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FILIASTRE, LUC, prêtre, récollet, commissaire provincial, né à Rouen en 1646, décédé à Québec le 15 septembre 1721.

Filiastre entre chez les Récollets de la province de Saint-Denis en 1668, reçoit la tonsure et les ordres mineurs dans sa ville natale le 19 septembre 1670, le sous-diaconat le 2 février 1671 et la prêtrise l’année suivante.

Le père Luc arrive au Canada en septembre 1677 avec le père Valentin Leroux, commissaire provincial, et deux autres récollets. Dès son arrivée, il se livre au ministère paroissial. On le rencontre à Charlesbourg en juillet 1678, à Saint-François-du-Lac le 25 juillet 1680, à la rivière Saint-Michel le 28 janvier 1681. Il se dit « directeur du Tiers-Ordre » lors de la signature du procès verbal de la prise de possession par les Récollets du terrain de la sénéchaussée, paraphé à Québec le 12 novembre 1681. Au cours de l’été de 1682, il remplit la fonction de chapelain du gouverneur général, et va rencontrer à Montréal les Indiens descendus pour la traite des pelleteries. Avec François Dollier de Casson, supérieur des Sulpiciens, il assiste à l’audience donnée par Frontenac [Buade*] au député des cinq tribus iroquoises, et en contresigne le procès-verbal.

Par acte capitulaire du 13 juin 1683, les Récollets de Notre-Dame-des-Anges déléguèrent auprès du nouveau gouverneur, M. de La Barre [Le Febvre*], alors absent de Québec, les pères Luc Filiastre et Joseph Denys pour «l’informer de notre conduite pacifique et soumise, en attendant qu’il plaise à sa Majesté de nous faire jouir sans trouble et empêchement du bienfait que nous avons reçu de sa bonté », à savoir la concession du terrain de la sénéchaussée. Cette démarche fut décidée à la suite de l’injonction épiscopale prescrivant aux Récollets d’abattre le clocheton de leur hospice de Québec [V. Henri Le Roy].

Après cette délicate mission, le père Luc se rendit en France à l’automne de 1683. À Paris, il prêcha l’Avent de 1687 et le Carême de 1688 à la paroisse de la Villette. En 1689, il s’embarqua pour le Canada, accompagnant Frontenac qui revenait en Nouvelle-France ; l’Ambuscade et le Fourgon arrivèrent à Chedabouctou le 12 septembre et le père Luc devait être à Québec un mois plus tard. Filiastre cumulait les charges de commissaire provincial et de gardien du couvent Notre-Dame-des-Anges de Québec, car, depuis 1670, la même personne remplissait simultanément ces deux fonctions.

Divers événements marquèrent l’administration du nouveau commissaire qui devait s’occuper de toutes les missions des Récollets en Nouvelle-France. À Terre-Neuve, l’établissement français de Plaisance (Placentia), desservi par sa communauté depuis neuf mois seulement, fut pillé en février 1690 par les flibustiers anglais. Au mois d’août suivant, à Percé, autre poste confié aux Récollets, des forbans de la Nouvelle-Angleterre incendièrent l’église, la résidence des missionnaires et les maisons environnantes. Moins de deux mois plus tard, une escadre anglaise sous les ordres de Phips* assiégea Québec.

À ces angoisses s’ajouta la cession involontaire de son propre couvent à Mgr de Saint-Vallier [La Croix]. Ce dernier, en effet, venait de fonder l’Hôpital Général de Québec, provisoirement établi dans une maison appartenant aux filles de Marguerite Bourgeoys*, et cherchait un bâtiment et un terrain plus vaste ; il fixa son choix sur le couvent des Récollets de Québec. Il leur proposa de lui vendre Notre-Dame-des-Anges en leur permettant de remplacer leur hospice par un couvent régulier et en leur donnant une « somme de huict mille livres monoye de ce pays ». Le définitoire du couvent royal de Versailles donna son accord à cette transaction. Le père Filiastre et ses confrères acceptèrent cette proposition, mais avec regret et par crainte de s’aliéner la bienveillance du prélat. Le 13 septembre 1692, le père Hyacinthe Perreault*, nouveau commissaire provincial, signa le contrat de vente. Frontenac, dans une lettre du 10 octobre 1692 au provincial et aux définiteurs de la province de Saint-Denis, souligna clairement cette crainte : « J’ay eu peutestre plus de répugnance que pas un des Peres de vostre ordre de vous voir perdre un couvent à la batisse & l’embellissement duquel j’avois un peu contribué, mais d’un autre costé, voyant l’impossibilité qu’il avoit de conserver dans le cœur de Mr l’evesque les bons sentiments qu’il avoit pour vous si l’on refusoit Pechange qu’il proposoit, & considerant que c’estoit l’unique moyen de vous procurer une paix permanente, j’ay cru qu’il faloit que je n’ecoutasse plus l’amour-propre que je pouvois avoir pour mon ouvrage & que vous deviez de vostre costé aussy fermer les yeux à vos interets temporels pour ne songer qu’à l’edification & à la commodité de tous les peuples [...] nous avons essayé de tirer de Mr l’Evesque, non pas tout ce que vostre couvent valoit, mais du moin tout ce que le peu de moyen qu’il a pour achever un aussy grand ouvrage que celuy qu’il commance luy permettoit de vous donner. »

