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HALKETT (Wedderburn), JOHN, administrateur de la Hudson’s Bay Company et auteur, né le 27 février 1768 à Pitfirrane, Écosse, troisième fils de John Wedderburn et de sa deuxième femme, Mary Hamilton ; en 1794, il épousa Anna Todd (décédée en 1805), puis en 1815 sa cousine, lady Katherine Douglas, sœur de Thomas Douglas*, comte de Selkirk ; décédé le 12 novembre 1852 et inhumé à Petersham (Londres).

John Wedderburn prit le nom de Halkett en 1779, à la mort de son cousin sir Peter Halkett, à qui il succéda comme baronnet de Pitfirrane. Apparemment, son fils John Halkett entra à l’University of St Andrews, en Écosse, en 1786, et fut admis au barreau à Édimbourg en août 1789. De 1797 à 1801, il occupa le poste de secrétaire chargé des collations chez son cousin Alexander Wedderburn, 1er baron Loughborough, qui remplissait alors les fonctions de lord chancelier d’Angleterre. En 1801, il fut nommé gouverneur en chef des Bahamas et, en 1803, commandant en chef et gouverneur en chef de Tobago (Trinité et Tobago). À son retour à Londres, il devint le premier à occuper le poste de commissaire en chef des comptes des Antilles.

Avec deux autres cousins, lord Selkirk et Andrew Wedderburn, qui adopta en 1814 le nom de Colvile, Halkett s’intéressa à la Hudson’s Bay Company. Selkirk commença à y acheter des actions en 1808 ; Halkett et Wedderburn firent de même l’année suivante. Halkett fut nommé au comité de Londres de la compagnie en novembre 1811, quelques mois après que celle-ci eut concédé à Selkirk une grande terre qui s’étendait aux abords de la rivière Rouge, dans ce qui est maintenant le Manitoba et le Dakota du Nord, pour qu’il y fonde une colonie. Tant par sa formation que par son tempérament, Halkett était tout désigné pour être le plus important défenseur en Grande-Bretagne des efforts déployés par Selkirk en Amérique du Nord. De 1815 à 1820, il passa donc le plus clair de son temps à tenter de démentir les rumeurs, selon lui trompeuses et fausses, que la North West Company faisait circuler sur la personne et le travail de Selkirk. Ce fut d’ailleurs une période de découragement, étant donné l’indifférence du secrétaire d’État aux Colonies, lord Bathurst, et l’arrogance de l’influent sous-secrétaire, Henry Goulburn. Pour Bathurst, les violences commises en 1815–1816 à la Rivière-Rouge, qui finirent par ruiner la colonie [V. Cuthbert Grant], n’étaient que les manifestations d’une querelle opposant les deux compagnies rivales de traite des fourrures, et c’est en vain que Halkett tenta de le convaincre que les colons britanniques étaient victimes d’un déni de justice. Il lui adressa plusieurs brochures et de longues lettres d’explications pour prouver, à l’aide d’arguments judicieux appuyés de déclarations sous serment et de dépositions, que malgré le pharisaïsme de leurs attaques contre Selkirk c’étaient les Nor’Westers qui avaient provoqué ces événements. Ses lettres, d’un ton sobre, relevaient une à une les incohérences contenues dans les diverses déclarations de la North West Company. Le ton sec des réponses du sous-secrétaire aurait souvent pu le mettre en colère, mais il conserva toujours une attitude calme.

En 1817, Halkett fit paraître hors commerce un texte anonyme, Statement respecting the Earl of Selkirk’s settlement [...], dans lequel il imputait la destruction de la colonie à la North West Company et à ses représentants. La North West Company ne tarda pas à répondre : plus tard la même année, parut en effet une réplique intitulée A narrative of occurrences in the Indian countries of North America [...]. Ce livre, anonyme lui aussi, a été attribué à un employé de la North West Company, Samuel Hull Wilcocke*. En 1818, Halkett fit réimprimer sa brochure en y ajoutant une réponse à la publication de la North West Company. Mais, tout comme les quelques autres partisans de Selkirk, il fut finalement déjoué par les Nor’Westers. En cultivant des relations avec d’importants leaders du monde politique et judiciaire autant en Angleterre que dans les Canadas, Simon* et William* McGillivray, représentants de la North West Company à Montréal, parvinrent en effet à leur faire adopter plus ou moins leur point de vue. Profitant de ces bonnes dispositions, de subtilités juridiques et de la lenteur des tribunaux canadiens, les Nor’Westers qui avaient commis des actes de violence demeurèrent impunis. Rétrospectivement, il semble que Halkett avait raison de déclarer à Bathurst en 1819 que Selkirk avait été « traité avec une injustice manifeste et flagrante ».

