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CLÉMENT DU VUAULT (Vault) DE VALRENNES, PHILIPPE, capitaine dans les troupes de la marine, qui se distingua au Canada de 1685 à 1693 ; né en 1647 et décédé le 12 octobre 1707.

À l’âge de 14 ans, Valrennes commit un meurtre mais il ne fut pas puni pour son crime. Quelques mois plus tard, en 1662, il obtint une commission d’enseigne au régiment de l’Épinay. Il fut promu lieutenant en 1665 et capitaine en 1672. Par la suite il servit pendant 13 ans en Normandie dans les bataillons de campagne et dans le régiment de Normandie, régiment dans lequel avait aussi servi Louis de Buade*, comte de Frontenac. Il reçut une commission de capitaine dans les troupes de la marine en 1685 et vint au Canada avec les renforts qu’amena le marquis de Denonville [Brisay]. Il semble s’être habitué sans difficulté au milieu canadien, puisque le 7 avril 1687 il épousa une jeune fille du pays, Jeanne Bissot, petite-fille de Louis Hébert* et belle-sœur de Louis Jolliet*.

En 1687, il commanda une des quatre colonnes des troupes de la marine dans l’expédition contre les Tsonnontouans. En juillet de l’année suivante, il reçut le commandement du fort Frontenac (Kingston, Ont.). C’était là une affectation très dangereuse, car le fort était assiégé par les Iroquois. Les 50 hommes de la garnison se trouvaient en réalité cernés par l’ennemi, menacés de scorbut et incapables en quelque façon que ce soit d’entraver les mouvements de l’adversaire. En outre, pour leur apporter le ravitaillement, il fallait organiser des convois de plusieurs centaines d’hommes. Pour toutes ces raisons, Denonville, après l’attaque massive des Iroquois contre les établissements de Lachine en août 1689, donna l’ordre à Valrennes de faire sauter le fort et de se replier sur Montréal avec la garnison. Denonville lui ordonna de miner les murs, de poser des amorces à retard, et de se retirer ensuite avec ses hommes aussi rapidement que possible, car il était certain que tous les Iroquois du voisinage accourraient sur les lieux en entendant l’explosion. Les fuyards se trouvaient à une certaine distance lorsque les mines sautèrent et ils supposèrent que le fort avait été détruit. On découvrit plus tard que certaines des charges n’avaient pas explosé, et qu’il ne s’était produit que cinq petites brèches dans les murs. Valrennes parvint cependant à ramener la garnison à Montréal sans autre incident et l’intendant, Jean Bochart de Champigny, le mit hors de cause dans cette malheureuse affaire. Champigny écrivit au ministre que Valrennes était, de tous les officiers de la colonie, un des plus braves et des plus avisés. Il demanda au ministre d’accorder une récompense à Valrennes et quelques mots d’encouragement comme témoignage de la satisfaction qu’on avait de sa conduite ; cela stimulerait l’émulation chez les autres officiers.

Deux ans plus tard, en août 1691, un détachement comprenant 146 Agniers et Loups et 120 hommes de la milice d’Albany, conduit par le major Peter Schuyler, envahit les établissements au sud de Montréal. Quand le gouverneur de la région, Hector de Callière, fut prévenu de leur approche, il assembla 700 à 800 hommes des troupes de la marine et de la milice, aux alentours du fort de La Prairie de la Magdeleine. Au point du jour, le 11 août, pendant un orage, les envahisseurs prirent les Français par surprise, leur infligèrent de lourdes pertes et battirent rapidement en retraite vers la rivière Richelieu. Callière, qui craignait que l’ennemi n’attaquât le fort Chambly, avait auparavant placé 160 hommes, comprenant des troupes de la marine, de la milice et des alliés indiens, commandés par Valrennes, pour couper la route à l’adversaire. Valrennes, en entendant la vive fusillade, se conforma à la loi suprême qui régissait l’art de la guerre au xviie siècle et entraîna sa troupe vers l’endroit d’où venait le bruit. À mi-chemin entre les deux forts, il rencontra l’ennemi qui se repliait, encore tout exalté par son récent succès. Avec grand calme, il fit rapidement mettre ses hommes en trois rangs derrière deux troncs d’arbres renversés. Au cours de cette manœuvre cinq ou six de ses hommes furent blessés, mais Valrennes donna l’ordre de ne pas tirer avant que l’ennemi ne soit rendu à portée de mousquet. Les troupes d’Albany chargèrent et furent reçues par des salves bien réglées. Elles subirent de lourdes pertes mais les survivants débouchèrent à travers le rideau de fumée produit par la mousqueterie. Il s’ensuivit une sanglante bataille, qui dura plus d’une heure, au cours de laquelle, de part et d’autre, on se battit à coups de crosse de fusil, à coups de tomahawk, à coups de couteau, pour finir dans un corps à corps, en poussant de stridents cris de guerre au milieu des hurlements de douleur des mourants. Ce fut là le plus furieux combat de toute la guerre. Les troupes d’Albany, deux fois supérieures en nombre, finirent par se frayer un chemin et réussirent à s’enfuir. Les hommes de Valrennes étaient trop épuisés pour se lancer à leur poursuite.