Enchanté du succès de ses démarches auprès du roi et du provincial de Saint-Denis, Mgr de Saint-Vallier, alors en France, avait autorisé l’établissement des Récollets à Montréal et à Trois-Rivières ; il avait lui-même demandé pour ces fondations les lettres patentes délivrées en mars 1692. Ce fut le père Joseph Denys qui fonda le couvent de Montréal, et le père Luc Filiastre se vit confier la fondation du couvent de Trois-Rivières. À la charge de supérieur du nouveau couvent s’ajouta bientôt pour le père Luc celle de curé de la paroisse, en remplacement d’Abel Maudoux que l’évêque envoya à Port-Royal (Annapolis, N.-É.). Le nouveau curé inscrivit son premier acte le 10 novembre 1693 et le dernier de son triennat le 21 septembre 1696. Il devint par la suite directeur des Ursulines, établies à Trois-Rivières depuis 1697. Le père Luc fut une seconde fois curé de Trois-Rivières à partir de novembre 1700, en remplacement du père Samuel Entheaume.

Quelques années plus tard, Filiastre eut à trancher une question fort délicate en l’absence du supérieur du couvent de Québec, le père Apollinaire Luteau. Au cours de l’année 1706, Vaudreuil [Rigaud] et Jacques Raudot prescrivirent une corvée publique ; Louis La Porte de Louvigny voulut faire participer les Récollets de Québec au terrassement des fortifications de la ville. Le père Luc estima devoir protester, alléguant la très grande pauvreté de son couvent. De fait, dans un mémoire du 14 juin 1704 au gouverneur et à l’intendant, le roi trouvait juste que « ceux du clergé séculier qui ont des habitations outre le presbytère, et les communautés qui ont de grandes terres y contribuent aux corvées publiques ». Or les Récollets, dépourvus de tels biens, étaient exempts de ces obligations. Louvigny s’entêta et traita le père Luc de réfractaire aux ordres du roi. Ami de la paix, Filiastre aurait finalement consenti à faire participer, dans une certaine mesure, sa communauté à la corvée publique. C’est Louvigny lui-même qui l’affirme dans une lettre au ministre, datée du 21 octobre 1706.

Après 28 ans de labeur, prématurément vieilli par les lourdes responsabilités qu’il avait assumées, le père Luc se retira dans le calme du cloître, se livrant occasionnellement au ministère de la chaire et du confessionnal dans l’église conventuelle de Québec. En 1719, il célébra son jubilé de profession religieuse à Québec et mourut deux ans plus tard.

Jacques Valois

AAQ, Registres d’insinuations A, 282.— AJQ, Greffe de François Genaple, 19 juin 1683, 11 oct. 1705.— AJTR, Greffe de J.-B. Pottier.— AN, Col., C11A, 6, ff.33, 36.— Archives de la Seine-Maritime (Rouen), G, 9 747, ff.12, 13, 30 (clergé séculier).— Archives de Saint-Sulpice, Paris, Correspondance, XIV : f.157.— Caron, Inventaire de documents, RAPQ, 1940–41 : 391s.— Correspondance de Vaudreuil, RAPQ, 1938–39 : 35, 151.— Le Tac, Histoire chronologique de la N.-F. (Réveillaud), 199.— Sulte, Hist. des Can. fr., V : 53.

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Jacques Valois, « FILIASTRE, LUC », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/filiastre_luc_2F.html.

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Auteur de l'article:   Jacques Valois
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   2 octobre 2014