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Titre original :  Civil Magistracy

Provenance : Lien

PROWSE, DANIEL WOODLEY, avocat, homme politique, juge, historien, essayiste et fonctionnaire, né le 12 septembre 1834 à Port de Grave, Terre-Neuve, quatrième des sept enfants de Robert Prowse et de Jane Woodley ; le 13 juillet 1859, il épousa à Sowerby, près de Halifax, Angleterre, Sarah Anne Edleston Farrar, et ils eurent trois fils et trois filles ; décédé le 27 janvier 1914 à St John’s.

La famille de l’inimitable juge et historien Daniel Woodley Prowse venait du Devon. Le premier membre de cette famille qui eut un lien direct avec Terre-Neuve semble avoir été Samuel Prowse, de Torquay, commerçant du sud-ouest de l’Angleterre ; il épousa la fille aînée de la famille Mudge, qui habitait aussi Torquay et avait depuis longtemps des intérêts à Terre-Neuve. Son fils Robert vint dans la colonie à l’âge de dix ans comme apprenti et épousa une fille de Daniel Woodley, de St Mary Church, dans le Devon. Dès les années 1830, Robert Prowse dirigeait dans la baie Conception les affaires d’une entreprise de St John’s, la Brown, Hoyles and Company. Les quatre premiers enfants du couple naquirent à Port de Grave. Ce village d’environ 400 habitants traversait alors une période agitée, des dissensions confessionnelles s’ajoutant à l’occasion à une situation économique très difficile. En 1835, un incendie rasa la maison et les installations des Prowse, qui allèrent s’installer à St John’s. Cependant, Robert Prowse était un entrepreneur qui savait s’adapter. Il établit bientôt à son nom une société qui se tailla une place assez enviable dans l’approvisionnement des pêcheurs du Grand Banc, dans l’exportation du poisson et dans divers autres secteurs.

Daniel Woodley Prowse fit d’abord ses études à St John’s dans une école privée tenue par une demoiselle Beenland, puis à la Church of England Academy. À l’âge de 14 ans, il fut envoyé à la Collegiate School de Liverpool, en Angleterre. Ensuite, en vue d’entrer dans l’entreprise paternelle, il passa deux ans en Espagne à apprendre la langue et à s’initier au commerce du poisson entre ce pays et Terre-Neuve. Son frère aîné Robert Henry devint l’associé principal de l’entreprise en 1856, lorsque leur père prit sa retraite et alla s’installer en Angleterre avec sa femme et plusieurs de leurs jeunes enfants. Entre-temps, Daniel Woodley s’était mis à l’étude du droit. Comme Robert John Pinsent*, qui était presque exactement son contemporain et venait aussi de Port de Grave, il fit son stage chez Bryan Robinson*, avocat et homme politique accompli qui exerça manifestement beaucoup d’influence sur lui.

Prowse fut admis au barreau en 1858 et il épousa Sarah Farrar l’année suivante, conformément à ce principe général qu’il formula plus tard : « Marie-toi d’abord et trouve un [...] ploi ensuite ». Il acheta une vaste propriété aux abords de St John’s en 1860, construisit une maison et aménagea des jardins. Agrémentée d’un étang et d’un ruisseau, située non loin de marais giboyeux, cette propriété était l’endroit rêvé pour se livrer à ses passe-temps – « écrire, chasser, pêcher, jardiner, [étudier] l’histoire naturelle » – et pour élever des enfants. Très heureux en ménage, Prowse se lança avec enthousiasme dans la pratique du droit, la politique, l’écriture et l’exercice de diverses fonctions judiciaires et charges publiques.

