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BabIuk, AndriI, dit Myroslav Irchan, soldat, auteur, journaliste, rédacteur en chef, conférencier et militant, né le 14 juillet 1897 dans le village de Pyadyky, comté de Kolomyya, Galicie (Ukraine), alors possession autrichienne, fils de Dmytro Babiuk, paysan ; vers 1921, il épousa à Kiev une prénommée Zdenka, et ils eurent une fille ; exécuté le 3 novembre 1937 à Sandarmokh, Carélie (Russie), et inhumé au même endroit.

Andrii Babiuk fréquenta l’école de son village natal, termina six années d’éducation secondaire dans un lycée à Kolomyya, puis, en 1914, obtint un diplôme du séminaire des enseignants à Lviv. Cette année-là, au déclenchement de la Première Guerre mondiale, il s’inscrivit dans le corps des fusiliers ukrainiens, dans l’armée austro-hongroise ; il fut blessé au combat en octobre. Après la chute de l’Empire austro-hongrois, en octobre 1918, et l’émergence à même ses ruines de nouveaux États-nations, les fusiliers formèrent le noyau de l’armée ukrainienne de Galicie de la nouvelle république populaire d’Ukraine occidentale. Babiuk participa à la guerre polono-ukrainienne en Galicie en 1918–1919. L’armée ukrainienne de Galicie prit officiellement le nom d’armée rouge ukrainienne de Galicie après son absorption par l’Armée rouge (russe) en février 1920. Elle continua à combattre les Polonais jusqu’à sa défaite, deux mois plus tard.

Babiuk joignit les rangs du Parti communiste (bolchevique) d’Ukraine en 1921. Il vivait à Kiev, où il épousa une femme d’origine tchèque dont on ne connaît que le prénom, Zdenka. Selon son biographe, Peter Krawchuk, Babiuk s’installa à Prague (république tchèque) en 1922 avec sa femme et les parents de cette dernière, qui avaient décidé de revenir dans leur pays natal. Nombreux sont ceux, dont l’historienne Joan Sangster, qui crurent trouver l’explication du déménagement de Babiuk dans l’intrigue de sa pièce Dvanaytsyat (les Douze), publiée à Winnipeg en 1923. Celle-ci relate l’histoire vécue de 12 bolcheviks ukrainiens capturés par la police après avoir attaqué en 1922 les maisons de propriétaires terriens polonais en Galicie polonaise. Si certains d’entre eux furent emprisonnés ou exécutés, on pense que Babiuk, qui aurait fait partie des 12, se serait réfugié en ce qui constituait alors la Tchécoslovaquie. À Prague, il étudia à l’université Charles et s’engagea dans des mouvements étudiants.

Babiuk avait commencé à écrire dès son enfance. Sa première publication, une nouvelle intitulée « Zustrich » (Rencontre), parut dans Svoboda (Liberté) à Lviv en 1914, sous le pseudonyme de Myroslav Irchan, qu’il utiliserait le plus souvent (plus tard, il en choisirait d’autres, comme Yurko Ropsha et M. Zezyk). Dès 1916, il commença à soumettre des articles sur son expérience de la guerre à la presse ukrainienne d’Amérique du Nord. Un réseau transatlantique d’auteurs et d’intellectuels ukrainiens de gauche facilitait l’échange de journaux et de littérature. Son premier recueil d’esquisses littéraires et de nouvelles, Smikh nirvany (le Rire du nirvana), fut publié à Lviv deux ans plus tard. Pendant ses études à Prague, il envoya des articles sur des questions ouvrières au journal new-yorkais Ukrainski shchodenni visty (Actualités quotidiennes ukrainiennes) et aux publications winnipegoises Ukrainski robitnychi visty (Nouvelles des travailleurs ukrainiens) et Holos pratsi (la Voix du travail). De même, cinq de ses pièces, sur des thèmes de gauche, parurent à Winnipeg en 1923, année de son arrivée au Canada.

Les quartiers généraux de la communauté ukrainienne de gauche du Canada se trouvaient dans cette ville, où la Ukrainian Labour Temple Association (Ukrainian Labour-Farmer Temple Association à partir de 1924) existait depuis 1918. Cette organisation culturelle et éducative communiste avait pour mission d’offrir un éventail de services à des ouvriers d’usine et, plus tard, à des travailleurs agricoles, ainsi qu’à leurs familles. Elle mit sur pied des bibliothèques, des troupes de théâtre, des orchestres, des chorales et des organisations fraternelles qui fournissaient un soutien médical et communautaire. Avec le temps, des sections naquirent dans d’autres communautés ukrainiennes au Canada. La Ukrainian Labour Temple Association finança plusieurs publications, dont celles auxquelles contribuait Babiuk. Au début des années 1920, l’organisation étendit ses activités et accrut le nombre de ses membres. Le comité exécutif invita Babiuk, déjà bien connu par ses écrits, à devenir rédacteur en chef du Robitnytsia (Femme au travail), bimensuel qui devait remplacer une revue similaire, et organisateur des activités de l’association.

