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JONES, PETER (connu en sauteux sous le nom de Kahkewaquonaby, qui signifie « plumes sacrées » ou « plumes sacrées et ondoyantes » ; connu aussi en agnier sous le nom de Desagondensta, qui signifie « il fait tenir le peuple debout »), chef sauteux de la tribu des Mississagués, membre du totem de l’Aigle, ministre méthodiste, fermier, écrivain et traducteur, né le 1er janvier 1802 à Burlington Heights (Hamilton, Ontario) ; le 8 septembre 1833, à New York, il épousa Elizabeth Field*, et ils eurent cinq fils, dont quatre survécurent à la première enfance ; décédé le 29 juin 1856 près de Brantford, Haut-Canada.

Peter Jones, né dans un wigwam à Burlington Heights, était le fils cadet d’Augustus Jones*, arpenteur à la retraite, et de Tuhbenahneequay (Sarah Henry), qui avait alors 22 ans et était la fille du chef mississagué Wahbanosay. Peu après sa naissance, il reçut de Wahbanosay le nom de Kahkewaquonaby. Comme Augustus Jones était légalement marié à Sarah Tekarihogen (Tekerehogen), fille du plus grand des chefs agniers, Henry Tekarihogen*, il confia Peter et son frère aîné John* à Tuhbenahneequay. Jusqu’en 1816, elle les éleva dans la religion et les coutumes de son peuple. Parmi les Mississagués, Kahkewaquonaby apprit à chasser, à pêcher et à voyager en canot et se tailla une réputation d’excellent chasseur.

Augustus Jones ne se désintéressait pas pour autant du sort de ses fils. En 1805, il avait obtenu de la bande des Mississagués un titre qui garantissait à chacun d’eux une concession de deux milles carrés à l’embouchure de la rivière Credit, mais il ne parvint pas à faire reconnaître ce transfert de propriété par le gouvernement. Onze ans plus tard, voyant que la bande, qui habitait à l’extrémité ouest du lac Ontario, se désintégrait (la population déclinait et le gibier se faisait rare), il prit ses deux fils mississagués sous sa garde. Il envoya Kahkewaquonaby dans une école située près de sa ferme de Stoney Creek. Connu à partir de ce moment sous le nom de Peter Jones, le jeune Mississagué y apprit à parler l’anglais, à le lire et à l’écrire. Lorsqu’en 1817 Augustus Jones alla s’établir avec sa famille iroquoise sur ses grandes terres de la rivière Grand, il emmena avec lui Peter, jeune garçon robuste de 15 ans. Dans la ferme qu’il possédait là-bas, il lui enseigna à s’occuper de ses volailles et de son bétail et à cultiver la terre. Peter aimait les Iroquois et se plut pendant les sept années qu’il passa parmi eux. Comme sa belle-mère appartenait à une grande famille agnière, il fut adopté par cette tribu, qui lui donna le nom de Desagondensta. À la maison, avec son père, sa belle-mère et huit demi-frères et demi-sœurs, il parlait l’anglais et n’apprit jamais l’agnier.

La religion chrétienne n’attira pas Jones pendant son adolescence, même si, à la demande de son père, il se fit baptiser dans la religion anglicane en 1820. Il confessa plus tard, avec une assez belle franchise, qu’il avait accepté le baptême entre autres parce qu’il souhaitait bénéficier ainsi de « tous les privilèges des habitants blancs ». De son propre aveu, le baptême ne modifia nullement sa vie, puisqu’il demeura « le même jeune Indien indiscipliné qu’auparavant ». À l’âge de 20 ans, poussé par l’ambition, il décida de retourner à l’école. Durant tout l’été de 1822, il travailla dans une briqueterie près de Brantford pour amasser l’argent nécessaire à ses frais de scolarité. L’hiver suivant, il étudia l’arithmétique et l’orthographe, après quoi, au printemps de 1823, il retourna à la ferme de son père. Déterminé à se tailler une place dans le monde des Blancs, il espérait entrer un jour dans la traite des fourrures à titre de commis. Il l’aurait peut-être fait si une assemblée méthodiste, tenue en plein air, n’avait pas changé le cours de son existence.

