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LE PESANT, ainsi nommé à cause de sa corpulence, connu aussi comme LOurs, grand chef des Outaouais du Sable ; il provoqua des guerres entre les tribus, à Détroit, en 1706 ; circa 1703–1712.

Dans une tentative d’exploiter le poste de Détroit aux dépens de Michillimakinac, Cadillac [Laumet] y attira, peu après 1701, le clan de Le Pesant. Au cours de l’été de 1703, le chef et d’autres Outaouais se rendirent à Montréal pour se plaindre à Rigaud de Vaudreuil de la situation dans laquelle ils se trouvaient : Cadillac avait promis que les Jésuites viendraient à Détroit, et aucun n’était encore arrivé. Le Pesant fit aussi valoir que Détroit n’était pas le poste important que Cadillac avait fait miroiter à leurs yeux et qu’une hausse des prix y était à craindre. Plus tard, au cours de la même année, il reprit les mêmes griefs devant Cadillac lui-même.

En juin 1706, survint un incident qu’on désignera par la suite comme l’affaire Le Pesant. Il régnait, entre les Outaouais d’une part, les Miamis et les Hurons des environs de Détroit d’autre part, une animosité dont Miscouaky et d’autres après lui ont fourni plusieurs raisons. En route pour aller guerroyer contre les Sioux, les Outaouais apprirent que les Miamis et les Hurons comptaient profiter de leur absence pour piller leurs établissements. Ils retournèrent donc à Détroit où Le Pesant et Outoutagan, qui revenaient probablement de Michillimakinac, les rejoignirent. Sous leur conduite, les Outaouais surprirent huit chefs miamis près du fort et en massacrèrent sept, tandis que le huitième réussissait à s’échapper et courait avertir les siens qui, avec les Hurons, cherchèrent refuge dans l’enceinte du fort. Dans cet engagement, les Outaouais tuèrent accidentellement le père Constantin Delhalle et un soldat du nom de La Rivière.

Cadillac, qui n’avait pas prévu cette crise, était alors à Québec et Véniard de Bourgmond, l’enseigne qu’il avait laissé en charge, décida de ne pas agir. Aussi, pendant les semaines qui suivirent, les escarmouches continuèrent entre les Outaouais et les forces conjuguées des Miamis et des Hurons. L’intervention des deux petites garnisons de Détroit et de Michillimakinac n’aurait certes pas été sans risques, mais l’inaction des Français eut pour effet l’échec des tentatives de négociations et la mort d’un grand nombre d’Indiens. Au retour de Cadillac, Le Pesant et d’autres Outaouais s’enfuirent à Michillimakinac, sachant que la mort des deux Français donnerait lieu à des représailles.

L’agitation régna dans l’ouest du pays toute l’année suivante, tandis que s’établissait un va-et-vient de délégations indiennes et françaises entre Michillimakinac, Montréal et Détroit. Vaudreuil insista pour que Le Pesant, à qui on faisait porter tout le blâme de l’affaire, fût livré aux Français. Les chefs outaouais hésitaient à se plier à ses exigences, tout en admettant que Le Pesant méritait un châtiment. Outoutagan avertit Vaudreuil, en juin 1707, que le « gros ours » avait des alliances avec toutes les tribus des pays d’en haut. L’organisation même des tribus s’opposait à cet échange, comme l’observait Vaudreuil : « les Sauvages ne sont pas asséz autorizées entreux estant tous aussy grands maîtres les uns que les autres, pour pouvoir remettre quelqu’un ». Une expédition punitive aurait eu pour conséquence de jeter les Outaouais dans les bras des Iroquois. Vaudreuil voulut éviter une décision précipitée et pria Cadillac de régler lui-même l’affaire sur place. Après avoir tenu conseil à Détroit en août 1707, les Outaouais se mirent finalement d’accord pour aider à l’arrestation de Le Pesant. Jean-Paul Legardeur de Saint-Pierre et Pierre d’Ailleboust d’Argenteuil, accompagnés de Kinongé, Koutaoiliboe et d’autres chefs, se rendirent à Michillimakinac, s’emparèrent de Le Pesant et le menèrent à Détroit.

Vaudreuil, tenant pour acquis que le chef serait exécuté, avait délégué à Cadillac tout pouvoir sur Le Pesant. Peu de temps après son arrivée à Détroit, Le Pesant s’évada en sautant la palissade. Vaudreuil ne voulut pas croire que le corpulent chef de 70 ans eût pu s’échapper ainsi d’un fort étroitement gardé et il soupçonna Cadillac d’avoir favorisé sa fuite. En arrêtant Le Pesant, Cadillac avait réaffirmé l’autorité française, mais, en le laissant fuir, il regagnait la faveur des Outaouais qui étaient des alliés de longue date et des partenaires importants dans le commerce des fourrures. Vaudreuil convint que Cadillac avait sans doute eu raison de laisser partir Le Pesant, car l’alliance avec les Outaouais serait inestimable dans l’éventualité d’une coalition des Miamis, des Hurons et des Iroquois contre les Français. Toutefois, dans les rapports qu’il soumit au ministre, Vaudreuil soulignait que, conformément à son habitude, Cadillac faisait preuve d’un manque de franchise qui empêchait de voir clair dans la situation. De plus, il soupçonnait Cadillac de vouloir se tailler un empire dans les pays d’en haut.

