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DUBOIS BERTHELOT DE BEAUCOURS, JOSUÉ (Jean-Maurice-Josué), officier de marine et officier dans les troupes de la Marine, ingénieur en chef du Canada, gouverneur de Trois-Rivières et de Montréal, né vers 1662, probablement en France, fils de Jacques-Hyacinthe Dubois Berthelot et de Péronelle de Magnan, décédé le 9 mai 1750 à Montréal.

Josué Dubois Berthelot de Beaucours commença sa carrière au service du roi à l’âge de 20 ans en s’enrôlant dans la marine française. Le 15 avril 1684, on le nomma garde-marine à Brest ; il y étudia probablement les techniques de l’ingénieur Sébastien Le Prestre de Vauban qui dirigeait les travaux de fortifications de ce port depuis 1680. Au cours des premières années, Beaucours participa à plusieurs campagnes navales mais le 26 juin 1687, le roi ordonna qu’il fût réformé. La cause de son congédiement demeure inconnue. On ignore s’il s’est porté volontaire pour le service colonial pour se faire pardonner ou si on l’y a expédié comme mesure punitive. Quoi qu’il en soit, le 1er mars 1688, Beaucours reçut une commission de lieutenant dans les troupes de la Marine au Canada et y débarqua plus tard au cours de la même année.

Vers 1690, la petite guerre avec les Iroquois avait atteint une telle intensité que même Québec, Trois-Rivières et Montréal étaient jugées en péril. L’ingénieur Robert de Villeneuve* étant retourné en France en 1689, le gouverneur de Trois-Rivières, Claude de Ramezay*, confia à Beaucours la tâche d’ériger les défenses de la ville. En 1691, Frontenac [Buade*] visita la ville, et le travail du jeune officier l’impressionna si favorablement qu’il le promut au grade de capitaine réformé. Au début de 1692, Beaucours assuma le commandement d’une expédition contre les Iroquois de l’Ouest d’abord confié à Claude Guillouet* d’Orvilliers. L’heureuse issue d’un engagement contre une bande d’Iroquois rencontrée sur l’île de Toniata (près de l’actuel Brockville, Ont.) lui valut les félicitations de Frontenac, de même que celles de Champigny [Bochart*], et l’année suivante, le roi le confirma dans son grade de capitaine réformé.

À l’automne de 1692, le successeur de Villeneuve n’était toujours pas désigné et Frontenac, qui croyait une attaque anglaise imminente, donna à Beaucours commission de dresser des plans de fortifications pour Québec. Travaillant sous la contrainte des circonstances, Beaucours éleva de nouveaux murs plus faciles à défendre et exigeant moins de soldats. Il dessina les portes Saint-Jean et Saint-Louis, la redoute du cap Diamant et les batteries Royale, Dauphine et Saint-Roch. Au cours de l’hiver, Champigny écrivait que le travail exécuté par Beaucours était de meilleure qualité et plus économique que celui de Villeneuve et, en 1693, Frontenac recommanda sa nomination au poste d’ingénieur.

D’avril 1693 à juillet 1694, date à laquelle il s’embarqua pour la France pour affaires de famille, Beaucours toucha le traitement d’un ingénieur, soit 100# par mois. Deux adjoints, au traitement respectif de 40# par mois, l’assistaient dans la tâche de surveillance des travaux exécutés à Québec par 500 hommes de troupe. Cette fois encore, Champigny et Frontenac louèrent le travail de Beaucours et sollicitèrent de l’avancement pour lui.

En 1696, Beaucours fut désigné pour prendre le commandement de la compagnie de Claude-Sébastien de Villieu* en Acadie et améliorer les défenses de la colonie pendant la détention de Villieu à Boston ; cependant il ne prit jamais possession de ce poste. Il s’embarqua pour le Canada en 1698 où on le mandait pour assurer l’intérim pendant l’absence en France de l’ingénieur Jacques Levasseur* de Neré.

