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MONCKTON, ROBERT, officier et administrateur colonial, né le 24 juin 1726 dans le Yorkshire, en Angleterre, second fils de John Monckton, qui devint le’ vicomte Galway, et de lady Elizabeth Manners, décédé à Londres le 21 mai 1782. Bien qu’il ne fût pas marié, semble-t-il, il éleva trois fils et une fille qui lui survécurent.

En 1741, Robert Monckton, âgé de 15 ans, reçut une commission dans le 3e régiment des Foot Guards, qui s’embarqua pour les Flandres le printemps suivant en vue de participer à la guerre de la Succession d’Autriche. Monckton combattit à Dettingen, en Bavière (République fédérale d’Allemagne), et à Fontenoy (Belgique) ; il demeura dans les Flandres après que l’armée britannique eut été rappelée pour mater le soulèvement jacobite de 1745. Promu capitaine dans le 34e d’infanterie le 27 juin 1744, il accéda au grade de major le 15 février 1747/1748, puis de lieutenant-colonel dans le 471 d’infanterie le 28 février 1751/1752. Quand son père mourut, plus tard cette année-là, il entra au parlement britannique, où il occupa le siège de Pontefract qui était le fief électoral de sa famille, mais il fut bientôt affecté à la Nouvelle-Écosse.

Monckton assuma d’abord le commandement du fort Lawrence, qui faisait face au fort Beauséjour, occupé par les Français, de l’autre côté de la rivière Missaguash, près de la baie de Chignectou. Du moment de sa nomination en août 1752 au mois de juin suivant, le calme régna sur cette frontière militaire ; Monckton et Jean-Baptiste Mutigny de Vassan, qui commandait au fort Beauséjour, échangèrent des notes, des déserteurs et des chevaux échappés. Et des deux côtés, sans aucun doute, on accumulait des renseignements et on renforçait les préjugés. Nommé à Halifax en juin 1753 pour présider un conseil de guerre, Monckton demeura dans cette ville où il accepta de siéger au Conseil de la Nouvelle-Écosse.

Durant l’automne, les esprits s’échauffèrent chez les immigrants allemands du nouvel établissement de Lunénburg, sur la côte sud, et, lorsque le conseil apprit, le 18 décembre 1753, qu’un conflit armé avait éclaté entre les immigrants et la garnison locale, Monckton se porta volontaire pour restaurer la paix à la tête d’une troupe de 200 hommes. Le lieutenant-gouverneur Charles Lawrence* et son conseil l’invitèrent à se montrer prudent de manière, disaient-ils, que s’il était « obligé de recourir à des extrémités, ils [les immigrants] portent eux-mêmes la responsabilité de ce résultat ». Accueilli courtoisement à Lunenburg, Monckton négocia le retour à l’ordre au moyen de ce que Lawrence appela des « mesures modérées et fort judicieuses » [V. Jean Pettrequin* ; Sebastian Zouberbuhler].

La suite des événements fit ressortir le contraste qui existait entre les conceptions humanitaires de Monckton et les vues plus rigides de son supérieur, Lawrence. Après avoir amené pacifiquement les immigrants à déposer les armes et avoir retracé l’origine des rumeurs qui avaient provoqué le conflit, Monckton recommanda la clémence. Lawrence n’était pas disposé à suivre un tel conseil et il le fit savoir à Monckton en ces termes plutôt inquiétants : « bien que l’indulgence soit toujours le procédé le plus agréable à adopter (particulièrement à l’égard des étrangers qui ne sont pas au courant de nos lois et coutumes) dans les désordres de cette nature, il reste qu’il est rarement le plus efficace ». Même si l’on emprisonna pour crimes et délits l’un de ceux qui participèrent aux troubles, après que Lawrence eut essayé en vain d’obtenir une accusation de haute trahison contre lui, on ignora la plupart des châtiments légaux que suggéra le lieutenant-gouverneur.

La plus mémorable opération militaire dirigée par Robert Monckton en Amérique du Nord fut l’expédition victorieuse qu’il mena dans la baie de Chignectou, en juin 1755, contre les forts Beauséjour et Gaspereau (près de Port Elgin, Nouveau-Brunswick). Durant l’hiver de 1754–1755, Lawrence se joignit au gouverneur du Massachusetts, William Shirley, en vue d’élaborer un plan d’action visant à mettre fin aux « empiétements » français, conformément à des instructions générales émanant des autorités britanniques. Monckton, qui connaissait bien le fort Beauséjour, passa l’hiver à Boston où il mit au point les détails de l’attaque. Il s’y querella avec John Winslow, un des commandants qui l’assistaient, et les deux hommes eurent du mal à s’entendre tout au long de la campagne. Un convoi formé de 31 bâtiments de transport et de trois vaisseaux de guerre quitta Boston le 19 mai 1755, avec près de 2 000 provinciaux de la Nouvelle-Angleterre et 270 réguliers britanniques ; le 2 juin, les navires mouillèrent non loin de l’embouchure de la rivière Missaguash. L’expédition ayant été soigneusement préparée et tenue secrète, les troupes de Monckton mirent pied à terre sans opposition et rencontrèrent une assez faible résistance lorsqu’elles s’avancèrent, deux jours plus tard, afin d’investir le fort Beauséjour. La garnison, aux ordres de Louis Du Pont Duchambon de Vergor, était en mesure de résister plus de deux semaines, même si les assaillants l’emportaient en nombre par plus de quatre hommes contre un. Monckton avait à peine amorcé une approche savante et circonspecte le long d’une crête s’élevant au nord-est du fort lorsque les défenseurs, démoralisés, capitulèrent le 16 juin. Il permit à la garnison de se rendre à Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton), et il fit grâce à la troupe irrégulière d’Acadiens qui avait pris les armes sous une menace de mort. Le lendemain, Benjamin Rouer* de Villeray, commandant du fort Gaspereau, accepta les mêmes conditions sans qu’aucun coup de feu n’ait été tiré. Monckton avait remporté la victoire en misant sur la surprise et sur des ressources supérieures qu’il avait déployées à bon escient.