Prowse adorait la compagnie, la conversation et la discussion. Il fut l’un des premiers secrétaires du St John’s Athenæum (cercle pour abonnés où il y avait une bibliothèque, une salle de conférences et un théâtre) et donnait souvent des conférences. Une fois au moins, « MM. Prowse et [William] Whiteford [firent] rire l’auditoire à gorge déployée, l’un en récitant quelques morceaux choisis d’Artemus Ward, l’autre [en chantant] des chansons comiques ». Prowse semblait connaître tous ses contemporains : l’histoire de la colonie qu’il allait écrire regorge de conversations, d’anecdotes et de souvenirs de la petite société dans laquelle il avait grandi. Sa carrière de barrister fut réussie sans être spectaculaire. Comme bon nombre d’avocats, il sollicita un mandat politique. La première fois qu’il brigua les suffrages, ce fut au scrutin tumultueux de 1861 où, à la suite de son frère Robert Henry, il se présenta dans le district de Burgeo and LaPoile sous la bannière du Parti conservateur de Hugh William Hoyles*, et fut élu. En 1865, Hoyles ayant démissionné en faveur de Frederic Bowker Terrington Carter*, il y eut des élections, et Prowse remporta la victoire dans le même district. Les parties de son History of Newfoundland qui traitent de ces années-là contiennent des scènes très vivantes. On voit que Prowse participait de près aux événements et aux débats. Le Newfoundlander commenta 14 discours substantiels prononcés par lui en 1866, 9 en 1867 et 6 en 1868. À l’extérieur du Parlement, il militait parmi les partisans de la Confédération. En octobre 1867 par exemple, le Morning Chronicle disait : « Un Daniel venu rendre justice ». Le sieur D. W. Prowse, député de Burgeo and LaPoile, est allé ce soir même soutenir les positions de son ami M. Shea [Ambrose Shea*] [...] on a pu constater qu’il avait bien préparé son intervention – brillant morceau d’éloquence judiciaire. » Cependant, un collaborateur du même journal nota une autre fois : « Les connaissances de ce jeune homme sont plus remarquables par leur envergure que par leur profondeur. »

En 1869, la carrière judiciaire de Prowse prit un nouveau tournant. Nommé juge d’un tribunal itinérant (il siégerait par la suite à la Central District Court à St John’s), il exerçait à la fois les fonctions de magistrat rémunéré, de magistrat de police et de juge de paix. Dans l’ensemble, c’était des fonctions judiciaires de bas niveau, mais elles le mettaient en contact avec la vie des gens ordinaires. Au fil de ses tournées, il acquit une connaissance exceptionnelle des collectivités et des habitants de la colonie... et il ne se gênait pas pour prolonger ses visites lorsque la saison de la pêche, ou de la chasse au gibier à plume ou au cerf, était ouverte. Il mettait d’ailleurs autant d’énergie et de minutie à exercer sa profession qu’à chasser et pêcher. En moins de huit ans, il composa un Manual for magistrates, où il indiquait clairement, aux magistrats des petits ports de pêche, comment ils devaient procéder dans toutes leurs affaires courantes. Inspiré d’auteurs anglais spécialistes de la procédure judiciaire, ce condensé était particulièrement utile du fait qu’il était adapté au contexte et aux coutumes de Terre-Neuve. Le « manuel de Prowse » fut utilisé par deux générations de magistrats et de juges de paix. De plus, dans le courant de ses tournées, Prowse accumula de la matière dans laquelle il puiserait en rédigeant ses essais. Il apprit à connaître ses compatriotes comme peu de ses contemporains, voire de gens de toute autre époque, l’ont fait. Il vaut particulièrement la peine de noter que, en ce temps où l’ancien système du troc avait encore cours, Prowse veillait constamment à ce que les marchands fournisseurs ayant des dettes envers des pêcheurs les acquittent en argent comptant. Ce fut « [sa] grande préoccupation au début », écrivit-il vers la fin de sa vie, et il cita la remarque qu’un vieux pêcheur avait faite à un autre en sa présence : « Le tribunal de Prowse est le seul endroit de la contrée où l’on obtient justice. Un mot du juge, et le marchand se dépêche de payer. »

Il existe des anecdotes sur toute la carrière de Prowse, comme sur celle de son collègue le juge James Gervé Conroy. Ainsi, dans les premiers temps où Prowse était juge, le « poète du sentier Pokeham », ménestrel de St John’s qui avait l’habitude, le samedi soir, de chercher l’inspiration dans l’alcool, quitta le tribunal un lundi matin sur ce poème impromptu :

Bonne journée votre Honneur,
                        Bonne journée juge Prowse,
                        Puissent les petits anges
                        Planer autour de votre demeure.