Par simple curiosité, Jones assista en juin 1823, en compagnie de sa demi-sœur Polly, à une assemblée tenue en plein air pendant cinq jours par l’Église méthodiste épiscopale dans le canton d’Ancaster et, touché par les sermons des chrétiens évangéliques, il se convertit. À la fin de l’assemblée, le révérend William Case, voyant Peter se lever pour manifester sa conversion, s’écria avec joie : « Gloire à Dieu, voici qu’un fils d’Augustus Jones, de la rivière Grand, se tient parmi les convertis ; nous pouvons maintenant travailler à convertir les gens de sa nation ! »

Lorsqu’en 1823 le révérend Alvin Torry vint prêcher à la rivière Grand, il forma une congrégation autochtone autour du chef Thomas Davis [Tehowagherengaraghkwen*] et de Jones. Ce dernier encouragea son peuple à s’établir près des terres du chef, et ce lieu prit le nom de Davisville ou Davis’s Hamlet. Nombre de parents de Jones répondirent à son appel : sa mère, Tuhbenahneequay ; son oncle Joseph Sawyer [Nawahjegezhegwabe*] et sa famille, dont Kezhegowinninne* ; sa demi-sœur Wechikiwekapawiqua et son mari, le chef Wageezhegome [Ogimauhbinaessih*]. Avant la fin de l’année, Jones commença à enseigner à l’école du dimanche et, au printemps de 1824, il aida à construire une chapelle pour la communauté de fidèles, de plus en plus nombreuse. Cet été-là, il fit le vœu de consacrer sa vie au travail missionnaire. À la fin de l’été de 1825, il avait converti plus de la moitié de sa bande au christianisme. À l’automne, le lieutenant-gouverneur, sir Peregrine Maitland, offrit de bâtir pour les convertis un village de 20 maisons sur la rive ouest de la rivière Credit, dans ce qui est maintenant Mississauga. Jones s’installa à cet endroit au début de 1826 et le village, appelé Credit Mission, fut terminé avant l’hiver de 1826–1827. Jones fut mis à l’essai à titre de missionnaire méthodiste itinérant en 1827.

Pendant l’été de 1826, Jones avait persuadé presque tous les membres de sa bande qui ne s’étaient pas encore convertis d’entrer dans l’Eglise méthodiste. La foi de nombre de Mississagués en leur culture et en leur religion se trouvait ébranlée, comme le montre la vie d’un de leurs chefs, Kineubenae*. En une génération, leur population avait diminué de plus de la moitié et ils avaient perdu presque tous leurs territoires de chasse et de pêche. Dans leur inquiétude, ils se tournaient vers Jones, lui confiant sans réserve la conduite et l’administration de leurs affaires. Les autochtones chrétiens sentaient que seuls lui et son frère John, qui parlaient tous deux l’anglais, pouvaient traiter efficacement avec les missionnaires blancs et le département des Affaires indiennes. En janvier 1829, la bande de Credit Mission élut Jones à l’un de ses trois postes de chef, lui assurant ainsi une grande influence, tant au sein du conseil de la bande que comme porte-parole officiel.

Enseigner l’agriculture à son peuple et lui montrer à mener une vie sédentaire se révéla difficile, mais Jones pouvait quand même compter sur des alliés. Son frère John, instituteur du village, devint son assistant le plus précieux. Chaque fois que les intérêts de la bande leur semblaient menacés, ils se rendaient à York (Toronto) pour faire appel au gouvernement. En 1825, ils firent fortement valoir la nécessité de mettre fin à l’intrusion des Blancs sur le territoire de pêche au saumon de la bande, à la rivière Credit. Quand, l’année suivante, le département des Affaires indiennes ne versa pas en entier la rente qu’il devait en vertu de l’entente sur la cession de terres consentie par les Mississagués en 1818 [V. Kineubenae], ils protestèrent avec vigueur. Peter Jones pouvait aussi compter sur sa demi-sœur Polly, qui vivait à la mission, sur la femme de John, l’Iroquoise Kayatontye (Christiana), qui enseignait aux femmes de la bande à tenir maison, et sur la famille de sa nièce Nahnebahwequay*. Parmi les habitants du village, son oncle Joseph Sawyer, le chef Wageezhegome, Samuel Wahbuneeb et les trois frères Herchmer (William, Lawrence et Jacob) avaient tous « vécu à l’occasion parmi les Blancs » et possédaient des connaissances en agriculture. À l’automne de 1827, chaque famille du village avait commencé à cultiver un lot d’un quart d’acre autour de sa maison et participait à la culture d’un champ de 30 acres. Dix ans plus tard, la communauté avait défriché 850 acres de plus.

