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LEMAY, HUGOLIN (baptisé Stanislas) (à son entrée en religion, il prit le nom d’Hugolin-Marie, mais il signait le plus souvent père Hugolin et parfois père Hugolin Lemay), franciscain, prédicateur, auteur, bibliographe et bibliothécaire, né le 20 septembre 1877 dans la paroisse Saint-Édouard, à Knowlton (Lac-Brome, Québec), fils de Bernard Lemay, meublier, et de Marylise Turcotte ; décédé le 25 juin 1938 à Montréal.

Stanislas Lemay est l’aîné de six enfants. Au cours de sa jeunesse, il suit sa famille qui s’établit à Coaticook, où il entame ses études secondaires à l’académie du Sacré-Cœur, vers 1890. Après une année de cours particuliers sous la direction du curé de sa paroisse, il entre en 1893 au séminaire de Saint-Hyacinthe, haut lieu de formation franciscaine, pour y faire ses études classiques. C’est là que Lemay découvre sa passion pour l’écriture et son intérêt pour le journalisme. Il collabore ainsi à quelques périodiques, dont la Vérité de Québec, où il est stagiaire durant l’été de 1897 à l’invitation de l’intellectuel ultramontain Jules-Paul Tardivel*, directeur et propriétaire-fondateur du journal. D’ailleurs, il ne craint pas de défendre les idées de Tardivel et de susciter certaines polémiques dans le style enflammé qui fera sa renommée. Après avoir hésité entre le journalisme et la prêtrise, il entre finalement chez les franciscains le 19 août 1898. Il prend le nom d’Hugolin-Marie et est ordonné prêtre le 25 juillet 1903, à Montréal.

En décembre 1905, l’archevêque de Montréal, Mgr Paul Bruchési, déclenche une grande campagne de tempérance et en confie la direction aux franciscains, ordre réputé pour la qualité de ses prédicateurs. S’étant déjà fait remarquer par sa plume bien aiguisée, par ses talents d’orateur, ainsi que par son tempérament fougueux, Hugolin est choisi pour faire partie du triumvirat (probablement avec les pères Ladislas Minette et Joachim-Joseph Monfette) chargé d’animer la campagne. Il se démarque rapidement par son ardeur, assurant une très large diffusion à ses nombreux écrits sur la tempérance qui prennent les formes les plus diverses. Il rédige entre autres des brochures (Si femme savait ! Si femme voulait ! Femme contre intempérance, publié à Montréal en 1907 et tiré à 40 000 exemplaires), des tracts, des pièces de théâtre (les Manifestes électoraux, paru à Montréal en 1909), des articles de journaux et de revues (par exemple, il en écrit 32 pour l’Action sociale entre 1908 et 1910). Il est également l’auteur d’un volume intitulé Bibliographie des ouvrages concernant la tempérance […] imprimés à Québec et à Lévis depuis l’établissement de l’imprimerie [1764] jusqu’à 1910, publié à Québec en 1911, mais d’abord paru par tranches dans le Bulletin des recherches historiques de Lévis, de juillet 1910 à août 1911. On lui confie aussi la direction de la revue la Tempérance, organe officiel de la campagne établi à Montréal, dont le tirage se chiffre, sous sa gouverne, entre 22 000 et au moins 39 000 exemplaires. Il occupe cette fonction de 1911 à 1912 et de 1916 à 1918.

Sévèrement atteint par la tuberculose en 1912–1913, expérience marquante dont il a témoigné dans le petit ouvrage De la mort à la vie, publié à Montréal en 1916, le père Hugolin est obligé de suivre une longue cure de repos et de réorienter sa carrière. Il se dirige alors vers le domaine de la bibliographie, dont il a appris les méthodes en autodidacte au cours de recherches menées durant la campagne de tempérance. Bien que son projet ultime consiste à dresser un inventaire général des imprimés canadiens, ses nombreuses bibliographies portent essentiellement sur les activités des franciscains au Canada. L’ouvrage intitulé Bibliographie franciscaine : inventaire des revues, livres, brochures et autres écrits publiés par les franciscains du Canada de 1890 à 1915, d’abord paru à Québec en 1916, puis augmenté en 1932 et en 1936, constitue ainsi son œuvre majeure. Au nombre de ses publications figurent en outre des recueils d’articles déjà parus, dont Horizons et Pensées, publié à Montréal en 1925, des études historiques et bibliographiques sur l’apostolat des récollets en Nouvelle-France, ainsi que des biobibliographies de franciscains canadiens importants.

L’excellence des travaux du père Hugolin lui vaut d’être élu membre de la Société royale du Canada en 1928 et d’être envoyé, en 1933, au collège Saint-Bonaventure de Quaracchi, à Florence, pour participer à un grand projet de compilation bibliographique des œuvres franciscaines depuis les origines. Ce collège est un important centre de recherche franciscain dans les domaines de la philosophie, de la théologie, de l’histoire et de la philologie. Hugolin profite par ailleurs de son passage en Europe pour mener des recherches dans différents dépôts d’archives sur le père Louis Hennepin*, un récollet entre autres célèbre pour ses controversés récits de voyage en Louisiane. Il poursuit ses études sur Hennepin à son retour au pays en 1936 et en publie le résultat l’année suivante, à Montréal, sous le titre Bibliographie du père Louis Hennepin, récollet : les pièces documentaires, ouvrage dans lequel il tente de réhabiliter le religieux.

