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TROUVÉ, CLAUDE, prêtre, sulpicien, missionnaire, né en Touraine vers 1644, décédé à Chedabouctou (Guysborough, N.-É.) en 1704.

L’abbé Trouvé étudia la théologie et reçut le sous-diaconat au séminaire de Saint-Sulpice à Paris. En 1667, ses supérieurs l’envoyèrent au Canada accompagné de l’abbé François de Salignac* de La Mothe-Fénelon. Mgr de Laval lui conféra le diaconat le 24 septembre 1667 et la prêtrise le 10 juin de l’année suivante.

En juin 1668, le chef et quelques membres de la tribu des Goyogouins, établis à la baie de Kenté (Quinte) sur la rive nord du lac Ontario, s’étaient présentés à Montréal dans l’intention d’avoir des missionnaires. Les Sulpiciens, qui attendaient l’arrivée de leur supérieur, M. de Queylus [Thubières*], alors en France, n’avaient pas voulu se prononcer. En septembre, à la suite d’une nouvelle demande des Iroquois, les abbés Trouvé et Fénelon s’offrirent pour les accompagner dans leur pays. M. de Queylus consentit au projet et envoya les deux jeunes prêtres à Québec afin d’obtenir la permission des autorités religieuses et civiles. Mgr de Laval les accueillit avec faveur et leur remit de judicieuses instructions. Le gouverneur et l’intendant donnèrent aussi leur consentement et, comme le raconte l’abbé Trouvé : « ces démarches absolument nécessaires étant faites, nous partimes sans tarder par ce que nous étions bien avancés dans l’automne ». Les missionnaires s’embarquèrent à Lachine le 2 octobre en compagnie de deux Iroquois du village de Kenté et arrivèrent à destination 26 jours plus tard.

Trouvé dirigea pendant 12 ans la mission de Kenté. Cependant, cette mission que les Sulpiciens maintenaient au prix des plus grands sacrifices donna peu de résultats. En 1680, le supérieur général, l’abbé Louis Tronson, ordonna de l’abandonner au profit de la mission de la Montagne près de Ville-Marie. L’abbé Trouvé, déçu, s’en revint au séminaire de Montréal ; Tronson l’invita à exercer son ministère chez les religieuses de la congrégation de Notre-Dame dont on venait de lui confier la direction. Trouvé n’occupa qu’un an cet emploi et, à l’automne de 1681, il retournait en France où son père, malade et endetté, réclamait sa présence.

Afin d’aider les siens, l’abbé Trouvé accepta la cure et le canonicat du Grand-Pressigny que lui proposait l’archevêque de Tours. Il demeura dans cette paroisse jusqu’ep 1685. À cette époque, Mgr de Saint-Vallier [La Croix], nommé par le roi à l’évêché de Québec, se disposait à visiter son futur diocèse. Sur les conseils de M. Tronson, son directeur, le nouveau coadjuteur pria l’abbé Trouvé de l’accompagner et, pour le persuader, lui promit de payer les dettes de sa famille. Le missionnaire se mit aussitôt à la disposition de son bienfaiteur et le rejoignit au séminaire des Missions étrangères à Paris où il rencontra Mgr de Laval et son procureur, l’abbé Jean Dudouyt*, qui se montrèrent enchantés de sa décision. L’ancien évêque de Québec écrivit au sujet de Trouvé qu’il était « expérimenté de Longue main et en toute maniere de ce qui Regarde Les Sauvages, capable de primer à une mission soit éloignée soit sédentaire » et « propre a administrer la cure de quebec ». D’autre part, Dudouyt se montra un peu plus pessimiste en affichant une certaine crainte de voir Trouvé s’attacher à Mgr de Saint-Vallier. Il soupçonnait son retour en France avec ce dernier à la fin de la visite de son diocèse ; c’est effectivement ce qui arriva. Toutefois, l’abbé Trouvé n’avait, semble-t-il, jamais songé à quitter les Sulpiciens pour s’unir au séminaire de Québec.