Le succès obtenu par Jones et les méthodistes à la rivière Crédit fut bientôt connu parmi les Blancs. Lorsque Jones faisait des tournées dans le Haut-Canada afin de recueillir des fonds pour le travail missionnaire, de nombreux Blancs venaient l’entendre. D’après Samuel Strickland*, ses sermons en anglais étaient « aussi éloquents qu’instructifs ». En réponse à ses appels, plusieurs colons blancs versèrent des contributions individuelles et diverses églises donnèrent des présents. Les méthodistes de Vittoria, dans le comté de Norfolk, offrirent un poêle pour chauffer l’école et ceux de la circonscription ecclésiastique des rues York et Yonge remirent une nouvelle charrue à la bande.

Mais Jones ne se déplaçait pas que pour prêcher devant des Blancs. En février 1826, il se rendit à la baie de Quinte : des familles indiennes habitant jusqu’à 30 milles de là vinrent l’écouter, et les méthodistes établirent dans l’île Grape les Indiens qui s’étaient convertis après l’avoir entendu. Parmi les Mississagués des bandes de Belleville et de Kingston que Jones fit entrer dans l’Église méthodiste figuraient Peter Jacobs [Pahtahsega*] et John Sunday [Shah-wun-dais*], qui devinrent tous deux des missionnaires très écoutés chez les Indiens. Grâce à l’affectation de bons missionnaires blancs à la rivière Crédit – d’abord Egerton Ryerson* en septembre 1826 puis James Richardson* – Jones put faire de plus longues tournées missionnaires chez d’autres bandes de Mississagués.

Le succès phénoménal des méthodistes auprès des Mississagués alarmait le lieutenant-gouverneur Maitland et le Conseil exécutif de la province, qui avaient espéré que les convertis autochtones finiraient par adhérer à l’Église d’Angleterre. Mais Jones refusait d’abandonner les méthodistes. Lorsque John Strachan*, le puissant archidiacre anglican d’York, promit, en échange de leur appui, de porter le salaire, de Peter et John Jones au delà de ce que les méthodistes pourraient jamais leur verser, ils déclinèrent tous deux son offre.

Jusqu’à la fin des années 1820, Jones poursuivit sans relâche son travail d’apostolat. Aidé par son frère John, il fut le premier à traduire des extraits de la Bible en sauteux. Il convertit les Mississagués du lac Rice, la plupart des Sauteux du lac Simcoe, plusieurs de Muncey Mission (au sud-ouest de London) et un certain nombre de bandes de Sauteux vivant sur la rive est du lac Huron. En 1829, il fit une tournée dans le nord-est des États-Unis avec William Case et plusieurs autochtones convertis afin de recueillir des fonds pour les missions. Au début de 1831, il s’embarqua pour la Grande-Bretagne avec George Ryerson* afin de faire une tournée missionnaire qui se révéla un grand succès. Comme il l’écrivit à John : « Lorsqu’on annonce une assemblée publique en mentionnant mon nom indien, Kahkewaquonaby, la curiosité est si grande qu’il est sûr que la salle sera pleine. » Pendant l’année qu’il passa outre-mer, il prononça plus de 150 discours et sermons, vêtu de son costume d’Indien, et récolta plus de £1 000 pour les œuvres missionnaires des méthodistes. De plus, il fit appel au ministère des Colonies au sujet des intérêts fonciers des autochtones. Bénéficiant d’une grande attention, il fut reçu en audience privée par le roi Guillaume IV, le 5 avril 1832, peu avant de revenir dans le Haut-Canada.