Une fois le combat passé, on exagéra beaucoup, dans chaque camp, les pertes que l’on avait infligées. Le major Peter Schuyler fit savoir qu’Albany avait eu 37 morts et 31 blessés, et les Français admirent que 45 des leurs avaient été tués et 60 blessés, la plupart d’entre eux au cours de la première attaque à La Prairie de la Magdeleine. Tous les récits des Français s’accordent à dire que Valrennes avait gagné la bataille. La milice d’Albany ne fit plus, par la suite, aucune tentative pour envahir le territoire canadien et, à partir de ce jour, les Iroquois durent supporter seuls le fardeau de la guerre. Dans ses dépêches à la cour, Frontenac loua sans réserve Valrennes en disant : « Mais rien ne peut Esgaler l’intrepidité avec laquelle agissoit Le Sr de Valrenne, Il estoit partout. Sa Contenance assurée et le sang froid avec lequel il donnoit ses ordres encourageoient tout le monde ».

Frontenac plaida également auprès du ministre pour qu’il intervienne dans un procès que le beau-frère de Valrennes avait intenté à ce dernier, a Beauvais, dans le but de le priver de sa part de l’héritage maternel. Frontenac déclara que Valrennes était un officier de trop grande valeur pour qu’on lui permette de retourner en France défendre ses intérêts, mais qu’il ne devait pas pour cela en supporter les conséquences. Quand le ministre se fut rendu à cette requête, Valrennes, avec l’entier appui de Frontenac et de Champigny, s’adressa à Louis XIV pour obtenir des lettres de réhabilitation lui pardonnant le meurtre commis 31 ans auparavant. Son tenace beau-frère avait tiré de l’oubli cet ancien délit pour faire annuler les lettres d’État qu’on avait accordées à Valrennes l’année précédente, pour mettre un terme au procès de Beauvais.

Le roi se fit également un plaisir d’accéder à cette seconde requête de Valrennes mais, en 1693, ce dernier eut une attaque de paralysie causée par d’anciennes blessures. Frontenac et Champigny lui donnèrent l’autorisation de rentrer en France, accompagné de ses deux serviteurs, pour s’y faire soigner. Pendant son séjour en France, il demanda qu’on lui accorde le premier poste de gouverneur qui serait vacant au Canada et qu’on le fasse chevalier de Saint-Louis. À l’appui de sa demande pour être admis dans cet ordre, il déclara qu’il était le plus ancien des capitaines des troupes de la marine dans la colonie, qu’il avait servi 33 ans dans les armées du roi, qu’il descendait de l’un des quatre premiers maréchaux de France et que son corps portait les traces de nombreuses blessures subies au service du roi.

Champigny, dans le jugement qu’il portait chaque année sur les officiers en service au Canada, lui avait donné les meilleures notes : « Tres bon officier et brave homme propre pour le Pays ». Malgré ces remarquables états de service, on refusa en haut lieu d’accéder aux requêtes de Valrennes. Par contre, on renouvela sa commission de capitaine dans les troupes de la marine et, en 1695, on lui accorda un brevet d’enseigne de vaisseau. Sa santé ne s’étant pas améliorée, malgré les soins qui lui avaient été prodigués, il fut mis à la retraite en 1696 avec une pension de 600e par an. Après cette date, son nom ne figure plus sur le rôle des officiers des troupes de la colonie. En toute justice, on peut dire de lui qu’il personnifiait toutes les valeurs de sa caste et de son époque. C’est grâce à des hommes de cette trempe que la France put maintenir sa souveraineté en Amérique du Nord pendant si longtemps.

W. J. Eccles

AN, Col., C11A , 10, pp.194–198 ; 11, pp.236, 286, 300–302 ; 12, pp.31, 60, 279, Col., D2C, 47, pp.51, 68, 90, 106, 114, 128, 142, 152, 180, 215 ; 222/2, p.288 ; F3, 6 pp.383–404 (copies aux APC).— NYCD (O’Callahan et Fernow), III : 800–805 [reproduit le journal du major Peter Schuyler, concernant son expédition au Canada, en 1691].— [François Vachon] de Belmont, Histoire du Canada.— Tanguay, Dictionnaire.— Eccles, Frontenac.— Lanctot, Histoire du Canada.— P.-G. Roy, Philippe Clément Du Vuault De Valrennes, BRH, XI (1905) : 193–203.

Bibliographie générale

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W. J. Eccles, « CLÉMENT DU VUAULT DE VALRENNES, PHILIPPE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/clement_du_vuault_de_valrennes_philippe_2F.html.

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Auteur de l'article:   W. J. Eccles
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   23 octobre 2014