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TOGOUIROUI (Togoniron, Kryn, Cryn, Athasata, Adhasatah), baptisé Joseph (Sosé), surnommé Le Grand Agnier, chef des Agniers français, mort en 1690.

Il s’était déjà illustré en 1669, quand les Loups avaient assiégé Gandaouagué (Fonda, N. Y.). En 1672, à la suite d’un différend avec sa femme, il s’éloigna de sa bourgade et, au cours de la chasse hivernale, près de Chambly, rencontra une Indienne chrétienne et son mari, un catéchumène de la mission Saint-François-Xavier de la Prairie-de-la-Magdelaine. Gagné par leur exemple et leurs conversations, il entra avec eux au printemps à la mission et demanda à se faire chrétien. Le père Jacques Frémin, jésuite, l’obligea auparavant à retourner à Gandaouagué chercher son épouse.

Il revint vers la fin de juin 1673, accompagné de sa femme et d’une quarantaine d’amis. Sept ans plus tard, grâce en bonne partie au Grand Agnier, il y avait plus de ses compatriotes à la mission que dans leur canton d’origine. En 1676, il en emmena une trentaine et d’autres l’année suivante. Aussi longtemps que la paix imposée par M. de Prouville de Tracy en 1666 se maintint, Togouiroui rentrait de ses voyages avec de nouvelles recrues.

En 1683, une tempête renversa l’église de Saint-François-Xavier. Le Grand Agnier céda, pour la remplacer, la belle cabane qu’il venait de se construire. Avant de partir pour la malencontreuse expédition du gouverneur Le Febvre de La Barre à La Famine, il offrit à la chapelle, en 1684, un chandelier en bronze d’une valeur de quatre castors.

Comme chef, il fut admiré non seulement des siens, mais aussi des Français, et respecté de tous. En 1674, dans une escarmouche près du fort Chambly, un Iroquois païen tua un chef des Loups. On accusa un néophyte de Saint-François-Xavier. Aussitôt, lé Grand Agnier fit une enquête et prouva qu’aucun Indien de la mission n’était coupable. Il rendit ainsi un grand service à la colonie : une violation de la paix de 1666 entre les Français et les Cinq-Nations aurait causé un désastre.

C’est en 1687 que le gouverneur de Brisay* de Denonville s’empara traîtreusement de chefs païens à Cataracoui (fort Frontenac) et les envoya aux galères. Au mois de juillet, il attaqua les Tsonnontouans et brûla leurs villages. Le Grand Agnier combattit sous ses ordres. À la fin d’août, il se rendit au lac Champlain et rencontra une soixantaine d’Agniers qui venaient attaquer la colonie. Le Grand Agnier les persuada de rentrer tranquillement chez eux. Une fois de plus, il avait sauvé la vie de plusieurs colons français.

Après le massacre de Lachine par les Iroquois païens en 1689, le Grand Agnier resta fidèle aux Français. Quand le vieux Frontenac [V. Buade], redevenu gouverneur, déclara la guerre aux Anglais, au début de février 1690, un détachement de Français et d’Indiens alliés se porta contre Corlaer (Schenectady, N. Y.). Le Grand Agnier harangua ses hommes et l’on tomba sur le village à l’improviste. En plus de nombreux morts, les Anglais, qui avaient encouragé les Cinq-Nations à faire la guerre aux Français, subirent une perte de 400 000#.

Dans une autre expédition, sous la conduite de René Legardeur* de Beauvais et du Grand Agnier, une petite troupe de Français et d’Indiens bivouaquaient, le soir du 4 juin 1690, à la rivière aux Saumons. Un parti d’Algonquins et d’Abénaquis, leurs alliés, les prirent pour des ennemis et les chargèrent avant le jour. Le Grand Agnier tomba le premier. Il « ne fut guéres moins pleuré des François, que de ses compatriotes, écrit le père de Charlevoix*, & les missionnaires furent ceux de tous, qui ressentirent cette perte plus vivement. »

Henri Béchard

Charlevoix, Histoire de la N.-F.— JR (Thwaites).— La Potherie, Histoire, I : 347–349.— NYCD (O’Callaghan and Fernow).— Positio super virtutibus servae Dei, Catharinae Tekakwitha (Rome, 1940).— The Positio on the virtues of the servant of God, Katharine Tekakwitha (New York, 1940).— E. J. Devine, Historic Caughnawaga […] (Montréal, 1922).— Eccles, Frontenac, 4s., 157–172, 186s., 191s., 197, 208, 224–227, 331s, et passim.— Lanctot, Histoire du Canada, II : 152–154.

Bibliographie générale

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Henri Béchard, « TOGOUIROUI », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/togouiroui_1F.html.

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Auteur de l'article:   Henri Béchard
Titre de l'article:   TOGOUIROUI
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   20 avril 2014