Au cours de cette tournée, le célèbre Indien fit la connaissance d’Elizabeth Field, une pieuse Anglaise qui vint en Amérique du Nord en 1833 pour l’épouser et qui allait l’accompagner toute sa vie en territoire de mission. Elle l’aidait à copier ses traductions des Écritures en sauteux et enseignait la couture et la foi méthodiste aux jeunes Indiennes. Solide appui pour son mari, qui fut ordonné ministre méthodiste le 6 octobre 1833, elle travailla à européaniser les membres de la bande de la rivière Crédit en leur faisant acquérir les aptitudes et les croyances qui les placeraient sur un pied d’égalité avec les Blancs. Pour le couple Jones, il était absolument certain que le christianisme et la civilisation européenne représentaient la forme supérieure de l’existence humaine.

À la fin des années 1830, Jones et les méthodistes, avec leurs alliés de Grande-Bretagne, sir Augustus Frederick D’Este et le docteur Thomas Hodgkin de l’Aborigines Protection Society, résistèrent à la proposition qu’on leur fit d’installer la bande de la rivière Crédit et d’autres groupes d’Indiens du Sud dans l’île Manitoulin, territoire peu fertile. Cette proposition, que le lieutenant-gouverneur, sir Francis Bond Head*, fut le premier à formuler, était motivé par le désir de protéger les Indiens en les soustrayant complètement à l’influence des Blancs. Mais Jones et d’autres savaient que la plus grande partie de l’île était trop rocailleuse pour être cultivable et que, les Mississagués devraient redevenir chasseurs. À la fin de 1837, Jones se rendit en Angleterre au nom de la bande de la rivière Crédit. Comme la rébellion de 1837–1838 préoccupait le ministère des Colonies, il fut incapable de discuter avant le printemps suivant de la question de ce déplacement ou des revendications foncières des Indiens avec lord Glenelg, secrétaire d’État aux Colonies. Glenelg refusa cependant d’entériner la proposition de Head. Impressionné par l’éloquence du chef autochtone, il lui ménagea une brève audience avec la jeune reine Victoria en septembre 1838. Jones revint au Canada avec sa femme à la fin de l’année.

Head avait quitté le Canada au début de 1838, mais le travail missionnaire des méthodistes fut bientôt exposé à des menaces plus directes. En 1840, l’union fragile des méthodistes canadiens et des wesleyens britanniques se rompit [V. Matthew Richey*]. Jones et la plupart des Sauteux chrétiens demeurèrent avec les méthodistes, mais William Case et plusieurs bandes se rangèrent du côté des wesleyens. La scission des deux Églises, qui ne prit fin qu’avec leur réunion, en 1847, freina l’avance des méthodistes parmi les Indiens. En outre, une opposition au leadership de Jones était apparue à la rivière Crédit au milieu des années 1830 et se manifesta durant toute la décennie suivante. Un bon nombre d’Indiens de l’endroit s’opposaient à être transformés en Anglais à la peau brune. William et Lawrence Herchmer, surtout, se battaient pour demeurer aussi Indiens que chrétiens et protestaient contre la dure discipline imposée aux jeunes. De plus, William Herchmer contestait à Jones le droit de revendiquer en son nom personnel une portion de la terre que la bande lui avait concédée, à lui et à son frère John, en 1805. Par suite de ces querelles internes, les départs du village se multiplièrent à un rythme inquiétant.

Les années 1840 furent difficiles pour Jones. De 1841 à 1849, il fut affecté à Muncey Mission, poste exigeant car il avait la responsabilité de trois tribus de langue différente, des Sauteux, des Loups (Munsees) et des Onneiouts. Sa santé commençait à décliner et, comme un portrait par calotype de 1845 le prouve, il avait pris beaucoup de poids. Pendant plusieurs mois d’affilée, il n’écrivit rien dans son journal, qui par ailleurs rend bien compte du travail missionnaire parmi les Indiens du Haut-Canada. Au cours de sa jeunesse, il avait consacré beaucoup de temps à prendre des notes en vue d’écrire une histoire de sa tribu mais, dans les années 1840, il s’en occupa peu. Même sa troisième tournée missionnaire en Grande-Bretagne, en 1845, ne le remit pas d’aplomb. Il attira encore des foules considérables, plus particulièrement en Écosse, mais ses constants déplacements commençaient à le déprimer. Le 23 octobre, de Glasgow, il écrivit à sa femme : « Je commence à en avoir vraiment assez de quêter. » Selon lui, le public britannique ne s’intéressait qu’à l’exotique Kahkewaquonaby, vêtu selon la « détestable » coutume des autochtones, et non à Peter Jones, l’Indien civilisé qu’il s’était tant efforcé de devenir.