Grâce à l’expertise qu’il acquiert au fil des années, Hugolin est nommé, en 1936, bibliothécaire provincial des franciscains du Canada. À ce titre, il remplace la classification décimale de Dewey par une classification alphabétique adaptée aux besoins particuliers des bibliothèques de son ordre. De ce travail résulte le Tableau de classification pour les bibliothèques des Frères mineurs du Canada, publié à Montréal en 1937. La même année, Ægidius Fauteux* l’invite à faire partie du corps professoral de la nouvelle École des bibliothécaires, affiliée à l’université de Montréal. Il accepte l’offre avec enthousiasme. Au dire du franciscain Onésime Lamontagne, ancien étudiant de cette école, Hugolin « y a laissé l’impression d’une compétence rare et d’une spontanéité débordante et brillante ». La mort vient le surprendre le 25 juin 1938, à l’âge de 60 ans, deux jours à peine après sa dernière visite à la Bibliothèque de la ville de Montréal.

Georges Robitaille, qui écrit une biographie du père Hugolin pour la Société royale du Canada peu après son décès, souligne que l’homme « n’aimait guère les coteries et les petites chapelles » et qu’il cachait l’amour qu’il éprouvait pour ses frères en religion « sous un extérieur rude, parfois violent ». Selon Marie-Claire Daveluy*, professeure à l’École des bibliothécaires, dont le père Odoric Bouffard rapportera les propos, cette impétuosité ne le privait cependant pas d’un « sens de l’humour et du pittoresque qui faisait du bibliophile, du bibliographe et du bibliothécaire qu’était le P. Hugolin Lemay, une figure originale, agréable ».

Le père Hugolin Lemay laisse une œuvre imposante. À titre indicatif, sa propre bibliographie comptait déjà, en 1932, 70 livres et brochures, et plus de 260 articles de périodiques. Cette bibliographie témoigne des deux dimensions principales de son héritage. D’une part, on se souvient du prédicateur qui fustige l’alcoolisme et ses méfaits. Comme le souligne Omer Héroux* dans un éditorial du Devoir, le 27 juin 1938 : « Pour la foule d’il y a vingt-cinq et même trente ans, le P. Hugolin, c’était le grand apôtre de la tempérance […] Et c’est par là surtout, de toute évidence, que son nom vivra dans les milieux populaires. » D’autre part, on se rappelle l’intellectuel comme pionnier dans les domaines de la bibliothéconomie et de la bibliographie au Québec.


Maxime Forcier

Arch. des franciscains (Montréal), B31.1 (dossier du personnel), 52 (Hugolin Lemay), post mortem ; 17Q (fonds Hugolin Lemay) ; Reg. 1K (sépultures), 35.— BAnQ-E, CE502-S13, 22 sept. 1877.— Le Devoir, 27–28 juin 1938.— La Presse, 27 juin 1938.— Odoric Bouffard, « Lemay, père Hugolin-M. », dans C’était mon frère... Soixante-quinze ans de vie franciscaine au Canada, 1890–1965, Bertrand Saint-Pierre et Léandre Poirier, édit. (Montréal, 1965), 274–275.— DOLQ, 2 : 91, 656–657, 749–750.— Encyclopedia Canadiana, K. H. Pearson et al., édit. ([éd. rév.], 10 vol., Toronto, 1975).— Père Hugolin [Stanislas Lemay], Bibliographie du R. P. Hugolin, O.F.M., de la Société royale du Canada (Montréal, 1932).— Onésime Lamontagne, « l’Ami des livres », dans Ils étaient des nôtres ([Trois-Rivières, Québec], 1953), 19–27.— Léandre Poirier et Jean Hamelin, « Hugolin Lemay et Conrad Morin, pionniers en histoire et en bibliographie », dans les Franciscains au Canada, 1890–1990, sous la dir. de Jean Hamelin (Sillery [Québec], 1990), 285–294.— Georges Robitaille, « le Père Hugolin Lemay (1877–1938) », SRC, Mémoires, 3e sér., 33 (1939), proc. : 135–138.— Wallace, Macmillan dict.

Bibliographie générale

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Maxime Forcier, « LEMAY, HUGOLIN (baptisé Stanislas) (Hugolin-Marie ; père Hugolin Lemay)  », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lemay_hugolin_16F.html.

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Auteur de l'article:   Maxime Forcier
Titre de l'article:   LEMAY, HUGOLIN (baptisé Stanislas) (Hugolin-Marie ; père Hugolin Lemay)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2014
Année de la révision:   2014
Date de consultation:   23 novembre 2014