En 1688, l’évêque de Québec le nomma aux missions de l’Acadie. Trouvé se rendit à son nouveau poste au cours de l’été et choisit de s’établir à Beaubassin (Chignecto). En 1690, lors de l’attaque de Port-Royal (Annapolis Royal, N.-É.), il fut fait prisonnier et amené à Boston avec l’abbé Petit et M. de Meneval [Des Friches], gouverneur de l’Acadie. Trouvé fut délivré de sa captivité lorsque Phips* voulut attaquer la Nouvelle-France. Désirant se servir du missionnaire après la conquête, il l’amena à bord de son navire. L’échec du siège de Québec et l’échange de prisonniers permirent à Trouvé de recouvrer sa liberté.

Le missionnaire, après cette aventure, passa près de quatre ans à Québec. L’évêque le nomma supérieur ecclésiastique du monastère des Ursulines et se servit de lui à plusieurs reprises comme intermédiaire dans le conflit qui l’opposait alors au chapitre et au séminaire de Québec. Bien qu’il fût tout dévoué à Mgr de Saint-Vallier, l’abbé Trouvé souffrait de ces divisions regrettables et du rôle qu’on lui faisait jouer. Louis Tronson lui écrivait en mars 1694 : « Votre lettre de l’année dernière me fait connoître votre embarras [...] et je comprends qu’il est d’autant plus grand, que vous ne sauriez ni vous en ouvrir de vive voix ni en écrire à Montréal à M. Dollier [Dollier] ». Le supérieur lui recommandait même d’éviter toute visite à ses confrères de Montréal car « cela ne se pourroit faire qu’avec la permission du Prélat, et je ne puis croire qu’il y consente ; car il craint fort qu’on ne vous y arrête, et il croit que vous pouvez lui être utile. Je vois bien d’ailleurs ce que vous pouvez appréhender à Québec dans l’état où sont les choses et tant que l’on n’y rétablira point la paix ». Cette lettre acheva de convaincre l’abbé Trouvé de reprendre la vie de missionnaire qu’il n’avait cessé de regretter. Sur ses instances, l’évêque le laissa retourner dans sa mission de Beaubassin.

Deux fois encore, la guerre surprit Trouvé au cours de ses travaux apostoliques. En septembre 1696, une flotte commandée par le major Benjamin Church de Boston attaqua la région de Beaubassin qui fut entièrement ravagée. De nouveau à l’été de 1704, Church, pour venger le massacre de Deerfield, organisa une expédition contre les établissements acadiens de la baie Française (baie de Fundy). À l’approche de l’ennemi, le pasteur de Beaubassin et ses ouailles s’enfuirent en direction de Chedabouctou et c’est là, croit-on que l’abbé Trouvé mourut d’épuisement à la fin l’année 1704.

Noël Baillargeon

AAQ, Registres d’insinuations A, 57, 62, 63, 64 ; Chapitre de la cathédrale de Québec, 25.— AMUQ, Registre de l’examen canonique des novices (1689–1817).— ASQ, Chapitre, 5, 10, 160 ; Lettres, M, 1, 2, 9, 101 ; Lettres, O, 1, 12 ; Séminaire, V : 10 ; XCII : 25, {{mss}} 0 478.— Dollier de Casson, Histoire du Montréal.— Mandements des évêques de Québec (Têtu et Gagnon), I : 73, 75s.— 1690, Sir William Phips devant Québec (Myrand).— [Louis Tronson], Correspondance de Mde Tronson, troisième Supérieur de la Compagnie de Saint-Sulpice : Lettres choisies [16 juillet 1676–15 janv1700], A.-L. Bertrand, édit. (3 vol., Paris, 1904).— A.-L. Bertrand, Bibliothèque sulpicienne ou histoire de la Compagnie de Saint-Sulpice (3 vol., Paris, 1900).— Casgrain, Les Sulpiciens en Acadie.

Bibliographie générale

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Noël Baillargeon, « TROUVÉ, CLAUDE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/trouve_claude_2F.html.

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Auteur de l'article:   Noël Baillargeon
Titre de l'article:   TROUVÉ, CLAUDE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   24 juillet 2014