Malgré sa faiblesse, Jones continuait de travailler pour son peuple. En 1840, le conseil de la bande avait commencé à envisager le déplacement du village de Crédit Mission en raison de l’aggravation des problèmes que Jones devait énumérer plus tard : la pression de la colonisation blanche, la rareté du bois, la disposition du village, peu propice à l’agriculture, et le sort incertain qu’on réservait à la prétention de son peuple aux terres de la rivière Crédit. Enfin, en 1847, Jones conduisit plus de 200 membres de sa bande jusqu’à une terre donnée par les Six-Nations, dans le coin sud-ouest de leur réserve, à la rivière Grand. Il travailla dur pour assurer dès le début le succès de New Crédit – c’est ainsi que l’on appela la réserve – et fit appel au gouvernement à plusieurs reprises pour faire affecter au développement de cette réserve les produits de la vente des terres de Crédit Mission. De plus, il s’adressa souvent au département des Affaires indiennes pour obtenir du matériel agricole et pour construire des bâtiments. C’est probablement grâce à l’initiative de Jones qu’une mission méthodiste fut fondée à cet endroit par William Ryerson* en 1848.

Après la réinstallation de son peuple, la santé de Jones ne s’améliora pas. Même si, en 1850, son médecin lui ordonna de se retirer et lui interdit de voyager ou d’« exercer ses fonctions de ministre », il continua à faire de longs voyages : en 1852, il se rendit dans les missions du Nord, situées aux lacs Supérieur et Huron, l’année suivante, à une assemblée missionnaire à New York et, en 1854, à un congrès tenu à Syracuse, dans l’état de New York, auquel assistèrent, selon Jones, 300 à 400 Indiens. En 1851, après avoir demeuré pendant peu de temps à London, les Jones s’étaient installés à Echo Villa, une jolie maison de brique qu’ils avaient construite à une vingtaine de milles au nord de New Crédit, près de Brantford. Né dans un wigwam, Jones passa ses dernières années dans une maison de campagne de style néo-classique. La maladie qui devait lui être fatale se déclara en décembre 1855, à la suite d’une de ses fréquentes visites à New Crédit. Après avoir franchi ce parcours épuisant dans un chariot à bois, il éprouva un malaise mais, décidé à assister à la réunion du conseil qui se tenait le lendemain, il refusa de rentrer à Brantford. À la fin de la réunion, il retourna chez lui à cheval, sous une pluie fine et pénétrante. Dès qu’il atteignit Echo Villa, il dut s’aliter. Malgré des consultations auprès du docteur James Bovell*, de Toronto, il ne se remit jamais et mourut le 29 juin 1856.

La présence de Blancs et d’Indiens aux funérailles de Jones montre le respect que les deux communautés avaient pour lui. Dans sa notice nécrologique, le Globe nota que le convoi funéraire était le plus long jamais vu à Brantford et comprenait « plus de quatre-vingts voitures, plus un grand nombre de Blancs et d’Indiens à pied ». Comme Egerton Ryerson, qui était un de ses amis intimes depuis 30 ans, le déclara dans son oraison funèbre, Jones avait « bénéficié de l’estime de toutes les classes de la société canadienne et [avait] eu accès à chacune d’elles ». Dans son testament, Jones légua à son épouse Echo Villa et une police de £1 000 de la Compagnie d’assurance du Canada sur la vie. Les journaux personnels du missionnaire indien furent édités par sa femme et par le révérend Enoch Wood* et publiés en 1860 par Anson Green* sous le titre de Life and journals [...]. Sa femme édita aussi ses notes historiques, qui parurent en 1861 sous le titre de History of the Ojebway Indians [...]. Elles éclairent d’une manière irremplaçable la situation des premiers Sauteux convertis du Haut-Canada. En 1874, son troisième fils et homonyme, Peter Edmund (Kahkewaquonaby), médecin, devint un des chefs à New Credit.