L’effondrement précipité de la résistance française dans l’isthme de Chignectou laissa Monckton et Lawrence à la tête d’une armée de quelque 2 500 hommes dont la plupart s’étaient engagés pour une année complète et qui étaient tous payés et approvisionnés par le gouvernement britannique ; en fait, à l’insu de la Trésorerie, les fonds nécessaires au financement de la campagne étaient prélevés sur la subvention annuelle que le parlement britannique accordait pour l’administration de la Nouvelle-Écosse. Ayant reçu de nouvelles instructions, Monckton chargea un petit escadron d’aller étudier la situation à l’embouchure de la rivière Saint-Jean ; dès le 2 juillet, il savait que la garnison française s’était retirée après avoir fait sauter le fort qu’elle y occupait. Comme sa mission principale était déjà terminée, Monckton utilisa ses hommes et embaucha des Acadiens pour restaurer le fort Beauséjour (devenu le fort Cumberland) et améliorer les routes. Plusieurs habitants de l’endroit rendirent les armes, y compris le célèbre partisan Joseph Brossard*, dit Beausoleil. Mais les délégués acadiens qui négociaient avec Lawrence refusèrent de prêter le serment de fidélité sans réserve, attitude qu’ils maintenaient avec succès depuis plusieurs décennies ; la réplique de Lawrence, qui disposait d’une force militaire sans précédent, fut d’une rigueur également sans précédent : il ordonna l’expulsion des Acadiens. Monckton exécuta les ordres avec l’efficacité qui lui était propre mais sans montrer d’enthousiasme ; il s’occupa d’arrêter les habitants en les attirant dans un piège, de brûler leurs villages et de diriger la déportation des 1 100 personnes qu’il avait rassemblées à Chignectou.

Ayant remporté la seule victoire britannique en Amérique du Nord cette année-là, Monckton fut nommé lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse en décembre 1755. Au cours des trois années qui suivirent, il fit office de gouverneur à deux reprises et il prit des dispositions en vue de mettre sur pied la première législature de la colonie. C’est à cette tâche qu’il se consacrait, pendant l’été de 1758, lorsque Louisbourg fut prise par Amherst. À l’automne, il fut chargé de mener une expédition dans la région de la rivière Saint-Jean. Une force de quelque 2 300 hommes, parmi lesquels se trouvait le 2e bataillon du Royal American Regiment (60e d’infanterie) dont Monckton avait été nommé le colonel, formait la masse de manœuvre et l’avant-garde. Cette troupe procéda méthodiquement à la destruction des maisons, du bétail et des récoltes sur une distance d’environ 70 milles en amont de la rivière. Peu de gens furent capturés, mais le but de l’expédition était de forcer tous les Acadiens qui effectuaient des raids sur le territoire occupé par les Britanniques à regagner Québec avant l’arrivée du printemps. L’opération, entreprise le 11 septembre, se termina le 21 novembre. Au début de 1759, Monckton se rendit à New York où Amherst l’avait fait venir pour lui offrir le commandement des colonies du sud. Il s’y trouvait encore lorsque Wolfe* le désigna pour commander en second la campagne qui devait être menée contre Québec durant l’été.

