle se mit en route pour l’Ouest avec le pasteur et sa femme. Elle arriva à Prince Albert tard en octobre 1879. Son travail à l’école ayant été jugé très satisfaisant, le comité des missions étrangères renouvela d’abord son allocation, puis lui accorda la permanence en 1880.

Au début, la population estudiantine comprenait des élèves sang-mêlé de langue crie. Selon Lucy Baker et ses tenants, ils constituaient « la classe dans laquelle il fallait [recruter, pour les former], les instituteurs et autres travailleurs des affaires indiennes ». Les enfants de la communauté blanche de Prince Albert fréquentaient aussi l’école de la mission, et à mesure que le peuplement progressait, ils étaient de plus en plus nombreux. La réinstallation des Cris à la réserve Mistawasis, à 75 milles de là, réduisit, encore la proportion d’élèves autochtones. En 1882, ils n’étaient que 14 sur un total de 70. En réponse à la demande de la communauté blanche, la mission presbytérienne ouvrit une école secondaire en 1884–1885. Le comité des missions étrangères obtint à grand-peine la garantie que les enfants d’ascendance amérindienne suivraient le cours secondaire sans frais, mais en réalité, très peu d’entre eux se prévalurent de cette possibilité. De retour d’un congé en 1887, Lucy Baker devint membre à part entière du personnel de la Nisbet Academy, première école secondaire des Territoires du Nord-Ouest, ainsi nommée en l’honneur de l’ex-missionnaire James Nisbet*.

À la fin des années 1870, plusieurs groupes de Sioux étaient arrivés dans la région de Prince Albert. Réfugiés des guerres américano-indiennes, ils n’avaient pas droit à la concession statutaire de 160 acres au Canada parce qu’ils étaient autochtones. Les hommes s’engageaient comme journaliers en ville, dans des exploitations agricoles ou l’industrie du bois ; les femmes faisaient « les plus rudes » travaux ménagers dans des maisons citadines. « Tandis que nous assistons à l’office, surtout en été, raconta Lucy Baker en 1884, nous entendons battre les tambours qui accompagnent leurs danses païennes. » Elle se dépensait sans compter auprès des Sioux. Avec l’aide de la communauté blanche de Prince Albert, l’Église presbytérienne fit construire à leur intention, au nord de la rivière Saskatchewan-du-Nord, une petite école qui ouvrit ses portes en 1890. Lucy Baker en était l’institutrice principale. Affligée d’une mauvaise santé, elle prit congé en 1891–1892 et 1893–1895 ; son assistante, Annie Cameron, la remplaça. En 1894, les Sioux obtinrent enfin une réserve ; appelée d’abord Round Plain, elle porte maintenant le nom de réserve Wahpaton 94A. C’est là, à environ neuf milles au nord de Prince Albert, que Lucy Baker enseigna à compter de son retour en 1895 jusqu’à sa retraite en 1905.

L’œuvre éducative que Lucy Baker accomplit chez les Sioux s’adressait essentiellement à des élèves externes, à qui elle donnait un enseignement à base d’instruction religieuse selon les principes du protestantisme. Aux matières du programme scolaire de l’Ontario, elle ajoutait une formation pratique, estimant que les Amérindiens devaient se conformer aux normes du Canada victorien. Les Sioux lui opposaient une solide résistance en continuant de pratiquer leurs rites, en fréquentant l’école irrégulièrement et en se montrant sélectifs dans le recours aux services de la mission. Sa seule innovation fut d’inviter, pour trois mois, un pasteur sioux du Dakota du Nord, le révérend L. Mazawakinyanna, ce qui, semble-t-il, donna quelques résultats prometteurs. Elle n’alla jamais jusqu’à adopter les méthodes qui allaient s’imposer plus tard dans l’enseignement aux autochtones, soit celles des écoles professionnelles ou des pensionnats. Lorsqu’elle prit sa retraite, le comité des missions étrangères négocia avec le département des Affaires indiennes afin qu’un instructeur d’agriculture prenne la direction de l’école.

D’abord auprès des Cris, puis des Sioux de Prince Albert, Lucy Baker mit en pratique, avec une stoïque résolution, sa conviction que les autochtones devaient recevoir les rudiments d’une formation chrétienne. Elle fut, dans l’histoire de l’Église presbytérienne, la première femme à servir à titre de missionnaire et d’institutrice auprès des Amérindiens de l’Ouest. Par son exemple, elle contribua à lever les obstacles qui empêchaient les femmes de participer pleinement au développement de cette partie du pays.

Michael Owen

E. A. Byers, Lucy Margaret Baker : a biographical sketch of the first missionary of our Canadian Presbyterian Church to the north-west Indians ([Toronto], 1920).— P. D. Elias, The Dakota of the Canadian northwest : lessons for survival (Winnipeg, 1988).— EPC, Acts and proc., 1878–1910.— [J. W.] G. MacEwan, ... and mighty women too ; stories of notable western Canadian women (Saskatoon, 1975), 76–83.— P. L. Reid, « Lucy Baker, missionary to Canada’s north west », Called to witness : profiles of Canadian Presbyterians [...], W. S. Reid, édit. (2 vol., [Hamilton, Ontario], 1975–1980), 1 : 67–82.

Bibliographie générale

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Michael Owen, « BAKER, LUCY MARGARET », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/baker_lucy_margaret_13F.html.

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Auteur de l'article:   Michael Owen
Titre de l'article:   BAKER, LUCY MARGARET
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   30 octobre 2014