Tant au tribunal qu’ailleurs, Prowse utilisait parfois un langage luxuriant. Trois officiers de marine, trouvés coupables d’infraction aux lois de la colonie sur le gibier, lui intentèrent une poursuite devant la Cour suprême, mais celle-ci conclut qu’« un magistrat rémunéré ne [pouvait] être poursuivi en diffamation pour des paroles prononcées en sa qualité de magistrat ». Ses contemporains joueurs de whist, tout comme les joueurs de poker de St John’s dans les années 1920 et 1930, utilisaient l’expression « un juge Prowse » pour parler d’une main de trois dix, faisant ainsi allusion à l’une des sentences données dans son Manuel, « trente jours ».

En décembre 1897, à la veille de sa retraite, Prowse, désirant un titre de chevalier, adresserait à l’appui de sa requête un mémoire au gouverneur, sir Herbert Harley Murray*. Ce mémoire donne ses états de service : restauration de l’ordre dans la capitale à titre de surintendant de la police ; répression des désordres survenus dans deux villes de pêcheurs, Harbour Grace et Catalina, à l’annonce de la faillite de la Ridley and Sons en 1870 [V. Thomas Ridley*] ; en 1874, arrestation des contrefacteurs de billets de la Commercial Bank et récupération des billets dans l’île française de Saint-Pierre ; en 1877, restauration de l’ordre dans la région frontalière de la baie St George, alors non réglementée ; résistance ferme aux manifestations des propriétaires fonciers contre la construction du chemin de fer dans la péninsule d’Avalon. En outre, Prowse avait eu à la fin des années 1880 des aventures maritimes, et il en fit un récit dont il était à peine moins fier que du Manual for magistrates et de la History of Newfoundland. « À une heure d’avis, écrit-il, je fus envoyé à la baie Fortune avec deux vieux remorqueurs pour appliquer le Bait Act ». Cette loi imposait aux pêcheurs français de morue des limites concernant la vente et l’exportation de l’appât pris dans les eaux terre-neuviennes. Prowse et sa flotille l’appliquaient avec un zèle qui transparaît même dans le commentaire prudent du procureur général, sir James Spearman Winter, sur le dossier de Prowse. « Je pense qu’il a quelque peu exagéré la valeur de son travail, et dans d’autres [cas] il a un peu outrepassé sa juridiction [...] Je peux témoigner [...] de l’audace qu’il a toujours manifestée dans ce qu’il croyait être l’accomplissement de son devoir. » Prowse estimait que ses aventures d’« amiral de l’escadre de l’appât » avaient été « le point tournant de [son] existence ». Le fait de participer à un épisode moderne de la vieille rivalité franco-anglaise à Terre-Neuve l’amena en effet à étudier non seulement les aspects juridiques et autres de cet affrontement particulier, mais aussi la longue histoire des pêches, qu’il tenait pour un thème majeur de l’histoire de la colonie. Durant sept ans, lorsque ses fonctions lui en laissaient le temps, il travailla sur cette question, examinant les documents qu’il trouvait sur son chemin ou pouvait recueillir.

Cent ans après sa parution en 1895, la History of Newfoundland de Prowse demeure, pour ce qui est des quatre siècles qu’elle embrasse, la meilleure (d’aucuns diraient « hélas, la meilleure ») histoire générale de Terre-Neuve. Certes, les interprétations de ses dignes prédécesseurs – notamment John Reeves*, Lewis Amadeus Anspach* et Charles Pedley* – ont laissé leur empreinte dans son ouvrage. Toutefois, ce qui distingue l’étude de Prowse parmi les travaux de son temps, ce n’est pas seulement son envergure, mais aussi l’utilisation des « archives anglaises, coloniales et étrangères », comme l’annonce la page de titre. La bibliographie des sources imprimées dont il s’était servi est restée durant des décennies la liste la plus complète que l’on pouvait trouver. Cependant, il ne se contenta pas de consulter des sources imprimées. Il puisa aussi dans des documents d’État non catalogués, dans des archives locales (commerciales, paroissiales et autres) des deux côtés de l’Atlantique ainsi que dans des sources françaises, espagnoles et portugaises. Ses fils aînés l’aidèrent à rassembler ses matériaux de base. George Robert Farrar Prowse, en particulier, consulta inlassablement les archives britanniques et européennes, et aida à superviser l’impression de l’ouvrage.