Selkirk mourut en 1820 et, à l’automne de 1821, Halkett se rendit à Montréal comme l’un de ses exécuteurs testamentaires. Deux anciens Nor’Westers, mécontents de ce qu’il avait publié à leur sujet, se chargèrent d’animer son séjour. Le 18 octobre, Alexander Greenfield Macdonell* l’attendit à la sortie de son hôtel et le menaça d’une cravache. Halkett le fit arrêter et, par mesure de prudence, s’arma d’une paire de pistolets. Le soir du même jour, Jasper Vandersluys l’attaqua et le fouetta à deux reprises avant que Halkett ne tire sur lui et ne le blesse. Vandersluys l’accusa de « voies de fait avec intention de tuer », mais retira sa plainte plus tard.

En mai 1822, après être allé à Washington pour s’occuper de la portion américaine de la concession de Selkirk, Halkett revint à Montréal, décidé à se rendre dans la colonie de la Rivière-Rouge et à lui donner une nouvelle chance. Parti en canot le 15 mai avec John McLoughlin et le nouveau gouverneur de la colonie, Andrew H. Bulger, il arriva à destination à la fin de juin. Il trouva les colons démoralisés et certains prêts à se révolter. Des sauterelles avaient détruit les récoltes de l’année précédente, les bisons étaient rares et les Sioux avaient assassiné plusieurs personnes aux alentours de Pembina (Dakota du Nord), dans le sud de la colonie. Halkett assura les colons que les promesses de lord Selkirk seraient tenues. Ceux-ci devaient par exemple recevoir des animaux de ferme et bénéficier d’un prix fixe sur les marchandises et les céréales. Halkett fit aussi réduire les versements d’intérêts sur les emprunts et diminua les loyers. Pour promouvoir la prospérité de la colonie de la Rivière-Rouge, il ferma les bâtiments administratifs et le poste de la Hudson’s Bay Company à Pembina, et demanda à Mgr Joseph-Norbert Provencher d’y fermer la mission catholique. Selon Provencher, Halkett se montra arrogant avec les missionnaires, et sa visite fit plus de tort que de bien. Cette critique était injuste. La proposition d’abandonner Pembina était judicieuse, du fait que ses habitants se trouvaient hors de la juridiction de la loi britannique et que les Sioux avaient déjà tué dix personnes dans la région. En 1823, le père Sévère Dumoulin fut rappelé de Pembina et la mission ferma ses portes.

Après une brève tournée à l’ouest de la colonie, Halkett partit en canot pour York Factory (Manitoba) où, le 20 août 1822, il présida une réunion du conseil du département du Nord de la Hudson’s Bay Company. On y adopta des résolutions sur l’éducation et sur l’octroi de terres aux familles sang-mêlé de trafiquants de fourrures dans la colonie de la Rivière-Rouge. Par ses idées libérales et son ardent appui à la colonie, Halkett contribua beaucoup à calmer le mécontentement des colons. En fait, sans son attention et l’influence qu’il exerçait au sein de la compagnie, la plupart des colons se seraient probablement installés dans les Canadas ou aux États-Unis, faisant ainsi échouer l’entreprise de Selkirk.

De retour en Angleterre en 1822, Halkett continua en tant qu’administrateur de la Hudson’s Bay Company de s’intéresser à l’Amérique du Nord britannique. La gentillesse manifestée aux colons par le chef sauteux Peguis* et sa bande lui avait fait une heureuse impression. Il tenait les Indiens en haute estime mais, se souvenant des événements de 1815–1816, il méprisait les Métis, des « brigands » selon lui. Désapprouvant la Hudson’s Bay Company de vendre de l’alcool aux autochtones, il recommanda d’interdire cette pratique. Ces vues furent favorable ment accueillies par le comité de Londres, où prédominaient des hommes aux forts sentiments humanitaires, et c’est grâce à ce comité que la traite de l’eau-de-vie disparut peu à peu. En 1825, Halkett publia Historical notes respecting the Indians of North America : with remarks on the attempts made to convert and civilize them [...]. Adoptant un point de vue favorable aux Indiens et s’inspirant des écrits de Claude-Charles Le Roy* de La Potherie, dit Bacqueville de La Potherie, de Pierre-François-Xavier de Charlevoix* et d’autres, il y énonçait des propositions en vue « du progrès civil et religieux » des Indiens. Il recommandait de considérer le mode de vie des autochtones avec plus de bienveillance et de n’introduire des changements qu’avec lenteur et prudence, attitudes qui ne guident que depuis peu les relations avec les Indiens. Intéressé par la culture autochtone de l’Amérique du Nord, il possédait une collection d’objets façonnés par des aborigènes.