Babiuk arriva au Canada en octobre 1923 avec sa femme et publia le premier numéro de Robitnytsia le 15 mars 1924. À partir de 1927, il fut également rédacteur en chef de Svit molodi (le Monde de la jeunesse). En tant que journaliste, il collabora à différentes publications de gauche au Canada et à l’étranger ; peut-être le militant le plus important de la Ukrainian Labour-Farmer Temple Association, il s’activait à instiller les idéaux communistes chez les Ukrainiens et à amener de nouveaux membres au parti. Il contribua aussi à organiser la communauté littéraire de gauche. En août 1924, avec le consul soviétique et poète ukrainien bien connu Ivan Kulyk, il avait mis sur pied une section canadienne du groupe littéraire révolutionnaire soviétique ukrainien Hart, qu’ils appelèrent Zaokeanskyi Hart (Hart outre-mer). Hormis Babiuk et Kulyk, le petit groupe comptait la femme de celui-ci, Luciana Piontek, Matthew (Matvii) Popovich (Popovych), Matthew (Matvii) Myronovych Shatulsky (dit M. Volynets) et Mikhailo Syno-oberholets. Les activités de Hart outre-mer cesseraient avec le retour de Babiuk en Ukraine en 1929.

Dès son entrée au Canada, Babiuk participa au cercle d’art dramatique et choral de la Ukrainian Labour Temple Association en qualité d’auteur, d’acteur et de metteur en scène. Dans une communauté peu alphabétisée, le théâtre était considéré comme un moyen d’éducation sociale et politique de premier plan. Les pièces que Babiuk écrivit avant et après son arrivée jouissaient d’une grande popularité. En 1939, Rodyna Shchitkariv (la Famille de fabricants de brosses), publiée à Winnipeg en 1923, avait déjà été montée 74 fois par des troupes d’amateurs d’un bout à l’autre du Canada, et Dvanaytsyat 54 fois. Son manuel Stsena (la Scène), paru à Winnipeg en 1928, devint le guide de base des cercles dramatiques de la Ukrainian Labour-Farmer Temple Association dans tout le pays. Babiuk donnait aussi des cours de langue ukrainienne et prononça beaucoup d’exposés sur des sujets comme la politique, la culture et l’éducation. Des espions de la Gendarmerie royale à cheval du Canada le décrivirent comme un excellent conférencier, affirmant même qu’« il n’y avait aucun autre orateur de langue ukrainienne comparable au Canada ». La plus grande partie de ses activités se déroulaient à Winnipeg et ses environs ; en 1927, cependant, il entreprit une tournée de conférences dans les communautés de l’Ontario.

Outre d’innombrables articles dans la presse ukrainienne et nord-américaine, Babiuk, sans doute mieux connu comme dramaturge, publia approximativement 35 livres, dont 7 pièces et un recueil de nouvelles édités au Canada. Pendant ses années à Winnipeg, il publia Pidzemna Halychyna (Galicie clandestine) en 1926, les récits Karpatska nich (Nuit des Carpates) en 1924 et Proty smerti (Contre la mort) en 1927, plusieurs nouvelles et de nombreux poèmes.

Aucune des publications ukrainiennes canadiennes de Babiuk ne relate des événements précis qui seraient survenus dans la communauté ukrainienne locale. Aucune ne porte non plus sur les circonstances qui entraînèrent la rapide croissance de la Ukrainian Labour-Farmer Temple Association, pour qui l’effervescence culturelle, artistique et scientifique de l’Ukraine revêtait une importance particulière. Babiuk choisit plutôt d’écrire sur les idées centrales du communisme, qui imprègnent toutes ses fictions. Dans des récits sur la guerre polono-ukrainienne et d’autres qui illustrent les droits des ouvriers et des paysans, la plupart des héros sont des révolutionnaires idéalistes aux convictions inébranlables. Ses essais sur des thèmes canadiens traitent de l’expérience des immigrants : les travailleurs misérables trompés par la promesse d’une vie meilleure dans le Nouveau Monde, la vie difficile des fermiers canadiens d’origine ukrainienne et l’épuisement des employés qui peinent dans les usines des villes et sont victimes d’accidents de travail. Il s’intéressait vivement aux nations autochtones du Canada et réprouvait les tentatives de les assimiler ou d’éradiquer leur culture. Après son retour en Europe, il continua à publier des textes inspirés de ses années au Canada.