Prowse s’est attaché non seulement à décrire le développement de la colonie, mais aussi à montrer les effets produits en Angleterre par sa fondation. Il tenait en effet à éviter de regarder le monde par le mauvais bout de la lorgnette, comme le faisaient souvent les auteurs coloniaux de son temps. Son ouvrage développe ce que James Anthony Froude avait écrit au sujet de l’édification du premier Empire britannique, mais fait mieux ressortir le pouvoir économique des liens commerciaux entre Terre-Neuve et le sud-ouest de l’Angleterre. Prowse avait lu attentivement les grands historiens de son siècle, les Britanniques lord Macaulay et Henry Hallam par exemple, mais aussi les Américains John Lothrop Motley, William Hickling Prescott et Francis Parkman*. Il connaissait ses collègues de la Nouvelle-Angleterre – Justin Winsor, Charles Levi Woodbury et James Phinney Baxter, respectivement spécialistes des voyages de Jacques Cartier*, des pêches de l’Atlantique Nord et de la fondation du Maine – et correspondait avec eux. Parmi ces lecteurs, son ouvrage reçut d’emblée un accueil chaleureux.

      History of Newfoundland parut en juin 1895 avec une élégante préface de l’éminent homme de lettres Edmund Gosse, fils de Philip Henry Gosse* et grand ami de l’auteur. Dans un témoignage écrit un demisiècle plus tard, le fils d’Edmund Gosse, Philip, a raconté que cet été-là, encore écolier, il avait fait sa première visite à St John’s et que son hôte l’avait salué d’une voix tonitruante, « fameuse dans toute la colonie ». « Lorsque le juge s’adressait à quelqu’un qui était à plus de quelques pieds de distance, il beuglait comme le patron d’un schooner de pêche qui crie à son équipage par gros vent. La comparaison s’imposait d’autant plus que c’était un homme corpulent, avec une grosse barbe en désordre [...] Sa célèbre History of Newfoundland venait de paraître, imprimée à ses frais, car l’auteur avait des idées bien arrêtées sur l’honnêteté des éditeurs, des libraires et du monde du livre en général. » Philip Gosse poursuivait en disant que le juge savait très bien vendre son ouvrage. Le gouvernement de Terre-Neuve en prit 300 exemplaires à une livre chacun et la compagnie de chemin de fer de Robert Gillespie Reid*, 100 exemplaires. Partout où Prowse allait, en train, en bateau ou en calèche, il emportait des exemplaires et pressait tous les gens qu’il rencontrait d’en acheter. Moins d’un an après la parution, la première édition était épuisée et une deuxième, sans le lourd appareil de notes, d’appendices, d’index et d’illustrations, la remplaça. (L’ouvrage étant toujours en demande, on a tiré en 1972 un fac-similé photographique de l’édition de 1895 ; le texte de la troisième édition, qui avait été révisé par Prowse et que l’on a longtemps cru perdu, a paru en 1971.)

Au moment de la publication de History of Newfoundland, Prowse était à la veille de quitter son poste de juge. Même si ses décisions avaient rarement été cassées en appel, elles n’avaient pas toujours fait l’unanimité et n’avaient pas toujours été au goût des avocats qui plaidaient devant lui. En outre, il lui arrivait de mugir et, depuis peu, il avait pris l’exaspérante habitude de devenir sourd tout à coup – ou de faire semblant. Ceux qui lui tenaient tête, surtout les avocats-politiciens qui prenaient son tribunal pour l’enceinte de l’Assemblée, étaient châtiés rapidement. Ainsi, comme Alfred Bishop Morine*, « un voyou, vraiment [...] très irrespectueux du tribunal », refusait obstinément de s’asseoir, Prowse le fit expulser par l’agent de la paix. Cependant, il y avait des cas où il suscitait encore l’admiration, comme celui mettant en cause deux voisins dont les témoins présentaient des témoignages contradictoires. « L’affaire Morrissey c. Brien, pour la reprise de possession d’une chèvre, a été entendue ce matin devant Prowse et a provoqué l’hilarité générale, rapporta un journal de St John’s. Il appert que dimanche dernier, le plaignant, Morrissey, a perdu une chèvre qui, prétend-il, est maintenant en la possession de Bnen. On a appelé [à la barre] un nombre respectable de témoins pour établir à qui appartient cette chèvre. L’un d’eux, à la question de savoir comment il pouvait identifier la chèvre, a répondu : « Quand on a un jardin qui donne chez un voisin quia une chèvre, nécessairement, on la connaît. » Voici comment on tranchera le litige. Le constable Wheeler, nommé juge adjoint, ira ce soir sur le chemin Battery, et Morrissey amènera le petit qu’il a en sa possession. Si [le petit] reconnaît la chèvre comme étant sa mère ou va chez Morrissey, ce dernier sera déclaré propriétaire ; s’il va chez Brien, alors Brien sera déclaré propriétaire. »