Monckton allait jouer un rôle important dans la prise de cette ville. Peu après l’arrivée de la flotte britannique aux abords de Québec [V. Charles Saunders], il dirigea les quatre régiments qui prirent le contrôle de la rive sud du Saint-Laurent en s’installant à Pointe-Lévy (Lauzon, Québec). D’abord destinée à protéger la flotte, cette position permit bientôt à Wolfe d’ériger de puissantes batteries en face de la ville. Monckton commandait le détachement qui tenta un débarquement sur les rives de Beauport le 31 juillet, opération qui se solda par un échec ; il s’était d’ailleurs montré sceptique à l’égard de ce projet. L’été passait, et Wolfe, sous l’effet de la contrariété, ordonna de traiter durement les villages sans défense. Il semble bien, d’après les documents, que Monckton, en sa qualité de commandant sur la rive sud, n’exécuta ces ordres qu’avec lenteur et modération. Il y eut une brève période de tension dans les rapports entre Monckton et Wolfe, mais cette situation n’atteignit pas la gravité des divergences opposant le général aux autres officiers supérieurs de son état-major. À la fin d’août, Wolfe pria ses généraux de brigade de lui indiquer par écrit leur avis sur trois plans de bataille, chacun proposant une façon particulière d’effectuer un débarquement à Beauport. Monckton, Murray et George Townshend* rejetèrent les trois plans et suggérèrent plutôt d’attaquer en amont de Québec, opération qui devait être couronnée de succès. À l’aube du 13 septembre, Monckton dirigea le débarquement décisif à l’anse au Foulon, et, plus tard dans la journée, il commanda l’aile droite de l’armée britannique sur les plaines d’Abraham ; il fut blessé à la poitrine au cours de la bataille. Il s’offensa de ce que Townshend l’exclut des pourparlers tenus lors de la capitulation de Québec et il se rétablit assez rapidement pour prendre le commandement de la ville et de la région avoisinante. À ce poste durant un mois, il se montra ferme en infligeant des peines aux soldats qui commettaient des crimes et il se soucia des intérêts de la population civile. Quand il donna l’un de ses derniers ordres, qui incitait les commandants à ne pas permettre le mariage de leurs hommes avec des jeunes filles de l’endroit, il se trouvait à admettre, malgré lui, que les rapports de l’armée avec les Canadiens s’amélioraient.

Le 26 octobre, Monckton quitta Québec et se rendit à New York. Il obtint des honneurs en même temps que de nouvelles charges. Après avoir été nommé colonel du 17e d’infanterie plus tôt au cours du même mois, il devint commandant des troupes britanniques dans les colonies du sud le 29 avril 1760. Promu major général en février 1761, il fut fait gouverneur et commandant en chef de la province de New York le 20 mars. L’hiver suivant, Monckton couronna une carrière militaire remplie de succès en commandant l’armée qui s’empara de la Martinique, dans les Antilles. Moins de trois semaines après avoir débarqué dans l’île avec des forces nettement supérieures, il se rendit maître de cette position française que l’on disait inexpugnable. La capitulation, établie sur le modèle de la reddition de la Guadeloupe en 1759, à quelques détails près, permet de constater que Monckton était un négociateur prudent et compétent. En juin 1762, il avait repris ses fonctions à New York. Le 28 juin 1763, il quitta l’Amérique du Nord pour se rendre en Angleterre, mais il conserva le poste de gouverneur de New York jusqu’au 14 juin 1765 ; il fut par la suite considéré comme un « ami de l’Amérique ». Après avoir été justifié par un tribunal militaire, en 1764, des accusations portées contre lui par un officier réformé, Monckton devint gouverneur de Berwick-upon-Tweed, le 14 juin 1765, et il fut promu lieutenant général en 1770.

De mauvais placements dans l’East India Company, qui traversait une période de difficultés, amenèrent Monckton à solliciter, par nécessité autant que par inclination, un poste en Inde. Il obtint d’abord l’assentiment royal, puis il fut désigné par la compagnie ; malgré cela, il ne fut pas nommé commandant en chef de l’armée dans cette colonie. Il déclina l’offre que lui fit à la place le gouvernement d’assumer le commandement de l’armée en Amérique lorsque ce poste devint vacant ; il accepta, toutefois, une riche concession de terre sur l’île Saint-Vincent, dans les Antilles. En 1774, il siégea de nouveau au parlement, durant une courte période, comme représentant de Pontefract, mais il ne participa aucunement, semble-t-il, à l’élaboration des Coercive Acts ni de l’Acte de Québec.

Monckton fut gouverneur de Portsmouth, en Angleterre, à partir de 1778, et député de cette ville avec l’appui de l’Amirauté ; il occupa ces postes jusqu’à son décès qui survint en 1782. Il fut inhumé en l’église St Mary Abbot, à Kensington (Londres).

I. K. Steele

APC, MG 18, M.— BL, Add. {{mss}} 21 638.— Huntington Library, Loudoun papers.— Library of Congress (Washington), Peter Force papers, VIII-D, Robert Monckton, correspondence, 1754–1763.— Newberry Library (Chicago), Edward E. Ayer coll., {{ms}} 341.— Northamptonshire Record Office (Northampton, Angl.), Monckton of Fineshade records.— PRO, PRO 30/8, bundle 98.— University of Nottingham Library (Nottingham, Angl.), Manuscripts Dept., Galway mss, 11 599, 11 601–11 603, 11 611.— Correspondence of William Pitt (Kimball), II : 69, 163, 302.— N.SArchives, I, 269s., 376, 393–400, 433s., 448.-DAB.— DNB.— D. H. Monckton, A genealogical history of the family of Monckton [...] (Londres, 1887).— J. C. Webster, The forts of Chignecto ; a study of the eighteenth century conflict between France and Great Britain in Acadia ([Shediac, N.-B.], 1930), 49s., 53–60, 110–116.

Bibliographie générale

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I. K. Steele, « MONCKTON, ROBERT », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/monckton_robert_4F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
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