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CANADIEN, JEAN-BAPTISTE, dit Big John Canadien (Raientonni, Aiontonnis, qui signifie « il travaille le bois » ; baptisé Jean-Baptiste Raientonni, il fut surtout connu sous le nom de Jean-Baptiste Canadien), draveur, pilote, voyageur et joueur de crosse mohawk, né le 16 décembre 1840 à Caughnawaga (Kahnawake, Québec), fils d’Ignace Oriwakennhen et de Louise Kanonwehon ; le 16 février 1863, il épousa dans ce village Malvina Maccomber, fille de Gervase (Gervais) Maccomber (McComber, Macomber), agent des Affaires indiennes à Caughnawaga, et ils eurent 13 enfants, dont sept fils et une fille qui lui survécurent ; décédé au même endroit le 16 février 1919.

Le nom mohawk de Jean-Baptiste (prononcé Sawatis) était Raientonni, devenu Aiontonnis. Une branche de sa famille était originaire du lac des Deux Montagnes, où son arrière-grand-père, Simon Onwakennhen, se maria en 1783. Son grand-père, Charles Tehostoseroton, portait le surnom de Canadien que Jean-Baptiste adopterait comme nom de famille vers le milieu des années 1880.

Le jeune Raientonni cultivait les valeurs traditionnelles de courage et d’intrépidité attribuées à ses ancêtres et cherchait des occupations correspondant à ces valeurs. Les métiers de voyageur, guide, guerrier, draveur et pilote étaient alors les plus prisés par les jeunes Mohawks. Ses connaissances des cours d’eau difficiles, spécialement des rapides de Lachine situés en face de son village, firent de Raientonni un excellent draveur pour la descente des radeaux de bois (ou cages) de même qu’un des plus fameux pilotes de bateaux à vapeur sur le Saint-Laurent, entre Montréal et l’Ontario, pour diverses compagnies de navigation. Comme bien d’autres, il fut également ouvrier pour la construction de ponts métalliques.

Les talents de voyageurs et de guides des Mohawks de Caughnawaga furent souvent mis à profit par les officiers anglais. Ainsi, en 1870, le colonel Gamet Joseph Wolseley utilisa des voyageurs, dont des Mohawks, dans son expédition à la Rivière-Rouge (Manitoba) au moment de la première révolte des Métis de Louis Riel*. Big John aurait été un des chefs canotiers. Wolseley, satisfait des services des voyageurs canadiens, utilisa le même procédé en 1884 pour tenter d’aller libérer le major-général Charles George Gordon assiégé à Khartoum par les mahdistes [V. Frederick Charles Denison*]. L’équipe des voyageurs canadiens venait de quatre endroits principaux Winnipeg, Ottawa, Trois-Rivières et Caughnawaga. Le contingent de Caughnawaga, dont faisait partie Big John, était sous la direction du capitaine mohawk Louis Jackson. Avec des baleinières, les voyageurs firent passer les cataractes du Nil à une partie des renforts britanniques, mais au delà de cet exploit, l’effort fut vain et le major-général Gordon fut vaincu avant l’arrivée des secours. Parti en septembre 1884, le contingent était de retour au Canada en mars 1885.

Big John comptait parmi ses amis des personnages politiques et des hommes d’affaires. Il s’adressait à eux en les appelant « frères » et portait occasionnellement le costume traditionnel. Invité parfois à prendre la parole en public, il séduisait par son parler coloré et sa vivacité d’esprit. À peine plus âgé que Wilfrid Laurier, qu’il rencontra la première fois le 24 juin 1884 à l’occasion des fêtes de la Saint-Jean-Baptiste, il aurait commenté sur leur âge : « quand je mourrai, vous pourrez avoir peur ». Laurier devait mourir un jour après lui. De là naquit la légende dans laquelle Big John prédit qu’ils mourraient tous les deux au même moment.

Il reste de Big John l’image d’un homme d’exploits plutôt pittoresque. À la fin de l’automne de 1859, il traversa les lacs Saint-Louis et des Deux Montagnes en patins à glace, aller et retour entre Caughnawaga et Oka (Kanesatake). Il excella au jeu de crosse, sport traditionnel des Mohawks. En 1876, année où il fut présenté à la reine Victoria, puis en 1888, il était capitaine de l’équipe de crosse de Caughnawaga qui, avec les Shamrocks de Montréal, fit une tournée de matchs d’exhibition en Angleterre. 11 organisa des descentes des rapides de Lachine (dont trois fois un premier de l’an) dans un canot de bois qu’il fabriquait lui-même. Il se faisait accompagner par deux Mohawks et deux autres passagers désireux de vivre cette expérience. Pour célébrer ses exploits, un des rapides de Lachine porte le nom de « Big John ».

Même s’il n’a pas été chef, Jean-Baptiste Canadien doit être considéré comme un des leaders de Caughnawaga. Il personnifie les modèles de conduite tant traditionnels que modernes que pouvaient adopter les Mohawks de son époque.

Maurice Ratelle

Un certain nombre d’articles de journaux donnent des informations contradictoires sur Jean-Baptiste Canadien et sur des événements auxquels il a participé : Gazette (Montréal), 23, 31 mai, 8, 21, 27 juin, 12, 14 juill. 1876, 2 janv. 1878, 6 févr. 1915, 17 févr. 1919, 3 sept., 31 déc. 1945, 25 sept. 1948, 5 févr. 1949, 1er janv. 1954, 31 déc. 1960, 22 déc. 1984 ; Montreal Daily Herald, 3 juill. 1906, publié par la suite sous le titre Montreal Herald and the Daily Telegraph, 17 févr. 1919 ; Montreal Daily Star, 13 mai, 24 déc. 1915 ; La Presse, 17, 19 févr. 1919.

AN, RG 10, 3165, dossier 9566, part. O.— ANQ-M, CE1-25, 16 déc. 1840, 16 févr. 1863.— Le Devoir, 15 juill. 1993.— Johnny Beauvais, Kahnawake ; a Mohawk look at Canada ; adventures of Big John Canadian (éd. rév., Kahnawake, Québec, [1985]).— Denis Gravel, Histoire du Village des Rapides : un quartier de La Salle (Montréal, [1992]).— Louis Jackson, Our Caughnawagas in Egypt : a narrative of what was seen and accomplished by the contingent of North American Indian voyageurs [...] (Montréal, 1885).— G. F. G. Stanley, Toil & trouble : military expeditions to Red River (Toronto, 1989).

Bibliographie générale

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Maurice Ratelle, « CANADIEN, JEAN-BAPTISTE, Big John Canadien », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/canadien_jean_baptiste_14F.html.

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Auteur de l'article:   Maurice Ratelle
Titre de l'article:   CANADIEN, JEAN-BAPTISTE, Big John Canadien
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   22 août 2014