Finalement, et bien à contrecœur, Prowse prit sa retraite en janvier 1898. Comme toujours, on lui offrit des vers. Son amie Isabella Rogerson [Whiteford*] lui avait composé un gracieux poème. Un rimailleur avait préparé un morceau qui commençait ainsi :

O, combien de malheureuses mères,
                        Combien d’épouses de buveur,
                        Ont au ciel adressé des prières
                        Pour rendre grâce à ton bon cœur.

Une fois à la retraite, Prowse ne restreignit pas l’éventail de ses activités, bien au contraire. En 1900, après trois ans de travaux, eut lieu l’inauguration officielle de la tour Cabot, imposante structure de granit située sur le point culminant du coteau Signal, qui surplombe l’entrée du port de St John’s. À titre de secrétaire du comité qui devait amasser des fonds pour la construction d’un monument commémorant le voyage de John Cabot* en 1497 et le jubilé de diamant de la reine Victoria, Prowse avait déployé des trésors d’énergie et d’imagination pour la réalisation de cet ouvrage qui, en plus, contenait des appareils modernes de signalisation maritime et, incidemment, permettait à St John’s de damer le pion à Halifax, où la Société royale du Canada avait dédié à Cabot une modeste plaque en cuivre. En 1901, pour grossir sa modeste pension, on nomma Prowse secrétaire du Bureau des pêches, dont il contribua à faire un centre d’information utile sur d’autres pays pratiquant cette activité économique. Inlassablement, il fit pression pour l’adoption d’une loi sur les bibliothèques et s’employa à obtenir du philanthrope américain Andrew Carnegie une subvention pour ouvrir une bibliothèque à St John’s, qui n’avait plus d’établissement de ce genre depuis la destruction de l’Athenæum au cours du terrible incendie de 1892. Avec James Johnstone Rogerson*, James Patrick Howley et William Frederick Lloyd*, entre autres, il fonda en 1906 la Newfoundland Historical Society, qui succéda à la Newfoundland Historical and Statistical Society. Il donnait souvent des conférences pour la seconde organisation, comme il l’avait fait pour la première.

Prowse continuait, à un rythme maintenant effréné, à rédiger des essais et des articles pour des périodiques. Dans la seule année 1901, très représentative de son rythme de production, il révisa son long article sur Terre-Neuve pour la dixième édition de l’Encyclopædia Britannica et publia, dans des périodiques des deux côtés de l’Atlantique, des essais sur la présence française à Terre-Neuve, Cromwell, les États-Unis et les pêches nord-américaines, la colonisation française et les fonctionnaires français, et la vie du galérien huguenot Jean Serres. En outre, il fît paraître un article sur la côte française de Terre-Neuve dans la Canadian Law Review de Toronto et tint une chronique de stratégie militaire sur la guerre des Boers dans le Daily News. En même temps, il préparait des textes qui paraîtraient sous peu dans un nouveau trimestriel, le Newfoundland Quarterly, ainsi que dans le Cornhill Magazine de Londres et le McClure’s Magazine de New York : un survol des expériences d’« un vieux juge colonial » en tournée, un singulier rapport sur la pratique du pillage des épaves par la population côtière, des souvenirs de ses longues années de chasse et de pêche, un texte sur la culture des plantes annuelles résistantes au gel à Terre-Neuve (contrée au sol maigre et aux étés brefs), des notices nécrologiques sur certains de ses contemporains qui le précédaient dans la tombe – et, comme toujours, des gasconnades sur Terre-Neuve.