Tout au long de sa vie, Peter Jones fit beaucoup pour son peuple. Avant qu’il se convertisse au méthodisme, la bande de Mississagués à laquelle il appartenait semblait sur le point de se désintégrer. Toutefois, grâce à son intervention et à celle d’autres missionnaires autochtones et blancs, les habitants de la rivière Credit et nombre d’autres bandes de Sauteux du sud du Haut-Canada parvinrent à s’adapter à la présence européenne.

Donald B. Smith

Plusieurs dépôts d’archives conservent des documents manuscrits produits par Peter Jones ou qui le concernent. La collection Peter-Jones de la Victoria Univ. Library (Toronto) comprend le manuscrit de History of the Ojebway Indians [...] ; son carnet de notes (intitulé « Anecdote book ») ; ses journaux personnels pour les années 1827 et 1828 ; sa correspondance reçue et expédiée parmi laquelle on trouve les lettres qu’il écrivit à sa femme, de 1833 à 1848, et qu’elle transcrivit sur un registre ; et les papiers d’Elizabeth Field Jones Carey. Les UCA conservent d’une part des papiers Jones, dans lesquels se trouvent son autobiographie manuscrite, « Brief account of Kahkewaquonaby, written by himself », et son journal pour l’année 1829 ; et, d’autre part, le Credit Mission record-book. D’autres registres de la mission et les procès-verbaux du Credit Band Council se trouvent dans les papiers Paudash aux APC (RG 10, A6, 1011). Le testament de Jones est conservé aux AO (RG 22, sér. 155).

Les écrits publiés de Jones sont nombreux ; on n’en donnera qu’une sélection représentative et le lecteur désireux de consulter une liste plus complète se référera au National union catalog et à l’ouvrage de J. C. Pilling, Bibliography of the Algonquian languages (Washington, 1891), qui a été réimprimé comme le volume 2 de sa collection Bibliographies of the languages of the North American Indians (9 part. en 3 vol., New York, 1973). Les journaux personnels de Jones, édités après sa mort par Elizabeth Jones et Enoch Wood, ont été publiés sous le titre de Life and journals of Kah-ke-wa-quo-nā-by (Rev. Peter Jones), Wesleyan missionary (Toronto, 1860). L’ouvrage History of the Ojebway Indians ; with especial reference to their conversion to Christianity [...], édité par sa femme, a été publié à Londres en 1861.

Cependant, la plupart des ouvrages de Jones ont été publiés de son vivant. Son article « Removal of the River Credit Indians », relatif au déplacement de sa bande, a paru dans le Christian Guardian, 12 janv. 1848. La plupart de ses autres publications concernent son travail de pasteur et de missionnaire. Plusieurs des sermons et des discours qu’il a prononcés durant son voyage en Grande-Bretagne, en 1831–1832, ont été imprimés sous forme de brochures, parmi lesquelles se trouvent : Report of a speech, delivered by Kahkewaquonaby, the Indian chief, in the Wesleyan Chapel, Stockton-on-Tees, September 20th, 1831 (Stocktonon-Tees, Angl., 1831) ; The sermon and speeches of the Rev. Peter Jones, alias, Kah-ke-wa-quon-a-by, the converted Indian chief, delivered on the occasion of the eighteenth anniversary of the Wesleyan Methodist Missionary Society, for the Leeds District [...] (Leeds, Angl., [1831]) ; et The substance of a sermon, preached at Ebenezer Chapel, Chatham, November the 20th, 1831, in aid of the Home Missionary Society (Maidstone, Angl., s.d.), dont un exemplaire est conservé aux UCA. Plusieurs autres ont été publiés dans le Wesleyan Preacher (Londres) : « A sermon delivered [...] at the Welch Methodist Chapel, Aldersgate Street, on Sunday aftemoon, January 22, 1832 », 1 (oct. 1831–avril 1832) : 265–270 ; « A sermon delivered [...] at Ebenezer Chapel, King Street, Bristol, on Sunday evening, February 5, 1832 » : 422–427 ; et « Farewell sermon delivered [...] at City Road Chapel, on Sunday evening, April 7, 1832, in aid of the funds of the Methodist Sunday schools », 2 (avril–oct. 1832) : 108–115. Une lettre écrite par Jones et datée du 20 juill. 1831 est reproduite aux pages 270–272 du premier volume de cette revue.