Le 31 mai 1701, Beaucours se vit accorder une commission de capitaine et, l’année suivante, on lui confia la responsabilité des ouvrages de défenses des forts de la région de Montréal. En 1703, il travaillait à Québec sous l’autorité de Levasseur revenu au Canada en 1700. Probablement impatienté par cette dépendance, Beaucours chercha l’occasion de se distinguer dans l’espoir d’obtenir une promotion. En 1704, il mena donc un parti d’environ 800 hommes vers la Nouvelle-Angleterre, mais l’expédition rebroussa chemin aux environs de Montréal après qu’un soldat déserteur eut averti les Anglais. Plus tard, au cours de la même année, toutefois, Beaucours commanda 120 hommes dépêchés par le gouverneur Rigaud* de Vaudreuil pour se joindre à Daniel d’Auger* de Subercase qui se préparait à attaquer des établissements anglais à Terre-Neuve. Beaucours était de retour à Québec en octobre 1705.

On craignait, au cours de l’été de 1707, que les Anglais n’attaquent Québec, et Beaucours, à titre d’ingénieur en chef suppléant, en l’absence de Levasseur, reçut instruction de mettre sur pied un système d’alerte consistant en des feux qui seraient allumés de Bic à Québec et de terminer aussi rapidement que possible les ouvrages de défense de la ville. Néanmoins, seule l’Acadie fut victime d’attaques [V. John March*] ; Beaucours manifesta tant de diligence et d’efficacité que Vaudreuil et Jacques Raudot* le recommandèrent, quoique sans succès, pour la croix de Saint-Louis.

Entre 1707 et 1709, Beaucours travailla à Montréal et à Québec. Il consolida les remparts de Montréal et dessina les plans d’une nouvelle prison avec cour de justice sur la rue Notre-Dame. Par le passé, les terrains avaient été concédés et les maisons érigées dans une telle incohérence qu’il était devenu impérieux d’y mettre bon ordre par une certaine planification, et, dans les deux villes, Beaucours travailla à l’alignement des rues. À Québec, il améliora les murs et répara certaines parties des redoutes. En 1709, Levasseur, qui avait jeté les fondations d’un fort de pierre à Chambly, rentra en France, laissant à Beaucours la direction des travaux de construction.

Le 25 octobre 1710, Beaucours soumit des plans pour les fortifications de Québec accompagnés d’une estimation détaille des coûts. Cette proposition, moins grandiose et plus économique que celle de Levasseur, fut acceptée. Heureux, sans aucun doute, de la décision, Beaucours retourna à Chambly pour diriger la construction du fort, qui était terminé en septembre 1711. Au cours de la même année, toutefois, la rumeur d’une attaque anglaise recommença à circuler, et Beaucours regagna Québec [V. sir Hovenden Walker*]. Sous sa direction, les défenses de la capitale s’améliorèrent de jour en jour et les battures de Beauport furent mises à l’abri d’un débarquement. Le don qu’avait Beaucours de convaincre la population de travailler en supplément de la corvée sans récriminer fut souligné dans une lettre signée par Vaudreuil et Raudot et dans laquelle ceux-ci demandaient de nouveau qu’on lui décerne la croix de Saint-Louis.

Cependant, à Québec, tous n’étaient pas impressionnés par le travail de Beaucours. Les communautés religieuses, qui possédaient la plus grande partie des terres de la haute ville, cherchant à protéger le caractère privé de leurs propriétés, imposaient des restrictions sur les constructions érigées sur les terrains qu’elles avaient vendus et qui jouxtaient leur propriété. Les ursulines se plaignirent du fait que Beaucours avait construit une haute terrasse près de leur maison à seule fin de les ennuyer.

Malgré ces critiques, Beaucours reçut l’année suivante la croix de Saint-Louis et il fut nommé ingénieur en chef du Canada. Il avait sous ses ordres deux ingénieurs adjoints, Gédéon de Catalogne* à Montréal et l’enseigne Claude-Dorothée Laguer de Morville à Québec. Après 24 années passées dans la colonie et au cours desquelles il avait tracé les plans des fortifications et en avait dirigé les travaux à Québec, Trois-Rivières, Montréal et Chambly, Beaucours recevait à 50 ans la reconnaissance officielle justement méritée.