De tous ses écrits de ce genre, le Newfoundland guide book, paru en 1905, fut le plus populaire. Il visait à renseigner les voyageurs – particulièrement ceux, de plus en plus nombreux, qui venaient pour chasser et pêcher – sur les habitants et les richesses de la colonie. Pour les attirer, Prowse citait des visiteurs qui avaient déjà exploré les forêts, les landes et les cours d’eau de l’île. John Guille Millais et d’autres fameux amateurs anglais de chasse et de pêche figuraient parmi les invités et les correspondants de Prowse. Millais, qui se rendit plusieurs fois à Terre-Neuve pour chasser et peindre, a immortalisé Prowse tel qu’il était dans ces années-là, chassant la bécassine dans les marais par un matin d’octobre. « Le chapeau sur l’occiput et les pieds chaussés de pantoufles (« On se mouille de toute façon, mon garçon », disait-il), le juge sautait par-dessus les ruisseaux et les clôtures comme un gamin de deux ans, pour dresser un chien d’arrêt un peu fou, et ainsi, sifflant et caracolant d’un marais à l’autre, il parcourait la contrée d’une manière qui, vraiment, m’épatait. Je n’oublierai jamais non plus son charmant dédain du qu’en-dira-t-on, si caractéristique du vrai sportsman. [Un jour,] il eut l’amabilité de venir me reconduire au train, qui était bondé car c’était dimanche ; d’une main il tenait un panier plein de pommes de terre et de l’autre... un gros sac de vers de terre. »

Prowse était encore actif dans sa dernière année. Bien que les intrigues entourant le droit de veto des confessions religieuses sur les manuels scolaires aient fait échouer son projet d’une brève histoire de Terre-Neuve, le manuscrit de la troisième édition de History of Newfoundland était terminé et rendu chez l’imprimeur londonien à l’approche de la Première Guerre mondiale. Prowse relisait les romans et nouvelles de son auteur favori, Thomas Hardy. On le voyait encore se promener dans St John’s, où il était toujours assuré d’avoir un service diligent de la part des commis de magasin, car il avait depuis longtemps l’habitude de déterminer lui-même, d’un ton péremptoire, la valeur de ce qu’il voulait acheter. Cependant, il perdait la mémoire quand il s’agissait des petites choses (sa femme avait dû coudre ses mitaines aux manches de son manteau) et, à présent que ses enfants étaient tous partis, il s’ennuyait. Au matin du 23 janvier 1914, après une brève maladie, il fit une chute dans un escalier. Le 27, peu avant midi, on le trouva mort dans son fauteuil. Sa femme mourut moins d’un mois après. Dans les notices nécrologiques, on rendit hommage à Prowse en évoquant son « obstination qui ne supportait ni la rebuffade ni l’échec ». À la Chambre d’assemblée, le premier ministre, sir Edward Patrick Morris*, nota : « C’était un homme merveilleusement entreprenant. Il n’y a aucun domaine de la vie publique de la colonie auquel il n’a pas été mêlé à un moment quelconque. » Le rédacteur en chef d’un journal, laissant de côté sa sévérité, eut ces mots : « Pour nous, il était le juge Prowse ; les générations à venir [...] se souviendront surtout de Prowse l’historien. »

G. M. Story

La carrière de Daniel Woodley Prowse a inspiré à l’auteur et acteur Frank Holden une brillante pièce solo intitulée Judge Prowse presiding (1989).

Monsieur K. J. R. Prowse, de Deer Lake, T.-N., seul neveu encore vivant du sujet, nous a fourni les détails d’ordre généalogique. Nous avons recueilli des anecdotes sur ce personnage auprès de M. Prowse, de Len Murphy, et de Harry Conroy, du capitaine Colin Story, et de Mme Beatrice [Story] Gaze, maintenant décédés.