Dans presque toutes les versions, Le Pesant apparaît comme le vilain de l’affaire, bien que les Outaouais aient été justifiés, semble-t-il, de soupçonner les Miamis de perfidie. Toutefois, si l’on eût admis cette dernière interprétation, Cadillac, en tant que commandant de Détroit, n’aurait pas paru à la hauteur de la situation. Il semble avoir trouvé en Le Pesant, avec qui il avait déjà eu des démêlés, un bouc émissaire de choix. Cadillac s’est certainement montré injuste en rejetant sur le chef indien toute la responsabilité de la première attaque. Dans son rapport final sur l’affaire, Clairambault d’Aigremont faisait remarquer, en parlant des Outaouais, que « leurs chefs ne sont pas en droit de dire aux autres faites telle chose, mais seulement il seroit a propos de faire telle chose sans nommer personne, car autrement ils n’en feroit rien estant ennemis de toute contrainte ». Tout craint et respecté qu’il était, Le Pesant n’aurait pu convaincre les autres Indiens d’attaquer contre leur gré. En tenant le chef pour seul responsable, Cadillac tournait l’affaire à son avantage : en retour de son pardon, il insista pour que les Outaouais qui étaient encore à Michillimakinac viennent se fixer à Détroit, loin de l’influence des Jésuites qu’il n’aimait pas.

Vaudreuil lui-même admit en 1707 que Cadillac, en dépit de ses manœuvres, semblait avoir réglé l’affaire d’une façon satisfaisante, mais les événements devaient rapidement le contredire. En 1708, Le Pesant habitait de nouveau Détroit, et les Miamis, irrités de ce qu’il n’avait pas été exécuté comme on le leur avait promis, attaquèrent le fort en guise de vengeance. Selon Vaudreuil, « Cadillac [...] pour faire une action d’éclat, et quil a creü luy devoir faire honneur, a tout gaté ». Le Pesant demeura à Détroit pendant quelques années mais ne joua pas de rôle prépondérant dans les affaires du fort. En 1712, le père Joseph-Jacques Marest écrivait de Michillimakinac que Le Pesant avait quitté Détroit pour s’installer sur l’île Manitoulin, patrie de la nation outaouaise.

Donald Chaput

Les récits de plusieurs des principaux participants, indiens ou français, ne concordent pas sur les causes de l’attaque, le partage des responsabilités et le rôle que jouèrent Cadillac et Vaudreuil dans cette affaire. Les études ultérieures reflètent cette confusion.

AN, Col., C11A, 24, f.259 ; 26, ff.75–79, 106–116, 124, 138–141 ; 28, ff.3–60 ; 29, ff.25ss.— Correspondance de Vaudreuil, RAPQ, 1939–40 : 389.— Charlevoix, History (Shea), V : 185–190.— Découvertes et établissements des Français (Margry), V : 294–300.— Michigan Pioneer Coll., XXXIII : 258–285, 288–294, 319–336 (le récit complet de cette affaire se retrouve dans cet ouvrage, mais la présentation en est confuse et quelques-unes des traductions laissent fort à désirer).— NYCD (O’Callaghan et Fernow), IX : 809.— Wis. State Hist. Soc. Coll., XVI : 240–243.— C. M. Burton, Fort Pontchartrain du Detroit — 1701 to 1710 — under Cadillac, Michigan Pioneer Coll., XXIX (1899) : 240–317, présente un long résumé de cette affaire et, d’une manière générale, accepte sans réserve la version des événements qu’en donne Cadillac. Le meilleur récit de seconde main est celui de Jean Delanglez, Cadillac, proprietor of Detroit, Mid-America, XXXII (1950) : 226–258, mais l’auteur, un jésuite, est loin d’être objectif quand il étudie le rôle de Cadillac et on note des erreurs dans les détails ethnographiques.— Sheldon, Early history of Michigan, allie la narration et les renseignements de premiere main, mais la traduction est médiocre, il manque des dates et l’interprétation est erronée.  [d. c.]

Bibliographie générale

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Donald Chaput, « LE PESANT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/le_pesant_2F.html.

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Auteur de l'article:   Donald Chaput
Titre de l'article:   LE PESANT
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   21 octobre 2014