John Halkett se retira du comité de Londres de la Hudson’s Bay Company au printemps de 1848. Il mourut quatre ans plus tard, laissant dans le deuil quatre fils nés de son second mariage. À ce moment-là, il apparaissait que la colonie de la Rivière-Rouge, qu’il avait contribué à faire grandir, commençait à se considérer comme la métropole de l’ouest de l’Amérique du Nord britannique.

Shirlee Anne Smith

John Halkett est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la controverse entourant les événements à la Rivière-Rouge en 1815 et 1816. Il publie à Londres en 1817, Statement respecting the Earl of Selkirk’s seulement of Kildonan, upon the Red River, in North America ; its destruction in the years 1815 and 1816 ; and the massacre of Governor Semple and his party, puis il prépare une édition élargie du même volume, qui paraît sous le titre de Statement respecting the Earl of Selkirk’s seulement upon the Red River [...] with observations upon a recent publication, entitled A narrative of occurrences in the Indian countries, &c. (Londres, 1817 ; New York, 1818 ; réimpr., East Ardsley, Angl., et New York, 1968, et [Toronto, 1970]) dont on a tiré une traduction française intitulée Précis touchant la colonie du lord Selkirk, sur la rivière Rouge, sa destruction en 1815 et 1816, et le massacre du gouverneur Semple et de son parti [...] (Montréal, 1818). Il est également l’auteur de Postscript to the statement respecting the Earl of Selkirk’s settlement upon the Red River, in North America qui paraît à Montréal en 1818. Une série de ses lettres est publiée à Londres, probablement en 1819, sous le titre de Correspondence in the years 1817, 1818, and 1819, between Earl Bathurst, and J. Halkett, Esq. on the subject of Lord Selkirk’s settlement at the Red River, in North America. Ses réflexions sur les peuples autochtones de l’Amérique du Nord sont contenues dans Historical notes respecting the Indians of North America : with remarks on the attempts made to convert and civilize them [...] (Édimbourg et Londres, 1825). Par ailleurs, il existe une collection de sa correspondance qui remonte à l’époque où il était aux Antilles britanniques intitulée [Ten holograph letters and two enclosures from John Halkett, governor of the Bahamas, to Admiral, Sir J. T. Duckworth, commander-in-chief at Jamaica] (New Providence, Bahamas, 1802–1804).

APC, MG 19, E1, sér. 2 (mfm aux PAM).— PAM, HBCA, A.1/50 : f° 47 ; A.1/53 : fos 25d–26 ; A.8/1 : fos 14–14d, 19–19d ; A.10/4 : f° 393 ; A.10/9 : f° 408 ; A.43/7 : f° 2 ; A.44/3 : f° 80 ; Copies, Letters Red River settlement, VII, 160a : 1030--–1033, 1051b–1067, 1083, 1085–1086, 1090, 1094–1096.— HBRS, 1 (Rich) ; 3 (Fleming).— [S. H. Wilcocke], A narrative of occurrences in the Indian countries of North America [...] (Londres, 1817 ; réimpr., East Ardsley, Angl., et New York, 1968).— Andrew Wedderburn, The Wedderburn book : a history of the Wedderburns [...] 1296–1896 (2 vol., s.l., 1898).-J. M. Gray, Lord Selkirk of Red River (Londres, 1963).— C. [B.] Martin, Lord Selkirk’s work in Canada (Oxford, Angl., 1916).— Rich, Hist. of HBC.

Bibliographie générale

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Shirlee Anne Smith, « HALKETT, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/halkett_john_8F.html.

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Auteur de l'article:   Shirlee Anne Smith
Titre de l'article:   HALKETT, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   21 novembre 2014