La première édition de l’ouvrage intitulé A history of Newfoundland from the English, colonial, and foreign records a paru à Londres et à New York en 1895 ; l’ouvrage a été réimprimé à Belleville, Ontario, en 1972 ; la deuxième édition a paru à Londres en 1896, et la troisième, avec les révisions de Prowse et la documentation additionnelle fournie par James R. Thoms et F. Burnham Gill, a été publiée à St John’s en 1971. Les péripéties entourant la parution de la troisième édition sont racontées dans notre article intitulé « Judge Prowse : historian and publicist », Newfoundland Quarterly (St John’s), 68 (1971–1972), no 4 : 19–25.

Juste avant sa retraite, Prowse a publié The justices’ manual [...] (2e éd., St John’s, 1898), version révisée de son ouvrage intitulé Manual for magistrates in Newfoundland [...], paru en 1877, et trois fois plus volumineuse que l’édition originale. Il a aussi préparé la deuxième et la troisième édition de The Newfoundland guide book [...] (Londres), parues toutes les deux en 1911.

Un fac-similé du mémoire présenté par Prowse au gouverneur Murray en 1897 et de la réponse négative de ce dernier, tirée des papiers personnels de Murray, figurent dans la troisième édition de History, pp. 677–695. On trouve aussi des détails autobiographiques dans un article que Prowse a écrit à la fin de sa vie, « Random recollections », Christmas Post (St John’s), 1913 : 12, et que l’on peut consulter au Centre for Newfoundland Studies, Memorial Univ. of Nfld, St John’s).  [g. m. s.]

Centre for Newfoundland Studies, Arch., MF-270 (D. W. Prowse scrapbook).— Courier (St John’s), 29 janv. 1868.— Daily News (St John’s), 7 juin, 14 nov. 1895, 28 janv. 1914.— Evening Telegram (St John’s), 29 juin, 13–14 nov. 1895, 28 janv. 1914.— Morning Chronicle (St John’s), 15 oct. 1867, 1er mars 1869, 16 avril 1870.— Royal Gazette and Newfoundland Advertiser (St John’s), août–déc. 1907.— Times (Londres), 28 juill. 1859.— J. E. Candow, « Daniel Woodley Prowse and the origin of Cabot Tower » et « Cabot Tower : the Prowse – « Mariner » correspondence », Parcs Canada, Direction des lieux et des parcs hist. nationaux, Bull. de recherches (Ottawa), nos 155 et 156 (1981).— St John Chadwick, Newfoundland : island into province (Cambridge, Angleterre, 1967), chap. 3.— Encyclopedia of NfId (Smallwood et al.), 1 : 687–688.— Philip Gosse, An apple a day (Londres, 1948), chap. 8.— McKay v. Prowse (1878), Newfoundland Reports (St John’s), 6 : 166–68.— Keith Matthews, « Historical fence building : a critique of the historiography of Newfoundland », Newfoundland Quarterly, 74 (1978–1979), no 1 : 21–30 ; Lectures on the history of Newfoundland, 1500–1830 (St John’s, 1988).— J. G. Millais, Newfoundland and its untrodden ways (Londres, 1907 ; réimpr., New York, 1967), 79.— M. P. Murphy, Pathways through yesteryear : historic tales of old St John’s, G. S. Moore, édit. (St John’s, 1976), 147.— Newfoundland Hist. Soc., Constitution of the Newfoundland Historical Society (St John’s, 1906 ; exemplaire conservé dans les archives de la société, à St John’s).— G. M. Story, « D. W. Prowse and nineteenth-century colonial historiography », dans Newfoundland Hist. Soc., Newfoundland history 1986 : proceedings of the first Newfoundland Historical Society conference [...], Shannon Ryan, édit. ([St John’s, 1986]), 34–45 ; « Judge Prowse (1834–1914) », Newfoundland Quarterly, 68, no 1 : 15–25.— F. F. Thompson, The French Shore problem in Newfoundland : an imperial study (Toronto, 1961), chap. 4.— T.-N., House of Assembly, Journal, 1869–1897, app., rapports des magistrats de police.— Isabella Whiteford Rogerson, The Victorian triumph and other poems (Toronto, 1898), 149.

Bibliographie générale

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G. M. Story, « PROWSE, DANIEL WOODLEY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/prowse_daniel_woodley_14F.html.

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Auteur de l'article:   G. M. Story
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   2 octobre 2014