Le 22 mai 1929, Babiuk quitta Winnipeg pour Kharkiv, en Ukraine soviétique. Son épouse, en mauvaise santé, était déjà partie pour Prague avec leur fille. Il retourna dans sa terre natale pour plusieurs raisons, probablement surtout parce qu’il disposait de moins de temps à Winnipeg pour s’adonner à ses activités littéraires que ce qu’on lui avait promis. Kharkiv, alors la capitale et le centre de l’ukrainisation (politique de promotion de la culture et la langue ukrainiennes que poursuivait le Parti communiste du pays), l’attirait par conséquent plus que Winnipeg. Une fois là-bas, il prit les commandes de l’Union des écrivains révolutionnaires de l’Ukraine occidentale et devint rédacteur en chef de son organe, la revue Zakhidnia Ukraïna (Ukraine de l’Ouest). Il continua à publier ses propres écrits et, comme il l’avait promis, demeura en relation avec la communauté ukrainienne canadienne.

L’ukrainisation eut la vie courte. À la fin de 1929, l’Union soviétique, sous la gouverne de Joseph Staline, entama un processus systématique de répression politique. Des membres de l’intelligentsia furent arrêtés comme « ennemis du peuple ». En 1933, Babiuk subit le même sort. Après un long interrogatoire, on l’accusa d’appartenir à une organisation nationaliste et contre-révolutionnaire cherchant à renverser le pouvoir soviétique en Ukraine, et on le condamna à un emprisonnement de dix ans dans un camp de travail aux îles Solovki, dans la mer Blanche. La nouvelle de son arrestation et de sa détention divisa les rangs des communistes de Winnipeg ; certains membres refusèrent les explications sur les événements fournies par les autorités soviétiques. Environ quatre ans plus tard, la sentence de Babiuk fut changée en « exécution par fusillade ». Il mourut avec un groupe de 1 100 détenus à Sandarmokh, bande de terre non loin du camp utilisée pour l’exécution et l’inhumation de prisonniers soviétiques. On le réhabilita à titre posthume en 1957, avec d’autres personnes arrêtées pendant les purges staliniennes, dans la foulée de la condamnation officielle du « culte du stalinisme » par Nikita Sergheïevitch Khrouchtchev.

Andrii Babiuk laissa une œuvre littéraire complexe sur le plan stylistique, élaborée selon de nombreux genres et centrée sur des enjeux importants pour les communistes. Son public ne se limitait pas à ceux qui partageaient son affiliation politique. Dans un article du Saturday Night, le 9 février 1929, le journaliste Charles Roslin l’avait décrit comme « l’écrivain le plus populaire et influent du pays » et avait demandé : « Y a-t-il un autre auteur au Canada dont l’apparition à la tribune serait accueillie par des applaudissements nourris […], dont chaque nouvelle pièce est attendue avec impatience […], qui peut voir son public bouche bée, les femmes [pleurer], les hommes [grincer] des dents, puis [éclater] de joie quand l’histoire prend une tournure heureuse ? » Babiuk travailla sans relâche à élever la conscience sociale et nationale des Ukrainiens dans leur propre pays et à l’étranger, et apporta une contribution unique et durable à l’histoire ukraino-canadienne.

Alexandra Pawlowsky

Une liste des ouvrages d’Andrii Babiuk, publiés au Canada sous le pseudonyme de Myroslav Irchan, figure dans Peter Krawchuk, The unforgettable Myroslav Irchan : pages from a valiant life : dedicated to the 100th anniversary of his birth, 1897–1997, Mary Skrypnyk, trad., Marshall Nay, édit. (Edmonton, 1998). Le livre de V. V. Mashotas, Myroslav Irchan, bibliografichnyi pokazhnyk [Myroslav Irchan, bibliographie] (Kiev, 1961), comporte une bibliographie plus complète des écrits de l’auteur.

Winnipeg Free Press, 5 févr. 1936, 3 déc. 1949.— Encyclopedia of Ukraine, Volodymyr Kubijovyc, édit. (5 vol. en 6, Toronto, 1984–1993).— John Kolasky, The shattered illusion : the history of Ukrainian pro-communist organizations in Canada (Toronto, 1979).— M. H. Marunchak, l’Histoire des Ukrainiens-Canadiens (2e éd., Winnipeg et Ottawa, 1982).— Prophets and proletarians : documents on the history of the rise and decline of Ukrainian communism in Canada, John Kolasky, compil. et trad. (Edmonton, 1990).— Joan Sangster, « Robitnytsia, Ukrainian communists, and the “porcupinism” debate : reassessing ethnicity, gender, and class in early Canadian communism, 1922–1930 », le Travail (St John’s), 56 (2005) : 51–89.— V. P. Vlasenko et Peter Krawchuk, Myroslav Irchan (Kiev, 1960).— Paul Yuzyk, The Ukrainians in Manitoba : a social history (Toronto, 1953).

Bibliographie générale

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Alexandra Pawlowsky, « BABIUK, ANDRII, dit Myroslav Irchan », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 13 déc. 2019, http://www.biographi.ca/fr/bio/babiuk_andrii_16F.html.

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Auteur de l'article:   Alexandra Pawlowsky
Titre de l'article:   BABIUK, ANDRII, dit Myroslav Irchan
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2019
Année de la révision:   2019
Date de consultation:   13 décembre 2019