Le 1er juillet 1713, Beaucours reçut instruction de rebâtir sur l’emplacement original, à Québec, le palais de l’intendant, détruit par un incendie [V. Michel Bégon]. Le palais devait abriter, outre les quartiers de l’intendant, les magasins du roi, l’arsenal, les salles du Conseil supérieur et de la Prévôté, de même qu’une chapelle et une prison. Une fois terminé, le bâtiment de trois étages avait plus fière allure et était d’une meilleure structure que les résidences du gouverneur et de l’évêque.

Le 10 mars 1715, Beaucours fut désigné au poste d’ingénieur de la nouvelle colonie française de l’île Royale (île du Cap-Breton), avec le titre de second lieutenant de roi [V. Philippe Pastour* de Costebelle]. L’année suivante, on nomma Jean-François de Verville* directeur des fortifications de l’île Royale et Beaucours fut muté de Port-Dauphin (Englishtown, N.-É.), son assignation première, à Port-Toulouse (St Peters), avec mission d’y construire des défenses appropriées et d’encourager les Acadiens à venir s’y établir. Le 13 juin 1716, il reçut l’ordre de prendre le commandement de l’île Royale en l’absence du gouverneur ; en février 1717, il retournait à Port-Dauphin. Huit mois plus tard, il recevait le titre de lieutenant de roi à l’île Royale. Le 3 février 1722, Beaucours succéda à Robert-David Gotteville* de Belile au poste de commandant de l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) pour une période de deux ans. On comptait qu’il ferait appel à sa compétence d’ingénieur pour mettre les trois établissements de la colonie en état de défense et qu’il encouragerait les Acadiens à venir s’y ajouter aux 300 habitants de l’île. Toutefois, l’année suivante, Beaucours reçut l’ordre de retourner à son précédent poste à l’île Royale.

En 1724, il fut décidé qu’un ingénieur en chef serait nommé pour résider à l’île Royale ; malgré la chaude recommandation du gouverneur Saint-Ovide [Monbeton] en faveur de Beaucours, la charge fut confiée à Étienne Verrier du corps de génie. L’année suivante, Beaucours apprit qu’on lui refusait la charge de gouverneur de Montréal et, l’année d’après, celle de gouverneur de Trois-Rivières. Cependant, le 16 janvier 1730, après avoir été hors du Canada pendant 15 ans, il fut finalement nommé gouverneur de Trois-Rivières. Cette nomination dut porter Beaucours à réfléchir sur ses longues années au service de l’État. C’est à Trois-Rivières qu’avait commencé sa carrière au Canada, et maintenant, 40 années plus tard, il y revenait en qualité de premier citoyen. Pendant la courte période où il occupa ce poste, sa plus importante contribution au progrès de la ville fut l’établissement de plusieurs règlements touchant la prévention des incendies. Parmi ceux-ci, il y avait l’interdiction de recouvrir de chaume les toits des maisons et l’obligation de démolir les cheminées faites de terre et de branches entrelacées.

Le 1er avril 1733, Beaucours succéda à Jean Bouillet* de La Chassaigne au poste de gouverneur de Montréal. Comme on pouvait s’y attendre, il s’intéressa en tout premier lieu à l’aménagement de la ville. En 1738, Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry avait achevé la construction des murs de la ville ; ceux-ci étaient percés de huit larges portes pour les charrettes et autres véhicules et de huit portes plus petites pour les piétons. La partie de la ville donnant sur le fleuve avait cinq grandes portes et cinq petites, car c’est par le fleuve que se faisait une bonne partie du trafic, et les colons avaient besoin d’un accès facile à l’eau, vu la fréquence des incendies à Montréal. En 1743, Beaucours décida que l’ouverture et la fermeture de 16 portes à chaque jour étaient non seulement un embarras mais un risque, advenant une attaque de la ville ; il envisagea d’en murer quelques-unes.