Jones, seul ou en collaboration avec son frère John, a traduit, dans la langue des Sauteux, plusieurs ouvrages religieux. Il édita, sous le titre de The Gospel according to St. John (Londres, 1831), une traduction faite par son frère, et tous les deux collaborèrent à la traduction de l’Évangile selon saint Matthieu, publiée dans la langue des Sauteux sous le titre de Mesah oowh menwahjemoowin, kahenahjemood owh St. Matthew (York [Toronto], 1831). Une traduction de Peter, intitulée The first book of Moses, called Genesis, parut à Toronto en 1835. Notons parmi ses autres traductions : Part of the discipline of the Wesleyan Methodist Church in Canada (Toronto, 1835) ; et un certain nombre d’hymnes sauteux, dont Collection of hymns for the use of native Christians of the Chippeway tongue (New York, 1829) ; A collection of Chippeway and English hymns, for the use of the native Indians [...] (Toronto, 1840) ; et Additional hymns translated by the Rev. Peter Jones, Kah-ke-wa-qu-on-a-by, a short time before his death, for the spiritual benefit of his Indian brethren, 1856, publiés après la mort de Jones à Brantford, Ontario, en 1861.

Des miniatures de Peter et d’Elizabeth Jones, peintes en 1832 par Matilda Jones, sont conservées avec les papiers d’Elizabeth dans la collection Peter-Jones de la Victoria Univ. Library. La Scottish National Portrait Gallery (Édimbourg) conserve plusieurs calotypes représentant Jones, notamment celui qui date de 1845 et dont il est fait mention dans la présente biographie.

APC, RG 10, A1, 712.— [Egerton] Ryerson, « Brief sketch of the life, death, and character of the late Rev. Peter Jones », Christian Guardian, 23 juill. 1856.— Methodist Episcopal Church, Canada Conference, Missionary Soc., Annual report (York [Toronto]), 1826 : 6 ; 1827 : 12–13.— Benjamin Slight, Indian researches ; or, facts concerning the North American Indians [...] (Montréal, 1844).— Samuel Strickland, Twenty-seven years in Canada West ; or, the experience of an early settler, Agnes Strickland, édit. (2 vol., Londres, 1853 ; réimpr., Edmonton, 1970), 2 : 59.— Christian Guardian, 25 août, 1er sept. 1852, 13 avril 1853, 18 oct. 1854.— Globe, 4 juill. 1856.— Western Planet (Chatham, Ontario), 4 juill. 1856.— « Calendar of state papers », APC Report, 1935 : 265–268 ; 1936 : 572–573 ; 1937 : 601–608.— Mary Byers et Margaret McBurney, The governor’s road ; early buildings and families from Mississauga to London (Toronto et Buffalo, N. Y., 1982).— Elizabeth Graham, Medicine man to missionary : missionaries as agents of change among the Indians of southern Ontario, 1784–1867 (Toronto, 1975).— Egerton Ryerson, « The story of my life » [...] (being reminiscences of sixty years’ public service in Canada), J. G. Hodgins, édit. (Toronto, 1883).— D. B. Smith, « The Mississauga, Peter Jones, and the white man : the Algonkians’ adjustment to the Europeans on the north shore of Lake Ontario to 1860 » (thèse de ph.d., Univ. of Toronto, 1975).— Alvin Torry, Autobiography of Rev. Alvin Torry, first missionary to the Six Nations and the northwestern tribes of British North America, William Hosmer, édit. (Auburn, N.Y., 1864).— A. E. Kewley, « John Strachan versus Peter Jones », United Church of Canada, Committee on Arch., Bull. (Toronto), 16 (1963) : 16–28.— D. B. Smith, « The transatlantic courtship of the Reverend Peter Jones », Beaver, outfit 308 (été 1977) : 4–13 ; « Eliza and the Reverend Peter Jones » (automne 1977) : 40–46 ; « Peter and Eliza Jones : their last years » (hiver 1977) : 16–23 ; « Historic peace-pipe », outfit 315 (été 1984) : 4–7.

Bibliographie générale

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Donald B. Smith, « JONES, PETER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/jones_peter_8F.html.

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Auteur de l'article:   Donald B. Smith
Titre de l'article:   JONES, PETER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   21 octobre 2014