Peu après son entrée en fonction à Montréal, il eut des problèmes au sujet d’une propriété qu’il avait possédée à Louisbourg et qu’il avait vendue en 1730, pour la somme de 15 000#, à sœur Marguerite Roy de la Conception, de la Congrégation de Notre-Dame. En 1734, sœur de la Conception avait été discréditée et rappelée, et la communauté se trouva dans l’impossibilité de continuer les versements annuels de 1 000# qui avaient été convenus avec sœur Roy, bien que le prix d’achat ait été ramené à 10 000#. Une autre dette de 5 000# que la religieuse avait contractée envers Beaucours en 1733 fut complètement désavouée.

Le 15 février 1748, à l’âge de 86 ans, Beaucours se retira avec une pension de 3 000# et une gratification de 600#. En 1749, il avait dépensé son allocation plus 1 800#, et pour subsister il dut vendre ses meubles. Il mourut à Montréal le 9 mai 1750 et fut inhumé deux jours plus tard dans l’église Notre-Dame. Il précédait dans la tombe sa femme, Françoise, fille de Charles Aubert* de La Chesnaye et de Marie-Angélique Denys de La Ronde et veuve de Paul Le Moyne* de Maricourt. Le mariage avait eu lieu à Québec le 15 novembre 1713 et ils n’eurent qu’un enfant, Georges-François.

Les meilleurs atouts de Beaucours étaient sans contredit son aptitude à travailler efficacement sous la pression des circonstances et de concert avec d’autres, de même que son aptitude à satisfaire les nombreux administrateurs coloniaux qui se succédèrent. Les fortifications qu’il érigea étaient pratiques et, par conséquent, moins chères et plus acceptables que les projets mirobolants de quelques-uns des autres ingénieurs venus de France. De plus, sa compétence ne se confinait pas aux installations militaires, car en plus d’avoir tracé les plans de la prison de Montréal et du palais de l’intendant, il fit ceux de l’église de Sainte-Anne-de-Bellevue et ajouta la touche finale aux portes de l’église Notre-Dame de Montréal. Il fut un serviteur sincèrement dévoué à son roi et à son pays.

C. J. Russ

ACAM, 525.101, 733–1, 733–2, 734–1, 734–2, 735–1, 742–1.— AN, Col., B, 17–22, 27, 29, 34–36, 45, 48–50, 57, 64, 69, 71, 76, 78, 81 ; Col., C11A, 6, 9–13, 15–17, 19, 24, 27–30, 32, 60 ; Col., D2C, 47 ; Col., E, 22 ; Marine, B2, 60, 169 ; Section Outre-Mer, Dépôt des fortifications des colonies, Am. sept., nos 3, 7, 9.— ANQ, Greffe de Louis Chambalon, 1er et 24 sept. 1694 ; Greffe d’Hilaire Bernard de La Rivière, 10 juin 1714 Greffe de Florent de La Cetière, 13 nov. 1713.— ANQ-M, Greffe de J.-C. Porlier, 12 sept. 1737, 9 juin 1742.— Correspondance échangée entre la cour de France et le gouverneur de Frontenac, pendant sa seconde administration (1689–1699), RAPQ, 1928–1929.— Correspondance de Vaudreuil, RAPQ, 1938–1939 ; 1939–1940 ; 1947–1948.— Fauteux, Les chevaliers de Saint-Louis.— McLennan, Louisbourg, I : 129s.— É.-Z. Massicotte, Madame Boisberthelot de Beaucours, BRH, XXI (1915) : 239–242.— Gérard Morisset, Boisberthelot de Beaucours, BRH, LIX (1953) : 11–21.— L.-A. Vigneras, Documents inédits : l’Isle Royale en 1716, RHAF, XIII (1959–1960) : 422–434.

Bibliographie générale

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C. J. Russ, « DUBOIS BERTHELOT DE BEAUCOURS, JOSUÉ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dubois_berthelot_de_beaucours_josue_3F.html.

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Auteur de l'article:   C. J. Russ
Titre de l'article:   DUBOIS BERTHELOT DE BEAUCOURS, JOSUÉ
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   31 juillet 2014